Université Laval

06/16/2026 | News release | Distributed by Public on 06/16/2026 08:52

Apprivoiser l’IA pour composer chansons et musiques

Le professeur Serge Lacasse, de la Faculté de musique, a observé et analysé comment les étudiantes et étudiants s'approprient les outils d'IA dans un contexte de création musicale et sonore.

- Olivier Laflamme

Auteurs-compositeurs et autrices-compositrices, ne boudez pas trop vite les outils d'intelligence artificielle (IA), conseille Serge Lacasse, professeur à la Faculté de musique. «Il y a une grande méconnaissance de l'IA générative, notamment en musique. Si on apprend à utiliser son potentiel, elle ne freine pas la création, mais elle l'appuie», croit-il fermement.

Pour explorer les potentialités de ces outils dans le processus de création et dans les pratiques pédagogiques en musique, le professeur a invité cinq étudiantes et étudiants à participer à un projet de recherche en deux phases. Pendant un mois, les participantes et participants ont été contraints de créer des chansons et des musiques entièrement à partir de l'IA, sans aucune intervention humaine à part la formulation des requêtes. Puis, pendant une autre période d'un mois, ils ont été libres d'utiliser ou non l'IA à diverses étapes de leurs projets créatifs (écriture des paroles, composition mélodique, arrangements, etc.).

Résultat: les cinq étudiantes et étudiants qui, de manière générale, ont commencé l'expérimentation avec une attitude méfiante, voire récalcitrante, vis-à-vis de l'IA l'ont terminée en lui reconnaissant certains avantages. «C'est cette évolution qui est particulièrement intéressante. L'expérimentation a progressivement atténué certaines résistances chez ces auteurs-compositeurs-interprètes», remarque le professeur.

Enregistrer les réactions à l'égard de l'IA

Puisque le premier objectif de cette recherche était de mesurer les effets d'un processus d'expérimentation des outils d'IA sur la création musicale, deux autres personnes se sont greffées au projet. «Ces personnes devaient mener une sorte d'enquête ethnographique. Elles ont enregistré les réunions et les discussions qu'on a eues. Ponctuellement, elles ont interrogé les participants», explique Serge Lacasse, qui relève le fait qu'un processus de familiarisation avec l'IA est très différent d'une personne à l'autre.

«Aucun des cinq étudiants n'a utilisé l'IA de la même façon. Certains ont employé des robots conversationnels comme ChatGPT pour écrire des paroles. D'autres ont exploré des usages plus analytiques ou réflexifs, en dialoguant avec l'IA pour mieux comprendre leur propre style musical», souligne-t-il.

Concrètement, le projet a généré une dizaine de chansons, couvrant un éventail de styles allant du métal extrême à la chanson humoristique québécoise, en passant par la pop électro. Cette diversité témoigne de la capacité des étudiantes et étudiants à intégrer ou à détourner les propositions de l'IA dans des univers créatifs très différents et souligne, conséquemment, que l'IA ne remplace pas l'identité artistique: elle devient un matériau parmi d'autres, modulable selon l'intention de la créatrice ou du créateur. «Bref, le projet a permis de documenter que l'IA n'impose pas une vision, mais permet à chaque artiste de développer une relation propre avec l'outil. D'ailleurs, le projet a donné lieu à des échanges profonds entre les étudiants sur ce qu'est la création», précise le professeur Lacasse.

L'expérience vue par une étudiante

Sarah-Anne Arsenault, doctorante en musicologie, est l'une des cinq personnes créatrices qui ont participé au projet. Au départ, même si elle était curieuse de découvrir des outils qu'elle ne connaissait pas, elle avoue qu'elle était très réticente à l'idée d'inclure l'IA dans sa création.

Son regard est maintenant plus nuancé. Elle reconnaît que l'IA a inspiré certaines idées et comblé des lacunes techniques dans les étapes finales de production comme le mixage et la masterisation.

Cela dit, elle garde à l'égard de l'IA des réserves toutes personnelles, liées à son bonheur de créer. «J'ai tellement de plaisir à composer de la musique et à écrire des paroles que je n'ai pas envie de laisser l'IA le faire à ma place. De plus, il n'y a pas que le résultat qui m'importe. J'accorde une aussi grande importance au processus de création lui-même qu'à la composition qui en résulte», confie la musicienne qui conjecture que déléguer à l'IA une tâche qu'on juge plaisante explique peut-être une réticence plus grande à l'usage des outils d'IA chez les étudiantes et étudiants en musique que dans d'autres disciplines.

Sarah-Anne Arsenault admet toutefois que les autres participantes et participants n'avaient pas nécessairement les mêmes idées qu'elle sur le processus créatif. «En fait, dit-elle, utiliser l'IA nous a permis de réaliser qu'il existe différentes façons de créer.» Et de collaborer aussi. Car, pour la doctorante, le projet a mené à une réflexion sur la notion de collaboration. «Collabore-t-on vraiment avec l'IA? Si on me demande de cocréer une chanson avec des êtres humains, je dois faire attention aux sentiments des autres: écouter leurs idées, les critiquer avec tact, faire des compromis… L'IA n'a pas de sentiment. On peut rejeter durement ce qu'elle propose. Je ne dis pas que le résultat sera meilleur dans un cas ou dans l'autre. Mais l'absence d'enjeu émotionnel modifie l'idée de collaboration et la manière de créer», remarque-t-elle.

La place de l'IA dans l'enseignement de la musique

L'une des retombées du projet sur le plan pédagogique, c'est de montrer qu'il ne faut pas avoir peur de l'IA et qu'elle peut amener à créer et à réfléchir autrement, argue Serge Lacasse qui plaide pour qu'on accorde une place à cette technologie dans l'enseignement de la musique. «L'idée n'est pas de transformer les musiciens en experts de l'intelligence artificielle, mais de leur donner des outils pour comprendre et choisir. On ne peut pas faire comme si l'IA n'existait pas. D'ailleurs, l'histoire de la musique a toujours été traversée par des innovations technologiques et l'IA s'inscrit tout simplement dans cette continuité», conclut le professeur.

Ce projet de recherche, qui tend à soutenir l'intégration de l'IA dans l'enseignement, a fait l'objet d'une présentation lors de la 5e Journée de l'enseignement, tenue en avril.

Université Laval published this content on June 16, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on June 16, 2026 at 14:52 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]