RSF - Reporters sans frontières

09/09/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/09/2026 11:18

Médias publics fragilisés : RSF, avec des eurodéputés, demandent la mise en œuvre effective de la législation européenne sur la liberté des médias

Les représentants des groupes audiovisuels publics et des autorités de régulation des médias de Bulgarie, Italie, Slovaquie et Tchéquie s'inquiètent de la fragilisation des médias de service public. Lors d'une conférence coorganisée par deux eurodéputés et Reporters sans frontières (RSF) au Parlement européen le 8 septembre, ils ont appelé ensemble à l'application du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA).

Réductions des budgets, suppression des garanties d'indépendance, pressions sur les rédactions, attaques politiques… À travers l'Union européenne (UE), les médias de service public sont mis à mal. La conférence coorganisée le mardi 8 septembre par l'eurodéputé italien Sandro Ruotolo, l'eurodéputée slovaque Veronika Cifrova Ostrihonova et RSF a permis, à partir de cas concrets bulgares, italiens, slovaques et tchèques, de démontrer les lacunes dans la mise en œuvre de l'EMFA entrée en application en août 2025.

"Lors de l'élaboration de l'EMFA, nous avions salué la clairvoyance de la Commission européenne dans l'identification des menaces qui pèsent sur les services publics de l'information. Cet outil demeure plus pertinent que jamais, voire s'impose comme le seul recours, alors que les médias de service public sont devenus un objet de querelle politique dans le cadre d'une campagne qui s'étend à toute l'Europe, à des degrés différents. L'audiovisuel public demeure pourtant, quand il est indépendant, et financé, un refuge du pluralisme et de l'investigation, et un média de confiance. La bataille pour le service public s'inscrit dans la guerre menée contre le journalisme : la solidarité entre médias privés et publics s'avère à ce titre essentielle. L'EMFA doit être pleinement mise en œuvre et au plus vite : face à l'offre politique, il existe une vraie demande médiatique et démocratique.

Thibaut Bruttin
Directeur général de RSF

L'article 5 de l'EMFA oblige les États membres à garantir l'indépendance éditoriale de l'audiovisuel public, ainsi qu'un financement "suffisant, durable et prévisible". C'est aussi une demande portée par RSF dans son rapport sur les médias publics de 2025, qui a donné le nom à la conférence organisée à Bruxelles 13 mois après l'entrée en application de l'EMFA : "Pressions sur les médias publics : un test décisif pour les démocraties européennes".

Devant une salle remplie au Parlement européen à Bruxelles, l'eurodéputée Veronika Cifrova Ostrihonova a souligné que les premiers bénéficiaires des médias publics indépendants sont les citoyens, tandis que son collègue du Parlement européen, Sandro Ruotolo, a plaidé en ce sens pour "plus d'EMFA, pas moins". La présidente du groupe de travail sur l'EMFA, l'eurodéputée allemande Sabine Verheyen, a quant à elle décrit cette législation européenne comme un enfant qui "tient debout, mais doit encore apprendre à marcher". La Commission européenne, représentée par Anna Herold, chargée de la politique audiovisuelle, a indiqué que l'exécutif européen a demandé des comptes à plus de la moitié des États membres de l'UE sur la mise en œuvre de l'EMFA. Les réponses sont attendues d'ici mi-octobre.

Le représentant l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), le britannique Richard Burnley, a lui insisté sur le besoin d'associer à l'application de l'EMFA des mesures permettant la mise en avant algorithmique ("due prominence") des contenus journalistiques, et tout particulièrement des médias de service public.

Budgets et confiance en baisse

C'est notamment le cas du gouvernement tchèque qui a été accusé de ne pas respecter l'EMFA : le directeur général de la Radio tchèque René Zavoral a ainsi critiqué le projet de loi qui remplace la redevance audiovisuelle - une garantie d'indépendance selon l'eurodéputée Sabine Verheyen - par un financement réduit provenant du budget de l'État. Cette réforme figure d'ailleurs à l'ordre du jour des séances du parlement tchèque depuis le mardi 8 septembre. "Réduire le budget de l'audiovisuel public pour économiser l'argent public, c'est comme se couper une jambe pour économiser sur l'achat de chaussures et de chaussettes. Vous économiserez certes de l'argent, mais il deviendra très difficile de marcher", a ironisé pour sa part le directeur général de la Radio bulgare Milen Mitev.

Le sous-financement de l'audiovisuel public slovaque, la STVR, a aussi été pointé du doigt par le directeur du Conseil des services de médias, l'autorité de régulation slovaque, Ivan Tarabcak, qui s'est d'ailleurs inquiété de la baisse de confiance envers la STVR. La commissaire de l'autorité de régulation des médias en Italie (AGCOM), Elisa Giomi, est elle revenue sur les lacunes dans le pluralisme interne de l'audiovisuel public italien, la RAI. Une journaliste du groupe public, Giulia Innocenzi, a par ailleurs souligné l'importance de la solidarité des journalistes face aux pressions sur les rédactions.

Parmi les 180 pays et territoires du Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026, la Tchéquie se situe 11e, la Slovaquie 37e, l'Italie 56e et la Bulgarie 71e.

L'organisation de la conférence a été soutenue par la fondation tchèque l'Alliance pour l'État moderne.

Image
71/ 180
Score : 60,28
Image
56/ 180
Score : 65,16
Image
37/ 180
Score : 72,71
Image
11/ 180
Score : 83,01
Publié le 09.09.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on September 09, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on September 09, 2026 at 17:19 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]