06/12/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/12/2026 10:02
Au Tamil Nadu, en Assam et au Bengale-Occidental, où les défis en matière de protection des journalistes restent nombreux, les récentes élections ont porté au pouvoir de nouveaux gouvernements. Reporters sans frontières (RSF) s'adresse à eux pour qu'ils garantissent aux journalistes le droit d'informer, sans violences, sans censure et sans intimidation.
Dans trois des 28 États et huit territoires de l'Inde - pays placé 157e sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 établi par RSF -, les alternances ou reconductions politiques de ces dernières semaines interviennent dans un contexte préoccupant pour les journalistes. Attaques lors de la couverture de manifestations au Bengale-Occidental, convocations et saisies de téléphone au Tamil Nadu, harcèlement judiciaire, détention provisoire et locaux vandalisés dans l'Assam… Les professionnels des médias exercent dans un contexte souvent difficile.
"Dans plusieurs de ces États, les signaux d'alerte se sont multipliés ces derniers mois. Les journalistes y exercent leur métier dans des conditions qui les rendent particulièrement vulnérables lorsqu'ils couvrent des sujets sensibles tels que la corruption ou les tensions intercommunautaires, ou sont attaqués lorsqu'ils couvrent des manifestations. Ils font aussi face, comme dans le reste du pays, aux pressions politiques, à des violences physiques et au harcèlement judiciaire par la police et les gouvernements locaux. Face à ces atteintes, RSF appelle les nouveaux gouvernements du Tamil Nadu, de l'Assam, et du Bengale-Occidental, à adopter, dès les premiers mois de leur mandat, un plan d'action pour la liberté de la presse.
BENGALE-OCCIDENTAL
La victoire aux élections, en mai 2026, du Bharatiya Janata Party (BJP), parti nationaliste hindou au pouvoir à l'échelle nationale, met fin à 15 ans de règne du parti de centre gauche All India Trinamool Congress (TMC). Elle a été suivie par l'adoption de mesures de restrictions d'accès à l'Assemblée pour les journalistes dans cet État de l'est du pays, frontalier du Bangladesh. Dix jours seulement après son entrée en fonctions, le gouvernement du BJP au Bengale-Occidental a publié une circulaire interdisant aux fonctionnaires de s'adresser aux médias. Elle impose une "interdiction totale" de toute communication directe ou indirecte avec la presse, de toute critique des politiques du gouvernement central ou de l'État, ainsi que de toute prise de parole ou publication susceptible de nuire aux relations entre le Bengale-Occidental et New Delhi.
Mi-janvier, plusieurs journalistes ont été attaqués alors qu'ils couvraient les manifestations à Murshidabad qui ont suivi la mort d'un homme originaire du Bengale-Occidental, retrouvé pendu dans le Jharkhand, État frontalier où il travaillait. Une journaliste de la chaîne d'information en continu Zee 24 Ghanta, Soma Maity, a elle été agressée par des manifestants et le caméraman qui l'accompagnait, Ranjit Mahato, a été blessé à la tête. Quatre personnes, dont le principal suspect, ont été arrêtées dans la foulée. Le lendemain, un reporter de la chaîne d'information en continu ABP Ananda, Parthapratim Ghosh, et un photojournaliste du même média, Ujjwal Ghosh, ont également été agressés par des manifestants selon les informations de RSF .
TAMIL NADU
Le journaliste E. Kathiravan et le caméraman R. Sebastian de la chaîne Tamil News ont été agressés, en janvier 2026, alors qu'ils enquêtaient sur des soupçons d'extraction minière illégale dans cet État côtier du sud-est de l'Inde. Un an plus tôt, en janvier 2025, des policiers chargés d'enquêter sur une affaire d'agression sexuelle avaient convoqué et interrogé plusieurs journalistes - qui ont souhaité rester anonymes - avant de saisir leurs téléphones. Ces journalistes avaient téléchargé la plainte liée à l'affaire depuis le site officiel de la police du Tamil Nadu, où le document était accessible au public en raison, selon la police, d'une erreur technique.
Lors du vote en avril 2026, les électeurs de cet État ont porté au pouvoir Joseph Vijay Chandrasekaran, une vedette du cinéma tamoul devenu homme politique. Fondateur de son propre parti, le Tamilaga Vettri Kazhagam (TVK, ou Parti de la victoire du Tamil Nadu, se présentant comme réformiste), il a mis fin à la domination de longue date du parti de centre gauche Dravida Munnetra Kazhagam (DMK) et du parti de centre droit All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam (AIADMK). Le nouveau gouvernement n'a pour le moment pas émis d'engagement public spécifique sur le sujet de la liberté de la presse.
ASSAM
En Assam, État situé dans le nord-est de l'Inde, où le Bharatiya Janata Party (BJP) a été réélu, la pression contre les journalistes s'exerce souvent par l'arme judiciaire. En septembre 2025, RSF a documenté plusieurs procédures visant un journaliste indépendant et deux du site d'information The Wire, ainsi que ce média lui-même. Des plaintes fondées notamment sur la section 152 du Code pénal indien, qui sanctionne les "actes mettant en danger la souveraineté, l'unité et l'intégrité de l'Inde", version révisée de l'ancienne loi coloniale sur "la sédition". En mars 2025, un journaliste du site d'information indépendant Cross Currents, Dilwar Hussain Mozumder, est arrêté, placé en garde à vue, et poursuivi après avoir voulu couvrir une affaire de fraude dans une banque. Il a finalement été libéré au bout de quatre jours. En avril 2026, ce sont les bureaux de l'édition de Lakhimpur du quotidien Asomiya Pratidin qui ont été vandalisés, et en mars, des individus avaient intercepté un véhicule transportant des exemplaires du journal et les avaient brûlés.
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