RSF - Reporters sans frontières

09/07/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/08/2026 02:21

Suède : RSF publie le rapport “Portes closes – Les journalistes locaux face aux défis de la liberté de la presse en cette année électorale 2026”

Des autorités qui compliquent l'accès aux documents publics, des menaces contre des journalistes et des inquiétudes croissantes concernant la désinformation. Telles sont, entre autres, les conclusions du nouveau rapport de Reporters sans frontières (RSF), intitulé "Portes closes", dans lequel 25 journalistes locaux et régionaux décrivent l'état de la liberté de la presse en Suède à l'approche des élections législatives de 2026.

"La Suède a été le premier pays au monde à instaurer le principe de l'accès du public aux documents officiels. Nous constatons aujourd'hui que ce principe risque d'être progressivement érodé, petit à petit. C'est peut-être le signal d'alerte le plus grave de ce rapport. Le principe de l'accès du public reste inscrit dans la Constitution, mais les journalistes que nous avons interrogés affirment se heurter à des obstacles inutiles qui les empêchent de contrôler plus efficacement les détenteurs du pouvoir. La Suède jouit toujours d'une grande liberté de la presse. Mais celle-ci ne peut être considérée comme acquise. Ce qui est préoccupant dans ce rapport, c'est cette évolution progressive. Un obstacle par-ci, un retard par-là, une campagne menée contre un journaliste. Pris isolément, ces incidents peuvent sembler mineurs. Mais pris dans leur ensemble, ils altèrent la capacité des journalistes à exercer leur métier."

Erik Larsson,
Porte-parole de la section Suède de RSF

Alors que la Suède figure dans les premières places du Classement mondial de la liberté de la presse de RSF (5e sur 180 en 2026), elle est confrontée à certains défis. À l'aune des élections cruciales du 13 septembre, RSF a mené une enquête auprès de journalistes salariés travaillant principalement dans des médias locaux et régionaux à travers la Suède.

Le constat le plus marquant concerne la transparence dans le secteur public. 80% des journalistes interrogés affirment que les autorités et autres organismes publics sont devenus moins ouverts qu'ils ne l'étaient il y a cinq ans. Au cours de l'année écoulée, 84 % ont constaté qu'une autorité leur rendait plus difficile l'accès à des documents ou à des informations.

Les journalistes font état de documents caviardés, de retards dans l'accès à l'information et de frais élevés pour l'obtention de documents. Ils signalent également que des responsables politiques et des fonctionnaires évitent les entretiens ou renvoient les journalistes vers des attachés de presse. Exemple avec la journaliste et responsable des enquêtes au quotidien régional Östgöta Correspondenten, Tina Enström, qui a constaté que les responsables politiques et les fonctionnaires sont de plus en plus réticents à accepter des entretiens en face à face. À la place, ils envoient des réponses par e-mail évasives. Après la publication, ces mêmes personnes peuvent prétendre que le journaliste a mal compris ou omis des éléments de l'article, alors même qu'on leur avait proposé un entretien, envoyé des questions et parfois même donné la possibilité de lire des extraits de l'article.

Menaces et harcèlement : une réalité quotidienne

Le rapport montre également que les menaces et le harcèlement font partie du quotidien professionnel de nombreux journalistes locaux. 64 % déclarent avoir été victimes de tels incidents au cours de l'année écoulée. Ces incidents vont des e-mails et appels téléphoniques menaçants à la mise au pilori, en passant par des menaces judiciaires et de graves affrontements physiques. Un journaliste basé dans le sud du pays a ainsi raconté sa terrible expérience lorsqu'il s'est rendu sur les lieux d'un barrage routier mis en place par des néonazis, où ceux-ci arrêtaient et contrôlaient les voitures. À son arrivée, alors qu'il était assis dans sa voiture avec un collègue, trois néonazis armés de haches se sont précipités vers eux.. Quand il est rentré chez lui plus tard dans la journée, il a trouvé un mot fixé sur sa porte d'entrée à l'aide d'un couteau, avec un message on ne peut plus clair qui disait : "Nous savons où vous habitez." À la suite de cet incident, ce journaliste a bénéficié d'une protection spéciale de ses données personnelles pour cinq ans. À une autre occasion, un homme est entré dans la salle de rédaction avec un pistolet chargé et a demandé à parler au journaliste.

Une journaliste basée dans le nord de la Suède, qui est rédactrice en chef de la rubrique d'opinion, se souvient d'une campagne d'affiches anonymes comportant sa photo et le texte "Putain de salope typique" sur les panneaux d'affichage de sa ville. Cet incident l'a amenée à prendre un congé de maladie pendant un moment.

Dans le même temps, de nombreux journalistes font état d'un soutien important de la part de leurs collègues, de leurs responsables et de leurs rédactions en chef. La plupart d'entre eux affirment continuer à publier malgré la pression. Les problèmes visent principalement des journalistes individuellement et des rédactions plutôt que le journalisme dans son ensemble. Cela n'affecte pas leur volonté de publier.

Des inquiétudes pèsent également sur l'avenir. 64 % estiment que la liberté de la presse s'est détériorée au cours des cinq dernières années. 60 % s'attendent à ce que cette détérioration se poursuive. La désinformation et la propagande figurent par ailleurs parmi les menaces les plus importantes pour les journalistes, au même titre que l'ingérence politique, la législation et la menace de poursuites judiciaires.

Principales conclusions du rapport

  • 80 % des journalistes interrogés affirment que les autorités et les organismes publics sont devenus moins ouverts qu'ils ne l'étaient il y a cinq ans.
  • 84 % ont constaté, au cours de l'année écoulée, qu'au moins une autorité leur avait rendu plus difficile l'accès à des documents ou à des informations.
  • 64 % déclarent avoir fait l'objet de menaces ou de harcèlement au cours de l'année écoulée.
  • 64 % estiment que la liberté de la presse s'est détériorée au cours des cinq dernières années.
  • 60 % s'attendent à ce que la liberté de la presse continue de se détériorer au cours des cinq prochaines années.

Recommendations

Le rapport présente cinq recommandations à l'intention du prochain gouvernement.

1. Faire respecter le principe d'accès aux documents publics

Le principe d'accès aux documents publics doit également s'appliquer dans la pratique quotidienne. Les autorités publiques et les collectivités locales ne doivent pas être autorisées à entraver le contrôle de leurs actions par des délais de traitement excessifs, des décisions de confidentialité injustifiées ou des frais rendant les demandes volumineuses trop coûteuses. Le gouvernement devrait renforcer la sensibilisation au principe d'accès aux documents publics officiels au sein de l'administration centrale et des collectivités locales. Les fonctionnaires et les responsables politiques doivent bénéficier régulièrement de formations leur rappelant que la transparence est un droit démocratique et un élément central de leur mission. Les élus ont également une responsabilité particulière. La critique des médias et du journalisme fait naturellement partie d'une société ouverte. Toutefois, les responsables politiques devraient s'abstenir de jeter le discrédit sur les journalistes en tant que groupe ou d'utiliser leur position pour lancer des campagnes de dénigrement contre des journalistes ou des rédactions.

2. Renforcer la résilience de la Suède dans la guerre de l'information

L'environnement informationnel suédois subit une pression croissante. Des puissances étrangères et d'autres acteurs recourent à la désinformation, aux faux comptes et aux contenus manipulés pour semer la méfiance et la division. L'IA générative permet de produire ce type de contenu plus rapidement et à une échelle nettement plus grande. Les journalistes et les médias sont des cibles récurrentes. Les attaques visent souvent des reporters individuellement, mais les conséquences peuvent être plus graves encore lorsque la confiance dans le journalisme indépendant est ébranlée. La Suède devrait donc plaider en faveur d'une plus grande transparence au sein de l'UE concernant le fonctionnement des algorithmes et des systèmes de recommandation des grandes plateformes, ainsi que pour la mise en œuvre effective de du règlement européen sur les services numériques (Digital services Act, DSA). Les campagnes manipulées et les opérations d'influence coordonnées doivent pouvoir être détectées et traitées plus rapidement. Parallèlement, les mesures de lutte contre la désinformation doivent être conçues de manière à préserver la liberté d'expression et la liberté de la presse.

3. Soutenir la norme Journalism Trust Initiative (JTI)

Les organes de presse suédois devraient être encouragés à adhérer à la norme internationale Journalism Trust Initiative (JTI) mise au point par RSF en matière de transparence et d'éthique éditoriale au sein des rédactions. Pour obtenir cette certification, les médias doivent démontrer publiquement comment ils s'acquittent de leurs responsabilités journalistiques, comment ils préservent leur indépendance et comment ils sont financés. Dans un paysage médiatique où la propagande et les contenus générés par l'IA se propagent rapidement, il est important de pouvoir distinguer les contenus créés par des journalistes fiables de ceux produits par des bots.

4. Renforcer le financement des médias en mettant l'accent sur le journalisme local

Le financement des médias devrait être accru. À l'heure où les rédactions locales se font de plus en plus rares et où les sites web générés par l'IA peuvent imiter le journalisme local, un soutien est nécessaire qui favorise clairement le véritable journalisme : des reporters sur le terrain, une publication responsable et un contrôle des détenteurs du pouvoir.

5. Accroître les investissements dans les médias de service public

Le groupe audiovisuel public constitue un élément central de l'infrastructure démocratique en Suède. Sveriges Television (SVT), Sveriges Radio (SR) et Sveriges Utbildningsradio (UR) touchent l'ensemble de la population, assurent une couverture de l'actualité locale et régionale et servent de source d'information en temps de crise. Lorsque les médias locaux privés subissent des pressions financières, le groupe audiovisuel public joue un rôle complémentaire essentiel. Les médias de service public doivent faire l'objet d'un contrôle rigoureux, mais ne doivent pas être affaiblis par des attaques politiques.

Methodologie :

Ce rapport s'appuie sur une enquête menée auprès de 25 journalistes salariés à temps plein travaillant principalement dans des médias locaux et régionaux répartis dans différentes régions de Suède. Les données ont été recueillies entre mars et mai 2026. Cette enquête ne prétend pas être statistiquement représentative de l'ensemble de la profession journalistique suédoise, mais doit plutôt être considérée comme un aperçu nuancé des conditions auxquelles est confronté le journalisme local à l'approche des élections

Publié le 07.09.2026
RSF - Reporters sans frontières published this content on September 07, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on September 08, 2026 at 08:21 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]