05/07/2026 | Press release | Archived content
Près de deux ans après l'assassinat d'Aydos Sadykov, blogueur kazakh réfugié en Ukraine, l'impunité perdure. Les suspects, deux ressortissants kazakhs, sont en liberté et les commanditaires restent inconnus. Face au silence et à l'inaction judiciaire du Kazakhstan, Reporters sans frontières (RSF) saisit les mécanismes de protection des Nations unies (ONU) afin d'obtenir des réponses des autorités kazakhes.
Des suspects toujours en fuite, des commanditaires non identifiés : près de deux ans après les faits, l'enquête sur l'assassinat du blogueur kazakh Aydos Sadykov en Ukraine piétine. Le cofondateur de la chaîne YouTube BASE, qui couvrait la corruption du régime kazakh, est mort le 2 juillet 2024 après avoir été grièvement blessé par balles treize jours plus tôt, à Kyiv, la capitale de l'Ukraine. Les enquêteurs ukrainiens ont mis en cause deux ressortissants kazakhs soupçonnés d'avoir des liens avec les forces de l'ordre kazakhes, mais le Kazakhstan a peu, voire pas du tout, répondu aux demandes d'entraide judiciaire de l'Ukraine.
Face à ce blocage, RSF a décidé, avec l'accord de sa veuve Nataliia Sadykova, journaliste et cofondatrice de BASE, de saisir le bureau de la rapporteuse spéciale des Nations unies pour la liberté d'opinion et d'expression. Cette institution composée d'experts indépendants chargés d'examiner les violations des droits humains, doit documenter ce cas et obtenir des réponses du Kazakhstan.
"Il faut briser le cercle de l'impunité. Les autorités kazakhes doivent maintenant répondre aux demandes de l'Ukraine et donner des informations sur les suspects kazakhs identifiés, afin de faire avancer l'enquête sur l'assassinat de leur ressortissant. La saisine par RSF des mécanismes de protection de l'ONU marque une étape importante. L'objectif est clair : que les Nations unies se saisissent pleinement du dossier et exigent des comptes au Kazakhstan.
Des menaces qui continuent
Depuis la mort d'Aydos Sadykov, Nataliia Sadykova poursuit sans relâche son travail pour identifier et faire juger les commanditaires de ce crime, malgré les pressions qu'elle subit. Dernier épisode en date : une action judiciaire engagée contre elle en Ukraine en avril 2026 par Gadzhi Gadzhiev, homme d'affaires russo-kazakhe qui aurait, en 2023, tenté d'obtenir la suppression d'une vidéo de BASE le concernant. Il reproche à Nataliia Sadykova la publication de contenus publiés à son sujet sur sa chaîne YouTube qui porteraient atteinte à sa réputation.
Réfugiés en Ukraine depuis une décennie en raison d'une enquête ouverte pour "diffamation" au Kazakhstan, Aydos et Nataliia Sadykov dirigeaient la chaîne YouTube indépendante BASE - suivie par plus d'un million d'abonnés - réputée pour ses enquêtes sur la corruption au sein des élites kazakhes. Malgré l'exil, le couple avait continué de faire l'objet de menaces, d'une surveillance et de campagnes de harcèlement, notamment sur Telegram.
Le Kazakhstan et l'Ukraine occupent respectivement la 149e et 55e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.