07/16/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/16/2026 09:22
Reporters sans frontières (RSF) dénonce la décision de la Haute Cour de Singapour de déclarer le média Bloomberg et son journaliste Low De Wei coupables de diffamation pour un article portant sur des transactions immobilières impliquant deux ministres. RSF appelle les autorités singapouriennes à cesser d'instrumentaliser les procédures judiciaires pour intimider les journalistes et les médias.
C'est une nouvelle illustration de procédures-bâillon utilisées contre des journalistes - à savoir une procédure judiciaire manifestement abusive pour silencier un sujet d'intérêt général. Le 14 juillet 2026, la Haute Cour de Singapour a condamné le média américain d'information économique Bloomberg et son journaliste Low De Wei à verser 460 000 dollars singapouriens (environ 310 000 euros) de dommages et intérêts, à l'issue d'une procédure en diffamation engagée par deux membres du gouvernement.
La plainte avait été déposée par le ministre de l'Intérieur, également ministre coordinateur pour la Sécurité nationale, Kasiviswanathan Shanmugam, et le ministre du Travail, Tan See Leng, à la suite de la publication d'un article par Bloomberg en décembre 2024. L'article en question pointait le manque de transparence du marché immobilier de luxe à Singapour et évoquait des transactions immobilières impliquant les deux ministres.
À la suite du jugement, le rédacteur en chef de Bloomberg, John Micklethwait, a défendu l'article incriminé, estimant qu'il "était exact et servait un intérêt public majeur". Il a ajouté que la rédaction de Bloomberg "continue de penser que les ministres ont donné une interprétation excessive à un article pourtant solidement étayé".
"En déclarant Bloomberg et le journaliste Low De Wei coupables de diffamation et en les condamnant à verser de lourds dommages et intérêts, la justice singapourienne légitime une nouvelle fois le recours aux procédures judiciaires pour sanctionner des enquêtes portant sur des sujets d'intérêt public. Cette décision envoie un signal alarmant aux journalistes enquêtant sur des responsables politiques et risque d'encourager de nouvelles poursuites abusives destinées à faire taire les reportages sur les responsables politiques. Nous appelons les autorités singapouriennes à mettre un terme à cette instrumentalisation des poursuites judiciaires contre les journalistes et les médias.
Ce jugement s'inscrit dans un contexte de recours répétés aux procédures judiciaires contre les journalistes et les médias à Singapour. En mai 2026, la Haute Cour avait condamné le rédacteur en chef du média en ligne The Online Citizen (TOC), Terry Xu, à verser plus de 154 000 dollars singapouriens (104 216 euros) de frais de justice aux ministres K. Shanmugam et Tan See Leng, dans une autre affaire de diffamation portant sur un article fondé sur les révélations de Bloomberg. Terry Xu, visé depuis plusieurs années par une série de poursuites abusives engagées par les autorités singapouriennes en représailles à son travail journalistique, est contraint de vivre en exil à Taïwan depuis 2022.
Alors que Singapour se présente souvent comme un modèle de développement économique, elle demeure un contre-modèle inquiétant en matière de liberté de la presse. La cité-État occupe la 123e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.