07/14/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/15/2026 07:34
Le journaliste indépendant franco-marocain Ali Lmrabet a été interpellé à l'aéroport de Tanger à son arrivée, le 12 juillet, puis transféré à Casablanca, où il a été placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour « diffusion présumée de fausses informations ». Reporters sans frontières (RSF) se tient mobilisée aux côtés du journaliste et appelle les autorités marocaines à le libérer immédiatement.
Alors qu'il entrait au Maroc depuis l'Espagne pour des démarches administratives personnelles, Ali Lmrabet a été interpellé à l'aéroport de Tanger le dimanche 12 juillet, puis transféré à Casablanca pour être entendu par la Brigade nationale de la police judiciaire. Selon le procureur du Roi, il faisait l'objet de plusieurs avis de recherche liés à des publications numériques présumées diffamatoires envers des personnes et des institutions. Placé en garde à vue, il est notamment accusé de « diffusion présumée de fausses informations portant atteinte aux institutions constitutionnelles ».
« L'arrestation d'Ali Lmrabet est profondément préoccupante et illustre une nouvelle fois le recours à l'appareil judiciaire pour faire taire les voix critiques. Nous appelons à sa libération. Ali Lmrabet a consacré sa carrière au journalisme et au droit à l'information, des valeurs que le Maroc s'est publiquement engagé à respecter. Criminaliser le travail d'un journaliste n'est pas l'application de la loi : c'est le détournement de la justice au service de la répression.
Un pionnier de la presse libre
Figure emblématique du journalisme critique au Maroc, fondateur des hebdomadaires Demain Magazine et Doumane, Ali Mrabet avait déjà été emprisonné en 2003 pour "outrage au roi", après des publications critiques à l'égard du pouvoir. Condamné à quatre ans ferme de prison en 2003, il avait finalement été gracié par le roi l'année suivante.
En 2005, il est toutefois interdit d'exercer au Maroc à la suite d'une nouvelle condamnation pour "diffamation". Refusant de renoncer à son métier, il ne cesse, depuis la France - dont il a la nationalité - l'Espagne, où il vit depuis plusieurs années, de poursuivre son travail journalistique sur des sujets politiques jugés sensibles au Maroc, tels que les sujets sécuritaires. Il a notamment collaboré pour les médias espagnols El Mundo ou El País. Son impact et sa légitimité sont reconnus internationalement. En 2014 il figure parmi les "100 héros de l'information" de RSF pour son engagement indéfectible en faveur de la liberté de la presse. Il publie également des vidéos en ligne, sur sa chaîne YouTube, où il aborde des sujets d'actualité politique.
En 2008, les autorités marocaines ont tenté de poursuivre Ali Lmrabet devant les juridictions espagnoles et françaises, mais ces dernières ont systématiquement rejeté ces poursuites. Au cours des 20 dernières années, le journaliste s'est rendu à plusieurs reprises au Maroc pour des motifs familiaux, sans jamais être inquiété, a déclaré à RSF, sa femme, Laura Feliu.
Le Maroc occupe la 105e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.