03/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 12:04
À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Reporters sans frontières (RSF) alerte sur le sort de neuf femmes journalistes emprisonnées en Azerbaïdjan, dont trois reporters de Meydan TV qui ont récemment subi des violences physiques, psychologiques et des menaces sexistes et sexuelles en détention. Loin d'être des cas isolés, ces exactions s'inscrivent dans une stratégie de répression genrée visant à humilier, intimider et réduire au silence celles qui enquêtent et publient.
Chaque 8 mars, tandis que le monde célèbre les droits des femmes, des roses sont distribuées aux détenues dans les prisons azerbaïdjanaises. Une fleur en guise d'hommage, cyniquement tendue à des journalistes qui, derrière les barreaux, dénoncent menaces de viol et humiliations sexistes. Le 18 février, une dizaine de gardiens - dont des hommes - ont fait irruption dans la cellule de trois reporters de Meydan TVau centre de détention provisoire de Bakou, sous prétexte d'une inspection. Ils ont forcé la porte des toilettes, où se trouvait Aysel Umudova.
Dans leur lettrerelatant les faits, les journalistes indiquent que Hayala Agayevaa subi des blessures visibles à la main droite et au poignet gauche lors de l'altercation. Le directeur adjoint de la prison, Javid Gulaliyev, aurait levé son poing à quelques centimètres du visage d'Aytaj Tapdyg, la menaçant de la frapper. Après avoir dévisagé les trois femmes de la tête aux pieds d'un regard lubrique, il aurait lancé : "Mon sperme est partout", une déclaration à caractère explicitement sexuel assimilée par les journalistes à une menace de viol. Le surlendemain, lors de l'audience au tribunal, la juge a refusé à l'une de leurs avocates l'accès aux images des caméras de surveillance susceptibles d'avoir documenté la scène.
"Lorsque la détention devient un espace d'intimidation sexuelle et de domination, elle est utilisée comme une arme pour réduire au silence celles qui informent. La dimension genrée de ces exactions n'a rien d'accessoire : elle relève d'une stratégie délibérée d'humiliation et de dissuasion, destinée à frapper ces journalistes dans leur intégrité et à envoyer un message glaçant à toutes celles qui voudraient enquêter, informer et dénoncer. RSF demande la libération immédiate et inconditionnelle des neuf femmes journalistes détenues en Azerbaïdjan, l'ouverture d'enquêtes indépendantes et transparentes sur les violences signalées - des violations graves de la Constitution azerbaïdjanaise et du droit international - ainsi que la poursuite de tous les responsables.
Les violences dénoncées il y a deux semaines par les journalistes de Meydan TVs'inscrivent dans une série de signalementsdocumentés ces derniers mois. Dans une lettre publiée en décembre, Aysel Umudovaa rapporté avoir subi un harcèlement sexuel et des mauvais traitements lors de son arrestation et de son transfert en détention, un an plus tôt. Elle décrit notamment un "contact physique non désiré"imposé par un policier dans le véhicule, épisode dont elle garde encore des séquelles psychologiques.
L'ancienne journaliste de Voice of America Ulviyya (Ali) Guliyevaaffirme, elle aussi, avoir été frappée et menacée de viol en garde à vue le 6 mai 2025 afin de la contraindre à livrer les mots de passe de ses appareils électroniques. Enfin, au complexe pénitentiaire de Lankaran, où ont été transféréesplusieurs journalistes femmes d'Abzas Media, des allégations crédibles font état d'une agression physique commise le 24 janvier 2026 par le directeur de l'établissement contre une détenue. Dans ce contexte, les familles disent redouterpour la sécurité des journalistes incarcérées, sur fond de soupçons persistants d'impunité au sein de la prison.
"Neuf femmes - de la vingtaine à la cinquantaine - sont aujourd'hui derrière les barreaux pour leur travail de journaliste. Ce n'est pas un hasard : réduire au silence des femmes reporters est devenu une tendance marquée de la répression en Azerbaïdjan", souligne Subhan Hasanli, avocat spécialisé en droits humains. Dans une société où les normes patriarcales restreignent déjà la place des femmes dans l'espace public, l'arme de la diffamation sexiste, des menaces sexuelles et de la violence en détention vise à briser non seulement des individus, mais aussi l'idée même que les femmes ont leur place dans le journalisme d'investigation.
Malgré leur incarcération, plusieurs de ces reporters, comme Sevinj Vagifgizi, continuent à documenter et à rendre publiques les conditions de détentionet le traitement des prisonniers, transformant leur enfermement en acte de résistance professionnelle.
RSF tient à jour une galerie de portraits des professionnels des médias actuellement emprisonnésdans le pays.