03/05/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/06/2026 04:15
Q - Bonsoir Jean-Noël Barrot.
R - Bonsoir.
Q - Vous êtes ministre des affaires étrangères. On a vu aujourd'hui le président libanais demander instamment de l'aide à Emmanuel Macron, son homologue français. Que va faire la France d'un point de vue humanitaire, d'un point de vue militaire ? Que peut-elle faire aujourd'hui au Liban ?
R - Le président de la République a répondu à l'appel du président libanais face à une situation où le Liban est une nouvelle fois entraîné par le Hezbollah dans une guerre qu'il n'a pas choisie. Et nous devons tout faire pour éviter que ce pays ami, ce pays frère, sombre dans le chaos. La première des choses, c'est évidemment, le Président l'a fait à son niveau, je l'ai fait au mien, d'appeler les autorités israéliennes à s'abstenir de toute forme d'incursion terrestre au Liban, de s'abstenir de toucher les infrastructures portuaires, aéroportuaires, mais aussi les civils.
Q - Ça c'était dans l'après-midi. Entre-temps, on apprend que l'état-major israélien a demandé à ses soldats d'aller plus avant vers le nord du Liban.
R - Et nous allons continuer à les appeler, et des voix vont s'élever pour appeler Israël à s'abstenir de toute forme d'opération prolongée et généralisée au Liban. La deuxième des choses, c'est évidemment de soutenir les forces armées libanaises qui ont vocation à poursuivre le désarmement du Hezbollah, qui doit rendre ses armes. Et pour cela, nous allons livrer à l'armée libanaise des véhicules blindés pour leur permettre de mener leurs opérations. Et puis enfin, il nous faut apporter un soutien humanitaire aux populations qui, par dizaines de milliers, sont désormais déplacées et éloignées de chez elles. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé que 5 tonnes d'aide médicale, de matériel médical, que plusieurs tonnes de matériel humanitaire seraient dépêchées et arriveraient dès la semaine prochaine au Liban.
Q - Jean-Noël Barrot, des dizaines de milliers de ressortissants français sont aujourd'hui dans l'un des 10 ou 12 pays qui est impliqué d'une manière ou d'une autre dans cette guerre. Combien sont rentrés en France ? 700, 750 à peu près ? Et combien vont rentrer dans les heures ou les jours à venir ?
R - Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères, dont je salue les équipes, qui exercent leur mission avec beaucoup de dévouement, dans un contexte particulièrement difficile, ont facilité le retour en France de 750 personnes.
Q - Combien de demandes avez-vous eu ?
R - Aujourd'hui, c'est environ 5.000 personnes qui souhaitent quitter la région, dont 80% aux Émirats arabes unis. Et c'est la raison pour laquelle nous avons, d'une part, affrété des vols. Quatre vols sont partis de l'Égypte, d'Oman et des Émirats arabes unis. Trois autres sont programmés et sont en cours d'affrêtement. Et puis nous avons insisté auprès des autorités émiriennes pour qu'elles puissent accélérer la cadence des vols qui, au départ des Émirats, gagnent la France.
Q - Mais ça, c'est la théorie. Dans la pratique, on a appris il y a moins d'une demi-heure qu'un avion d'Air France, affrété depuis Paris pour aller à Dubaï, avait dû faire demi-tour parce qu'il y avait des tirs alentour. Comment concrètement les choses vont-elles se passer entre votre décision et le rapatriement effectif de ces ressortissants français ?
R - La situation est effectivement très compliquée et les espaces aériens sont, pour la plupart, fermés. Certains ouvrent au compte-gouttes, et nous profitons de ces ouvertures pour faciliter le retour en France de nos compatriotes. Et par ailleurs, vous l'imaginez bien, nous déployons une activité diplomatique pour appeler à la désescalade, pour que les hostilités puissent cesser, parce qu'au fond, elles sont cet engrenage dans lequel la région est en train d'être entraînée par la prolongation d'opérations militaires dont les buts ne sont pas précisément définis, qui s'inscrivent à l'écart du droit international, sont porteuses de risques pour nos compatriotes, nos intérêts et nos partenaires.
Q - Est-ce que certains de ces ressortissants français pourraient revenir en France dans des avions militaires ?
R - Certains avions militaires, qui faisaient des rotations dans la région, notamment en soutien à nos partenaires, ont pu ramener un certain nombre de nos compatriotes.
Q - Ça va continuer ?
R - Ça peut continuer, le cas échéant. Mais ce sur quoi nous insistons beaucoup, et nous avons obtenu aujourd'hui un accord des autorités émiriennes, c'est un relèvement du nombre de vols qui quittent les Émirats arabes unis chaque jour, pour que nos compatriotes qui y sont aujourd'hui bloqués puissent trouver plus facilement des billets et rentrer en France.
Q - Monsieur le Ministre, on a appris aujourd'hui que la France avait accepté à plusieurs reprises que des avions ravitailleurs américains se posent sur la base d'Istres, à côté de Marseille, pour refueler et repartir après, donc en apportant une aide logistique décisive à ces avions, qui participent à une guerre qui, en droit international, est illégale.
R - Non.
Q - Ah si, la guerre est illégale, en droit international. Je ne dis pas qu'elle est illégitime, elle est illégale.
R - Je dis non à la phrase que vous avez prononcée. Ils ne se sont pas posés à Istres. Ce sont des opérations de routine qui sont conduites dans le cadre de l'OTAN, qui permettent aux Etats-Unis de se poser, de temps à autre, sur cette base en France. Mais étant donné le contexte, nous avons exigé de la part des États-Unis qu'aucun moyen bénéficiant de cet accueil à Istres ne soit ensuite utilisé dans le cadre des opérations menées par les États-Unis en Iran, et nous en avons obtenu la garantie.
Q - Ils allaient bien près du théâtre d'opération, ils ne repartaient pas aux Etats-Unis, vous êtes d'accord ?
R - Ils ne participaient en aucun cas aux opérations militaires des États-Unis en Iran.
Q - Et vous continuerez d'accepter qu'il le fasse ?
R - À condition, et le contexte l'exige, que nous obtenions ces garanties.
Q - Deux otages français, Cécile Kohler et Jacques Paris, sont actuellement, depuis novembre dernier, contraints de rester dans l'enclave française, c'est-à-dire l'ambassade de France à Téhéran. Ils ont passé avant trois ans dans les geôles iraniennes. Leurs parents vous implorent, vous, gouvernement français, de faire quelque chose urgemment. Allez-vous pouvoir les sortir de là afin qu'ils reviennent en France ?
R - Ils sont en sécurité dans la résidence de l'ambassade de France. Les équipes qui sont sur place, dans une situation très dégradée, veillent sur eux. Et j'ai, une nouvelle fois, exigé de la part de mon collègue, ministre des affaires étrangères de l'Iran, leur libération définitive et leur retour en France.
Q - Ils devront attendre la fin de ce conflit, vous pensez ?
R - Non, je souhaite qu'ils puissent rentrer au plus vite. Et c'est ce que j'ai demandé instamment au ministre iranien.
Q - Merci beaucoup, Jean-Noël Barrot, d'avoir répondu à nos questions.
Source : TF1