03/09/2026 | News release | Distributed by Public on 03/09/2026 12:44
Parmi elles, l'actrice américaine Anne Hathaway a donné le ton d'une journée mêlant étroitement spectacle et politique. Plus connue pour son rôle d'assistante plongée dans l'univers impitoyable de la mode aux côtés de Meryl Streep dans Le diable s'habille en Prada, cette ambassadrice de bonne volonté auprès de l'agence onusienne chargée de promouvoir les droits des femmes (ONU Femmes) a reconnu le paradoxe d'un moment historique, où les progrès en matière d'égalité semblent à la fois réels et fragiles.
« Il est difficile de supporter l'idée que la distance entre la promesse de l'égalité et l'expérience réelle de celle-ci reste encore si grande pour tant de femmes et de filles », a-t-elle déclaré.
La cérémonie d'ouverture de cette 70e session annuelle de la commission, qui se prolongera jusqu'au 19 mars, s'est tenue au lendemain de la Journée internationale des droits des femmes. Pour marquer le coup, la chanteuse et actrice Michelle Williams - révélée au sein du trio Destiny's Child, aux côtés de Beyoncé, avant de mener une carrière solo à Broadway - a offert une parenthèse musicale en interprétant son titre « Fearless » (« Intrépide »), un hommage à la résilience des femmes à travers le monde.
Mais derrière l'éclat des projecteurs, le message porté par les intervenants était nettement plus sombre. L'accès à la justice pour les femmes, le thème central de l'édition 2026, reste profondément inégal.
« Lorsque la justice échoue, ce sont les femmes qui en paient le prix », avertit notamment ONU Femmes, dans un communiqué publié pour l'occasion. L'agence rappelle qu'environ la moitié des pays du monde ne disposent pas de définitions du viol fondées sur le consentement, ni de lois garantissant un salaire égal pour un travail égal. Les trois quarts des États continuent d'autoriser le mariage des enfants, les privant d'une éducation et d'un avenir.
La présidente de l'Assemblée générale, l'Allemande Annalena Baerbock, a livré l'un des diagnostics les plus tranchants de la matinée. « Après 70 sessions de la Commission et 30 ans après la Déclaration de Pékin, la question n'est plus de savoir si les droits des femmes sont pertinents », a-t-elle affirmé. « La vraie question est ailleurs : pourquoi n'avance-t-on toujours pas ? ».
Selon elle, l'inégalité persistante ne relève pas d'une fatalité mais d'« un choix délibéré ». Les chiffres parlent d'eux-mêmes, a-t-elle rappelé : les femmes ne disposent à l'échelle mondiale que des deux tiers des droits juridiques accordés aux hommes. Et la domination masculine reste massive dans les lieux de pouvoir, dont les parlements, où les trois quarts des élus dans le monde sont des hommes. « En 80 ans, aucune femme n'a jamais été Secrétaire générale de l'ONU. La question n'est pas pourquoi une femme devrait occuper ce poste, mais pourquoi pas ? ».
La voix la plus poignante de la matinée est venue de la militante pakistanaise et prix Nobel de la paix Malala Yousafzai. « Aujourd'hui, je me tiens ici le cœur brisé », a-t-elle confié, évoquant les crises qui frappent les enfants dans plusieurs régions du monde.
Mais c'est surtout la situation en Afghanistan qui a dominé son intervention. Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021 - dont la branche pakistanaise avait tenté de l'assassiner en 2012, la blessant d'une balle dans la tête alors qu'elle rentrait de l'école à l'âge de 14 ans - les filles sont exclues de l'enseignement secondaire et universitaire, tandis que les femmes voient leurs droits au travail et à la vie publique drastiquement restreints.
« Ce n'est pas une culture. Ce n'est pas une religion. C'est un système de ségrégation et de domination », a dénoncé Malala, appelant la communauté internationale à reconnaître cette situation comme un « apartheid de genre ».
La lauréate du Nobel a aussi mis en garde contre la tentation des promesses sans lendemain. « Les discours ne protègent pas les filles. Mais la loi, la responsabilité et le courage politique peuvent le faire », a-t-elle insisté.
Créée en 1946, la Commission de la condition de la femme constitue l'enceinte principale où gouvernements, agences onusiennes et organisations de la société civile débattent des normes internationales sur les droits des femmes.
Le thème de cette 70ᵉ session porte sur l'accès des femmes à la justice, un chantier vaste et complexe qui englobe la réforme des lois discriminatoires, la protection des victimes de violences ou encore l'accès aux tribunaux et à l'aide juridique.
La voix de la société civile s'est également faite entendre. L'avocate équatorienne Ljubica Fuentes, survivante de violences sexistes dans l'enseignement supérieur, a livré un témoignage qui a marqué l'assistance. Victime de harcèlement et de persécution au sein même de son université, rendus possibles selon elle par le « prestige institutionnel » de l'établissement, elle a posé une question simple et dérangeante : « Qui peut dire combien de femmes ont quitté l'école à cause de la violence ? ».
Le droit, a-t-elle dénoncé, a été « construit pendant des siècles dans des salles où les femmes n'étaient pas présentes ». Et pour les plus vulnérables, la justice reste souvent inaccessible : absence de tribunaux dans les zones rurales, procédures indisponibles dans les langues autochtones, et, dans certaines régions d'Amérique latine, risques mortels pour celles qui osent dénoncer les violences.
« Il n'y a pas de conversations sur nous sans nous », a-t-elle lancé aux dirigeants présents, les appelant à se placer « du bon côté de l'histoire » et à cesser de « coloniser le corps des femmes ».
En ouvrant les travaux, la diplomate costaricienne Maritza Chan Valverde, présidente de la session, a rappelé l'enjeu central de ces discussions. « Nous le devons aux pionnières qui ont tracé la voie avant nous… à nos mères, nos grands-mères, nos filles et nos sœurs », a-t-elle déclaré.
L'accès à la justice, a-t-elle insisté, « n'est pas seulement un droit ; c'est une pierre angulaire de la dignité, de l'autonomisation et du progrès ».
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a également mis en garde contre la reproduction de ces discriminations au niveau des technologies numériques lorsque les femmes sont absentes de leur conception. Rappelant que les progrès en matière de droits des femmes ont toujours été le fruit de luttes et restent fragiles, le chef de l'organisation a rendu hommage à leur résilience.
« J'ai vu des femmes, partout dans le monde, rester debout et fortes dans les décombres des tremblements de terre et dans les cendres de la guerre, dans les camps de réfugiés et les villages ruraux, dans les parlements et les manifestations », a-t-il dit.
Derrière les discours et les performances, la tâche reste immense. Dans un monde où les droits acquis peuvent reculer aussi vite qu'ils ont été obtenus, les représentants des États réunis à New York devront transformer deux semaines de négociations en une feuille de route mondiale crédible.
« Derrière chaque statistique, il y a une vie », a rappelé Maritza Chan Valverde. « Derrière chaque position de négociation, il y a une femme ou une fille qui attend de voir si nous pensons vraiment ce que nous disons ».