FAO - Food and Agriculture Organization of the United Nations

06/03/2026 | Press release | Archived content

Un rapport de la FAO met en évidence l’intérêt économique à long terme de lutter contre la résistance aux antimicrobiens dans l’élevage.

Rome - Selon une nouvelle évaluation économique fondée sur des scénarios conduite par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la résistance aux antimicrobiens, ou RAM, représente une grave menace à long terme pour la sécurité alimentaire, la production animale, le bien-être économique et la santé humaine, c'est pourquoi il est impératif d'adapter les mesures d'incitation en vigueur dans le secteur de l'élevage à l'échelle mondiale avant que le coût de l'inaction ne devienne trop difficile à compenser.

D'après le rapport intitulé The future of antimicrobial use in livestock - The economic cost of action or inaction (L'avenir de l'utilisation des antimicrobiens dans l'élevage - le coût économique de l'action ou de l'inaction) présenté mercredi en marge de la 4e session du Sous-Comité de l'élevage du Comité de l'agriculture au siège de la FAO, à Rome, les tendances actuelles indiquent que, sous l'effet de la demande croissante d'aliments d'origine animale et de l'intensification continue de la production, l'utilisation d'antimicrobiens dans l'élevage mondial devrait augmenter de près de 30 pour cent d'ici à 2040 comparativement à 2019.

Selon ce document, l'utilisation des activateurs de croissance antimicrobiens augmente sensiblement la productivité à court terme, notamment dans les zones où les ressources sont limitées, mais les pertes de production à long terme anticipées dans les scénarios tablant sur un accroissement de la RAM sont beaucoup plus élevées. Ainsi, dans le scénario envisageant l'incidence la plus élevée de la RAM sur la production, les pertes cumulées de la production animale pourraient atteindre environ 318 milliards d'USD d'ici à 2040, contre environ 53 milliards d'USD dans le scénario le plus radical d'abandon progressif des activateurs de croissance antimicrobiens.

«La réduction de l'utilisation superflue d'antimicrobiens se traduit souvent par une hausse des coûts immédiate et de courte durée, alors que la stratégie consistant à préserver l'efficacité de ces substances apporte des bénéfices à long terme et d'une vaste portée», a commenté M. Thanawat Tiensin, Sous-Directeur général, Directeur de la Division de la production et de la santé animales et Vétérinaire en chef de la FAO. «Ainsi l'efficacité des antimicrobiens doit-elle être considérée comme un bien public mondial, ce qui nécessite de mieux concilier les mesures d'incitation en vigueur, qu'elles visent les États ou les exploitations agricoles, et les avantages que présente la préservation de cette efficacité à l'échelle mondiale, en s'appuyant sur des investissements qui permettent une prévention à grande échelle.»

Il faudra donc employer des approches intégrées en matière de politiques, fondées sur l'association de la réglementation et de mesures d'incitation économiques, sur des investissements dans les services vétérinaires, la surveillance et le diagnostic, sur la promotion de solutions de substitution comme la vaccination, la biosécurité et l'amélioration des pratiques d'élevage, ainsi que sur l'adaptation des mesures d'incitation concernant le commerce et les marchés en vue d'une utilisation responsable des antimicrobiens et de l'adoption de solutions de substitution viables. Selon le rapport, un investissement d'au moins 28,4 milliards d'USD serait nécessaire pour assurer la transition et couvrir le coût de l'action à court terme.

Situation actuelle

Les orientations internationales sont de plus en plus favorables à une restriction et à un abandon progressif des activateurs de croissance antimicrobiens. Cependant, les efforts et les ajustements nécessaires ne sont pas homogènes, ces produits étant associés à des gains de productivité sensibles, notamment dans les contextes où les producteurs sont exposés à un risque morbide élevé et ont un accès limité aux services vétérinaires, aux mesures de biosécurité et à des solutions de substitution abordables.

Le rapport montre qu'il est possible à l'avenir de réduire l'utilisation d'antimicrobiens dans l'élevage grâce à une meilleure productivité, des systèmes de santé animale plus robustes et une prévention améliorée. Néanmoins, l'abandon progressif des activateurs de croissance antimicrobiens provoquera d'abord un choc aigu et marqué, suivi d'un rétablissement partiel, à mesure que les producteurs s'adapteront et que des solutions de substitution se diffuseront. L'augmentation de la RAM est associée à une trajectoire inverse: les effets économiques sont moins forts au départ mais s'accentuent avec le temps. En raison de cette latence, entre autres causes, les mesures sont parfois prises tardivement, même lorsqu'une intervention est pleinement justifiée à long terme.

Le rapport présente un cadre économique intégré fondé sur l'approche «Une seule santé» ainsi qu'une analyse basée sur la modélisation de scénarios pour évaluer la rentabilité d'un investissement en faveur de la gestion responsable des antimicrobiens dans l'élevage en examinant la corrélation entre les décisions concernant les exploitations agricoles, les capacités de gouvernance et les résultats macroéconomiques. Il conclut qu'il est impossible de mettre en place la gestion responsable des antimicrobiens dans l'élevage par la seule application d'orientations techniques ou de réglementations nationales, soulignant la nécessité de clarifier les objectifs, d'assurer un financement pérenne, d'instaurer des mesures d'incitation axées sur les marchés et de promouvoir l'adoption des mesures au niveau des exploitations agricoles. Les instruments économiques qui peuvent être employés, lorsqu'ils sont pertinents et adaptés au contexte national, sont notamment le plafonnement, les normes échangeables et les mesures budgétaires.

Il est essentiel d'assortir les restrictions d'un appui ciblé à la transition, notamment par des investissements dans la biosécurité, la vaccination, les services vétérinaires et un accès facilité à des solutions efficaces de substitution aux antibiotiques, pour lisser les écarts de coût et de temps entre un scénario fondé sur l'action et les conséquences d'une inaction. Cette affirmation est corroborée par la prévision figurant dans le rapport selon laquelle la production animale mondiale devrait augmenter d'environ 23 pour cent d'ici à 2040, portée par la production de volaille et de lait.

D'ici à 2040, l'Asie et le Pacifique devraient rester les principaux utilisateurs mondiaux d'antimicrobiens dans l'élevage (près de 65 pour cent de la consommation totale), suivis par l'Amérique du Sud (environ 19 pour cent). L'Afrique représente une part plus faible mais affiche une croissance parmi les plus élevées.

Le rapport évalue la corrélation entre les activateurs de croissance antimicrobiens et l'amélioration de la croissance ainsi que l'efficacité de l'alimentation animale chez les poulets de chair, les porcs et les bovins, leurs effets étant toutefois dépendants de la région, de l'espèce et du système de production. Ces résultats contribuent à expliquer pourquoi les producteurs sont susceptibles de recourir aux activateurs de croissance antimicrobiens lorsque les solutions de substitution abordables et efficaces sont limitées. Ils expliquent aussi pourquoi il est probable que les pertes à court terme dues à la réforme soient réparties inégalement, ce qui illustre la nécessité d'adapter finement les mesures stratégiques prises et le soutien fourni collectivement.

La FAO accompagne ses États membres dans cette transition par l'intermédiaire de RENOFARM, son initiative décennale visant à réduire la nécessité de recourir aux antimicrobiens sur les exploitations agricoles pour une transformation durable des systèmes agroalimentaires, du cadre de bonnes pratiques fondé sur les «5 B» et du Système international de la FAO pour la surveillance de la résistance aux antimicrobiens (InFARM). Par leurs effets combinés, ces initiatives visent à renforcer la prévention, à améliorer le suivi et à mettre l'utilisation responsable des antimicrobiens à la portée des agriculteurs, des filières et des États.

Les participants au Sous-Comité de l'élevage examineront également le projet de plan d'action mondial pour la transformation de l'élevage dans une optique de durabilité, qui définit des priorités et des actions concrètes pour les gouvernements et les partenaires. Ce plan promeut une action couvrant l'intégralité de la filière de l'élevage - de la production aux marchés - ainsi qu'une prise de décision fondée sur des données factuelles et tenant compte du contexte local, en vue de renforcer la durabilité des systèmes d'élevage tout en répondant à la demande croissante de viande, de lait et d'œufs.

FAO - Food and Agriculture Organization of the United Nations published this content on June 03, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on June 09, 2026 at 11:47 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]