RSF - Reporters sans frontières

05/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/20/2026 10:42

Mali : avec la destruction de la radio emblématique Naata, l’information continue de disparaître aux trois frontières du Sahel

La radio communautaire Naata, unique station qui émettait encore dans la localité frontalière de Labbezanga, dans la région de Gao, a été détruite par des hommes armés le 27 avril. L'assaut est survenu deux jours après les attaques coordonnées de groupes armés indépendantistes et jihadistes contre des positions civiles et militaires dans plusieurs villes du Mali. Reporters sans frontières (RSF) condamne une attaque injustifiable contre le droit des populations à une information de proximité et appelle les parties au conflit à respecter l'indépendance des médias.

Elle était l'unique voix médiatique d'une région frontalière en proie à l'insécurité depuis plusieurs années. La radio communautaire Naata de Labbezanga s'est brutalement tue le 27 avril 2026 : des hommes armés, soupçonnés d'appartenir au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM), ont attaqué ses installations, détruisant presque tout sur leur passage. "Il n'y a plus rien. Ils ont tout pris, sauf l'antenne", a confié une source locale à RSF. Selon elle, les assaillants "ont profité du retrait de l'armée vers Ansongo", ville située au nord de Labbezanga, pour commettre leur forfait.

En effet, l'attaque contre la radio Naata a eu lieu deux jours après celles ayant visé plusieurs sites civils et militaires à Bamako, la capitale, et dans d'autres villes du pays. La radio Naata avait déjà été éprouvée par l'assassinat de son journaliste Abdoul Aziz Djibrilla, lors d'une attaque par une bande armée le 7 novembre 2023. Deux professionnels des médias enlevés le même jour, Saleck Ag Jiddou, dit Zeidane, directeur de Radio Coton d'Ansongo, et l'animateur de la même radio, Moustapha Koné, sont toujours portés disparus.

"En réduisant violemment au silence cette radio communautaire, unique source d'informations plurielles dans la zone, les auteurs de cette attaque veulent empêcher tout accès à une information de proximité aux populations déjà fragilisées par l'insécurité, et imposer un climat de peur. La destruction de Radio Naata alimente les inquiétudes croissantes quant au risque d'un désert informationnel dans la zone. Les journalistes, tout comme les infrastructures médiatiques, ne doivent jamais être considérés comme des cibles de guerre. Les auteurs doivent être identifiés puis sanctionnés, et il est impératif que les groupes armés mettent un terme à ces attaques contre les médias.

Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

Un média transfrontalier pour promouvoir la paix

La radio Naata émettait sur un rayon d'au moins 65 km dans cette zone dite des "trois frontières", touchant des auditeurs situés aussi bien au Mali qu'au Burkina Faso et au Niger. Elle représentait un précieux moyen pour les populations d'accéder à une information de proximité et servait régulièrement de canal pour les autorités locales, l'armée, ainsi que les organisations non gouvernementales (ONG), pour transmettre des messages aux populations. La radio comptait neuf employés, dont quatre femmes, qui produisaient quotidiennement des programmes en français et en langues locales songhaï, tamasheq, bambara et peul, sur des thématiques essentielles comme la santé, l'éducation et l'environnement.

La radio Naata a obtenu son autorisation d'émettre à Labbezanga le 1er novembre 2020, après une attaque contre le camp militaire de la localité ayant occasionné plusieurs morts et des déplacés internes. À la reconstitution du camp dans le cadre de l'Opération Barkhane(2014-2022), l'armée malienne était de retour et "il fallait, à travers la radio, sensibiliser les populations locales pour renforcer la quiétude, le vivre ensemble et la paix", indique une source locale.

Au Mali, les radios communautaires sont les seuls médias disponibles dans de nombreuses localités du nord et du centre, enclavées par l'insécurité. "Malgré leur importance, elles fonctionnent difficilement" à cause notamment des menaces des groupes armés, mais aussi des difficultés économiques, regrette un directeur de radio dans le centre du pays, qui souhaite garder l'anonymat. "Aujourd'hui celles du Sud aussi sont devenues vulnérables à cause du déplacement de l'insécurité vers cette zone", ajoute-t-il.

En septembre 2025, RSF a présenté son documentaire sur le combat des radios communautaires pour informer au Sahel. Il s'agit d'un portrait croisé de trois responsables de radios du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ravive l'espoir d'une presse libre dans la région malgré les menaces. Un an plus tôt, l'organisation a lancé, aux côtés de 547 radios, l'Appel de Bamako, lors d'une conférence de presse dans la capitale malienne, exhortant les autorités régionales et la communauté internationale à soutenir et à protéger les radios communautaires.

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Publié le 20.05.2026
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