06/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/14/2026 17:12
Située entre deux bras du canal Gand-Terneuzen - là où les maisons d'ouvriers rencontrent les sites industriels - la « presqu'île de Gand » et son quartier populaire de « Meulestee » sont devenus un paradis pour Judith et Dimitri depuis un an. Judith, une orthopédagoge originaire d'Izegem, et Dimitri, un chauffeur de bus de Lviv, en Ukraine, sont devenus l'année dernière les heureux propriétaires de leur propre appartement dans le complexe de logements sociaux de Mykolaiv, un projet du Community Land Trust (CLT) à Gand. Tous deux apprécient de sentir le sol stable sous leurs pieds après une vie au parcours tumultueux. Judith s'est en effet retrouvée sans abri pendant deux ans et a perdu son compagnon dans un accident de voiture. Dimitri a connu une longue bataille juridique autour de la garde de sa fille. Enfin chez eux, ils racontent leur histoire, de la rue et un quartier agité jusqu'au refuge de la communauté Mykolaïv, avec le soutien de l'Europe.
Un « community land trust » (organisme foncier solidaire) est une fondation qui met en place sur des terrains (achetés ou donnés par la ville, comme dans le cas du CLT de Gand) un projet de logements sociaux dans le but de permettre aux personnes défavorisées d'acquérir leur propre logement, malgré leur situation vulnérable, sur le terrain du CLT. Celui-ci leur permet de faire des économies, au lieu de payer un loyer (social). La surface du terrain continue d'être gérée par le CLT qui, en tant que gérant, la loue aux propriétaires pour un montant mensuel très faible, sur la base d'une charte. Contrairement aux sociétés de logements sociaux ou aux promoteurs privés, le CLT reste associé au développement de l'aspect social du projet, par l'intermédiaire de diverses activités menées pour les propriétaires sur le site du projet, par exemple au sein d'un centre communautaire. Les propriétaires individuels ne peuvent ensuite revendre leur bien que par l'intermédiaire du CLT et moyennant une plus-value plafonnée, qui tient compte de l'index. De cette manière, le modèle est préservé, tout en offrant à une prochaine génération de personnes en situation de vulnérabilité la possibilité d'acquérir un logement à un prix abordable.
Le projet Mykolaiv à Gand, un foyer avec jardin communautaire accueillant 34 ménages de différents horizons, a reçu un coup de pouce du projet européen SHICC, qui a permis la maturation du CLT de Gand entre 2017 et 2021. Grâce à cette aide, entre autres, il est devenu une fondation dotée du poids juridique et financier nécessaire pour mettre sur pied un projet de construction à grande échelle. Le CLT de Gand est ainsi devenu l'un des quatre CLT à succès du projet SHICC, qui compte également des start-ups réussies à Bruxelles, à Lille et à Londres. Ces projets pionniers vont s'étendre aux Pays-Bas, en Allemagne, en Écosse et en Irlande.
Judith et Dimitri sont arrivés à Mykolaiv après un parcours d'apprentissage de deux ans, au cours duquel ils ont découvert à la fois le modèle du CLT et leurs futurs copropriétaires. Après un long processus d'évolution, l'adolescente rebelle qui vivait dans un squat est devenue une mère de 3 enfants diplômée en orthopédie, pour enfin arriver au CLT sur le conseil du service logement Rabot. Après des dizaines d'années d'isolement social dans des quartiers inhospitaliers de Gand, Dimitri est entré en contact avec le CLT grâce à une rencontre fortuite avec Dieter, employé du CLT de Gand, lors d'un pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle en 2022. Tous deux considèrent le projet Mykolaiv comme une renaissance et ils ont le sentiment d'appartenir à « une seule même et grande famille ». Une famille qui a également choisi elle-même son nom - « Mykolaiv » - lors processus participatif initié en 2022. Il s'agit d'un hommage à une ville portuaire ravagée en Ukraine, mais aussi d'une référence à Saint-Nicolas, date à laquelle le CLT a commencé ses activités en 2013 et le chantier collectif a été inauguré lors d'une grande fête de quartier. Une fête dans l'espace communautaire et d'autres activités telles que le petit-déjeuner de Pâques, le jardin communautaire, l'installation et l'entretien des parties communes sont autant d'initiatives prévues par le projet du CLT pour l'épanouissement de ses membres, en plus de leur proposer un habitat agréable dans un beau quartier.
Trui Maes, experte en planification et en développement rurbains durables, a contribué à la création du CLT de Gand. Elle voit dans ce modèle socialement innovant, co-façonné ici par l'Europe, une vision d'avenir pour un mode de vie durable et abordable : « Le CLT offre un système équitable, par-delà les générations, pour les personnes socialement vulnérables, qui peuvent faire des économies au lieu de payer un loyer. »
Entre-temps, elle œuvre déjà avec l'UE à un nouveau projet de cohabitation, Upcyling Trust, qui rénove une maison incendiée à Sint-Amandsberg - un don privé au CLT - de manière circulaire et économe en énergie. Son objectif est la création de quatre nouvelles unités de logement et d'un espace communautaire. Les CLT de Bruxelles, Rennes, Lille et Cork développent quant à eux actuellement leur propre dossier.
Comme Trui ne le sait que trop bien, il n'y a rien de plus sécurisant que de posséder un toit au-dessus de sa tête.
Le Community Land Trust (CLT) de Gand a bénéficié d'un financement de l'UE entre 2017 et 2021 par l'intermédiaire du Fonds européen de développement régional (programme Interreg) et du projet SHICC afin de prouver l'efficacité du modèle qu'il préconise : permettre aux familles vulnérables de vivre de manière indépendante, abordable et durable en gardant les terrains sous son propre contrôle. En collaboration avec Bruxelles, Lille et Londres, le CLT de Gand a cherché et trouvé un modèle viable et évolutif pour contribuer à résoudre la crise du logement en Europe, ce qui s'est concrétisé par le projet Mykolaiv.
Cet article est déjà paru dans le journal du week-end De Zondag du 14 juin 2026.