Results

Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic

03/03/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/04/2026 01:32

Entretien de Benjamin Haddad, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé de l’Europe, avec « BFM TV » (Paris, 3 mars 2026)

Q - Le ministre chargé de l'Europe, nous a rejoints en France, ici, c'est Benjamin Haddad. Bonjour à vous.

R - Bonjour.

Q - Merci d'être avec nous. Il y a quelques instants, Benjamin Haddad, l'Iran a annoncé qu'il mettait en garde les pays européens contre toute implication dans la guerre. Voilà ce que dit le ministère des affaires étrangères. Que répondez-vous à cette mise en garde, cette menace même de l'Iran vis-à-vis des pays européens et donc aussi de la France ?

R - Non, mais moi, je ne suis pas là pour contribuer à une escalade verbale. Vous le savez, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est exprimé sur votre antenne ce matin de façon très claire à ce sujet, en disant que la France était prête à contribuer à des opérations défensives aux côtés de ses partenaires dans la région. Vous savez que nous avons des partenaires, des alliés dans le Golfe, et donc de façon proportionnée, encadrée bien sûr dans le principe de légitime défense du droit international, à la demande de ces partenaires…

Q - C'est-à-dire, pour être très précis là-dessus, c'est-à-dire en cas d'agression, si les forces françaises sont agressées ou si nos alliés dans la région sont agressés, là, la France répondra ?

R - Mais vous savez que la France a aussi des dispositifs dans la région. Nous avons d'ailleurs un hangar qui a été frappé à côté d'une base militaire. Et donc c'est pour cela qu'encore une fois, la France prendra des dispositions. La France fera toujours tout ce qu'il faut pour se défendre et encore une fois, pourra prendre, le cas échéant, à la demande de ses partenaires de façon proportionnée, dans le cadre du droit international, des mesures défensives.

Q - En coopération avec ses partenaires européens, on discute avant d'agir, avant de répondre sur le plan militaire ou pas ?

R - Alors, vous savez que sur le plan militaire, évidemment, c'est une décision souveraine du chef de l'État. Mais bien sûr, nous coordonnons, nous avons un dialogue avec nos partenaires. Nous avons d'ailleurs fait des déclarations communes en ce sens avec les Britanniques et les Allemands. Et donc, nous avons bien sûr un alignement avec nos partenaires. Mais bien sûr, la France est toujours souveraine dans sa capacité à agir, en particulier sur le plan militaire.

Q - Enfin juste, je vous donne la parole, mais sur cette occupation maintenant du Sud-Liban, est-ce qu'on a basculé là depuis ce matin dans autre chose, une nouvelle phase dans ce conflit ?

R - Vous le savez, le président de la Républiques'est exprimé très clairement depuis le début. Déjà, il a dit que l'Iran, aujourd'hui, a été en violation du droit international, que ce soit dans la poursuite de la prolifération nucléaire, en violation du traité de non-prolifération nucléaire, que ce soit dans le fait de soutenir, d'armer des proxies terroristes qui déstabilisent la région chez ses voisins, que ce soit le Hamas ou que ce soit le Hezbollah. Et bien sûr, dans les massacres, les crimes qui ont été commis contre sa population, en particulier ces dernières semaines, les femmes, les jeunes qui venaient manifester de façon pacifique pour demander de pouvoir s'exprimer librement et prendre le contrôle de leur destin comme ils y ont bien sûr droit. Mais il a aussi très clairement mis en garde contre l'escalade parce que l'on sait très bien que ce type de guerre, l'histoire récente le prouve…

Q - Et ça, c'est une escalade ? Cette occupation du Sud-Liban, c'est une escalade dangereuse ?

R - On sait quand ce type de guerre commence, on ne sait généralement pas quand elles se terminent. Et donc, c'est pour cela que le Président avait, dès le départ, mis en garde contre une escalade régionale qui serait dangereuse.

Q - Et qui se réalise aujourd'hui ?

R - Mais on voit aujourd'hui, par exemple, sur la question que vous posez, que le Hezbollah, et cela avait été d'ailleurs condamné par la France de façon très claire, que le Hezbollah entraîne les Libanais dans un conflit qui n'est pas le leur. Et de la même façon, c'est pour cela que je disais aussi la responsabilité écrasante de l'Iran, de ce régime, dans le fait de soutenir des proxies comme le Hezbollah qui déstabilisent la région.

Q - Donc pour vous l'escalade, elle vient du Hezbollah et de l'Iran, et non pas d'Israël et des Américains, si on comprend bien ce que vous nous dites, Patrick ?

Q - On le sait, la parole stratégique est vraiment celle du président de la République, mais comme vous êtes chargé des affaires européennes, sur la mission Aspides, parce qu'on voit, on regarde un petit peu les cours du pétrole, de la manufacture aussi qui changent, la mission Aspides est donc une vocation de l'Union européenne, des pays de l'Union européenne, pour assurer le trafic maritime en mer Rouge qui est en train d'être dérouté. L'Union européenne, justement, a annoncé qu'il y avait un renforcement, ça veut dire quoi concrètement pour la France qui avait déjà des moyens sur place ?

R - Alors là, de façon très concrète, je n'ai pas d'informations précises à vous donner.

Q - On a une frégate de détection…

R - Effectivement. Mais vous avez raison de dire qu'il y a, quand on parle du risque d'escalade, qu'il y a bien sûr aussi des conséquences économiques globales, à commencer bien sûr par l'augmentation du prix du pétrole, qui a un impact sur la circulation, les échanges, on le voit évidemment dans la région.

Q - On pourrait imaginer qu'effectivement, en restant totalement dans le cadre du droit international, en restant dans le cadre de nos accords en multilatéral avec les partenaires locaux, la France soit favorable à ce qu'il y ait une réaction internationale pour préserver la liberté de circulation maritime dans la région et qu'elle y participerait si besoin était ?

R - Je n'ai pas d'annonce à faire, mais vous savez que le principe de liberté de circulation, de navigation, c'est un principe, bien sûr, du droit international, comme vous le soulignez, que la France a toujours défendu. Et c'est pour cela, d'ailleurs, que nous participons aussi à des opérations de circulation, de liberté de circulation dans d'autres régions, dans l'Indopacifique, par exemple.

Q - Ça, ce n'est pas escalatoire, Patrick.

R - Ce n'est pas escalatoire de défendre le droit international.

Q - Sur le Liban, connaissant la participation de la France, il devait y avoir une conférence justement sur le désarmement du Hezbollah, qui est, on a bien compris, reportée sine die. Comment vous gardez le lien, notamment avec le président Aoun, ancien chef d'état-major des armées, qui est en train de jouer un petit peu, je dirais, sur une ligne de crête, en disant on est en train de se redéployer, mais il assiste quand même très impuissant, alors qu'il essaie de reconstruire son pays, il assiste très impuissant, nous on peut le dire, à une guerre d'invasion, au moins jusqu'au fleuve Litani. Comment ça va se passer, justement, peser sur l'avenir du Liban ?

R - Vous le savez, le président de la République, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot sont en lien constant avec leurs homologues dans la région. Nous, sur la question du Liban, notre principe a toujours été extrêmement clair, c'est que c'est la défense de la souveraineté du Liban, c'est le fait que les Forces armées libanaises puissent prendre le contrôle du territoire, et c'est le soutien au gouvernement libanais pour pouvoir prendre le contrôle de son territoire. Et c'est le travail qui a été fait, le soutien financier, économique, bien sûr, qui a été apporté par la France, par l'Union européenne ces dernières années en ce sens.

Q - Alors c'est dans ce contexte que le président Macron a prononcé un discours que vous avez suivi évidemment sur BFM TV sur la dissuasion nucléaire. Il a bien précisé que la France allait garder la main. Il propose ce qu'on appelle la dissuasion avancée à ses partenaires européens. D'abord pour préciser les choses, cette annonce et ce concept, c'était prévu avant le déclenchement de cette guerre ? Ça n'a pas fait changer son discours d'une virgule ?

R - Vous avez raison, c'est un travail qui a été enclenché et un dialogue aussi stratégique qui a été mené avec des partenaires comme l'Allemagne depuis déjà assez longtemps, qui, au fond, tire les conséquences de la nouvelle donne géopolitique dans laquelle nous sommes : une brutalisation des relations internationales, la question qui se pose sur l'avenir des garanties de sécurité américaine, l'agression de la Russie contre l'Ukraine et la menace stratégique que fait peser la Russie sur les Européens. C'est un discours, un discours majeur qui fera date, qui est fidèle à la tradition et la doctrine nucléaire de la France, au fond, depuis le général de Gaulle. La décision ultime dans la dissuasion, elle reste bien sûr souveraine, autonome, indépendante, française de bout en bout. C'est la décision seule du président de la République, parce que l'on a entendu beaucoup de caricatures ces derniers mois à ce sujet, donc il faut le rappeler de façon extrêmement claire. Mais nous avons toujours dit, depuis là aussi le général de Gaulle, que les intérêts vitaux de la France, qui pourraient justifier…

Q - Dépendraient uniquement de la décision du président de la République.

R - Que les intérêts vitaux avaient une dimension européenne. Ce que nous faisons, ce qui est nouveau à travers ce discours, c'est que nous concrétisons cette dimension européenne des intérêts vitaux en invitant nos partenaires à des exercices, à contribuer de façon conventionnelle à la dissuasion nucléaire française, à des exercices de signalement ou à pouvoir, le cas échéant, positionner des forces stratégiques françaises, aériennes notamment, dans la profondeur du continent européen, c'est-à-dire chez nos voisins. Et c'est pour cela que nous avons engagé un dialogue avec des partenaires, je disais l'Allemagne, déjà le Royaume-Uni dès l'an dernier, autre puissance nucléaire bien sûr européenne, mais aussi la Grèce, la Belgique, la Pologne, le Danemark, les Pays-Bas ou encore la Suède et le Portugal pour pouvoir précisément aujourd'hui dire que l'intérêt national de la France, la puissance de la France, bien sûr, dépasse nos seules frontières. Qui pourrait imaginer un seul instant qu'une crise majeure qui interviendrait en Pologne ou en Allemagne n'aurait pas de conséquences sur la sécurité des Français ? C'est au fond ce que dit le président de la République à travers ce discours.

Q- Vous avez listé les pays, c'est une liste ouverte. Il y a d'autres pays qui, éventuellement, pourraient rejoindre cette liste, a précisé hier le président.

R - Tout à fait.

Ministry of Europe and Foreign Affairs of the French Republic published this content on March 03, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on March 04, 2026 at 07:33 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]