10/29/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/30/2026 01:50
Le journaliste et commentateur politique Zied El-Heni a été condamné le 27 octobre à quatre ans de prison par la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un harcèlement judiciaire qui criminalise l'exercice du journalisme et la protection des sources, et appelle les autorités tunisiennes à annuler cette condamnation et à libérer le journaliste.
Zied El-Heni risquait jusqu'à 20 ans de prison. Il a écopé de quatre années d'enfermement pour "la constitution d'une entente terroriste" et "non signalement d'une infraction terroriste".
Tout part d'une émission de radio diffusée sur les ondes de Radio IFM le 7 septembre 2023, où le journaliste a évoqué des enregistrements ayant fuités attribués à l'ancien président par intérim du parti Ennahdha, Mondher Ounissi, en expliquant avoir contacté les personnes concernées pour en vérifier l'authenticité. Convoqué comme témoin, il a été entendu comme accusé après la découverte, sur son téléphone, d'un courriel reçu dans le cadre de son activité journalistique.
"Pour RSF, la qualification terroriste de faits liés à l'exercice du journalisme et à la protection des sources constitue un signal particulièrement préoccupant. Après les espoirs suscités par la réforme de l'article 24 du décret-loi 54 et l'abandon de la procédure de dissolution de l'association éditrice de presse Al Khatt, cette condamnation marque une escalade et confirme l'acharnement dont il est la cible. Déjà condamné à un an de prison ferme en juin, il a 18 mois de prison à purger selon sa défense. Zied El-Heni n'a commis aucun crime : il doit être libéré sans délai."
Le journaliste a comparu par visioconférence depuis la prison de Mornaguia, située dans le sud-ouest de la capitale, Tunis, le tribunal ayant refusé, selon son comité de défense, de le laisser comparaître en personne. Après un incident technique de plus d'une heure, il n'a même pas pu, selon sa défense, entendre les plaidoiries ni les échanges dans la salle. Il a annoncé qu'il ne ferait pas appel, dénonçant un "scandale judiciaire" et rappelant que "la presse n'est pas un crime". Sa fille Ithar El-Heni abonde en ce sens auprès de RSF : "Après plus de 30 années de journalisme, mon père est aujourd'hui classé terroriste pour avoir fait son travail, pour être resté libre, pour avoir protégé ses sources. Un journaliste qui fait son travail n'est pas un criminel et encore moins un terroriste."
Zied El-Heni était déjà incarcéré depuis juin, et il purge une peine 18 mois de prison : un an ferme, confirmé en appel le 26 juin pour avoir défendu son confrère de la radio Mosaïque FM Khalifa Guesmi, auquel s'ajoutent une peine de six mois de prison avec sursis prononcée en janvier 2024, pour des critiques visant la ministre du Commerce, devenus donc exécutoires à la suite de la condamnation de juin.
La Tunisie occupe la 137e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.