02/24/2026 | Press release | Distributed by Public on 02/24/2026 17:08
Alors que des négociations entre la Fédération de Russie et l'Ukraine se déroulent actuellement sous la houlette des États-Unis, l'Assemblée générale a aujourd'hui adopté (107 pour, 12 contre et 51 abstentions) une résolution qui demande un « appui à une paix durable en Ukraine », Kyïv martelant qu'il n'y aura « pas de paix sous forme de reddition », tandis que Washington regrettait la tenue de ce vote en pleine dynamique diplomatique.
C'est dans le cadre de la onzième session extraordinaire d'urgence, à l'occasion du quatrième anniversaire du déclenchement du conflit en Ukraine, que cette neuvième résolution a été adoptée par l'Assemblée générale réunie au niveau ministériel à la demande de la Lettonie et de l'Ukraine.
« Le conflit a fait de 2025 l'année la plus meurtrière pour les civils depuis le début de l'invasion », a rappelé la Présidente de l'Assemblée générale, Mme Annalena Baerbock, dans sa déclaration lue en début de séance. Elle a regretté que l'ordre international et la paix internationale soient mis à rude épreuve et a exhorté les États Membres à faire respecter la Charte des Nations Unies.
L'adoption du texte s'est faite après le rejet (69 contre, 11 pour et 62 abstentions) d'une motion des États-Unis qui demandaient un vote séparé sur deux paragraphes clefs. L'un précise que l'Assemblée générale réaffirme « son ferme attachement à la souveraineté, à l'indépendance, à l'unité et à l'intégrité territoriale de l'Ukraine à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues, s'étendant à ses eaux territoriales ». L'autre demande « une paix globale, juste et durable conforme au droit international, y compris la Charte des Nations Unies ».
« Nous sommes plus prêts d'un accord que jamais auparavant », ont assuré les États-Unis qui, tout en s'abstenant lors du vote sur la résolution, ont expliqué leur crainte que ces libellés puissent compromettre les pourparlers en cours. Un avis partagé par le Venezuela, intervenant au nom du Groupe des Amis pour la défense de la Charte des Nations Unies, doutant de la capacité de cette résolution à contribuer à la paix. « Il faut donner une chance à une véritable diplomatie et éviter les mesures qui sapent les efforts en cours », a argué le représentant vénézuélien.
Exprimant sa déception de voir cette motion présentée, la Vice-Ministre ukrainienne des affaires étrangères, Mme Mariana Betsa, a défendu une paix « juste, durable et fondée sur la Charte des Nations Unies », excluant « toute capitulation ». L'élimination de ces libellés reviendrait à voter contre la Charte, le « ciment de notre communauté internationale », a soutenu la France.
La Russie, pour sa part, a estimé que cette réunion démontrait un « mépris ostentatoire » pour les négociations en cours à Abou Dhabi et à Genève, qui constituent selon elle une « véritable fenêtre d'opportunités » pour un règlement politique.
Expliquant son vote « pour » la résolution, l'Égypte a conseillé de s'abstenir d'utiliser des outils qui alimentent le conflit en Ukraine, à l'instar de la Malaisie, soutien elle aussi du texte, qui a exprimé son ferme attachement à la Charte des Nations Unies.
Parmi ceux qui ont choisi l'abstention lors du vote de la résolution, le Conseil de coopération du Golfe, qui a invoqué, par la voix de Bahreïn, les pourparlers en cours. La Chine a également indiqué s'être abstenue, tout en réaffirmant son soutien constant à l'intégrité territoriale de tout État.
De nombreuses délégations ont vivement mis en cause la Russie, dénonçant la poursuite des frappes et l'escalade militaire. « Les missiles ne sont pas un argument, ils sont l'aveu concret de votre propre échec », a lancé le Ministre tchèque des affaires étrangères à l'adresse de son homologue russe. À cet égard, la Suisse a mis en garde contre l'emploi de systèmes d'armes à forte capacité destructive, tels que le missile Oreshnik.
De plus, la « coopération militaire illicite entre la Russie et la République démocratique de Corée (RPDC) » a été dénoncée notamment par le Japon, mais la RPDC a exercé son droit de réponse pour condamner « les allégations mensongères formulées à son encontre par plusieurs pays ».
La Russie a fortement intensifié ses attaques armées contre l'Ukraine au cours de l'année écoulée, lançant plus de 54 000 drones de longue portée et plus de 1 900 missiles, ont noté avec une vive inquiétude les délégations. L'an dernier, le nombre total de civils ukrainiens tués ou blessés a augmenté de 31%, s'est alarmée la Lettonie.
C'est pourquoi un cessez-le-feu immédiat s'impose, a plaidé la Grèce. Une exigence qui demeure toutefois hors d'atteinte, a regretté la Belgique, déplorant que le Conseil de sécurité n'ait pas été en mesure d'exiger un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel et dénonçant une « exception ukrainienne ».
Dans le même esprit, la Pologne a interpelé ses homologues : « De quelle paix parlez-vous? »; tandis que l'Irlande a accusé Moscou de bafouer le droit international humanitaire par ses frappes nocturnes de drones et de missiles visant des civils.
Quant à la Géorgie, elle-même confrontée à la présence militaire russe en Abkhazie et en Ossétie du sud, elle a rappelé les conséquences durables de l'occupation. Dans le même temps, la délégation ukrainienne a dénoncé une guerre « néocoloniale et impériale » menée par le Kremlin et visant à diviser le monde en sphères d'influence, des desseins qui n'ont pas atteint leurs objectifs, a ironisé l'Albanie.
« La communauté internationale doit s'unir pour promouvoir une paix juste et durable en Ukraine, car nous ne pouvons tolérer impunément la normalisation de l'agression », a plaidé l'Australie. Au soutien des efforts diplomatiques en cours, la Türkiye, qui a accueilli trois cycles de négociations à Istanbul, a fait remarquer que « ce n'est qu'en faisant en sorte qu'il n'y ait aucun perdant que nous pourrons parvenir à un accord ». Elle a mis en garde contre toute politisation du processus.
La Roumanie a également salué les efforts diplomatiques déployés actuellement et a assuré que son pays, aux côtés de la coalition des volontaires, continuera à appuyer l'Ukraine en vue de la définition de garanties de sécurité robustes.
Au cours de cette séance qui comptait plus d'une cinquantaine d'orateurs, plusieurs ont dénoncé les attaques visant notamment les infrastructures énergétiques. Elles ont pour conséquence que les civils n'ont pas accès à l'électricité pendant des jours, s'est indignée l'Espagne. Des millions de personnes sont ainsi privées d'électricité, d'eau et de chauffage, s'est également lamentée la Suisse.
Prendre systématiquement pour cible des infrastructures énergétiques ukrainiennes en plein hiver, sont-ce là des agissements d'un pays soucieux de mettre fin à sa guerre d'agression, s'est interrogée l'Union européenne. La Russie utilise l'hiver comme arme de guerre », a résumé la Vice-Ministre ukrainienne.
De fait, s'est indignée l'Italie, le coût humain est inimaginable, notamment pour les enfants. Le Canada s'est notamment inquiété du sort des enfants, se disant fier de coprésider, avec l'Ukraine, la Coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens transférés de force.
Le représentant de l'Estonie a annoncé qu'afin d'alléger les souffrances du peuple ukrainien, son pays accueillera à Tallinn la Conférence sur le redressement de l'Ukraine en 2027. Cette conférence réunira tous les pays partenaires et donateurs, leurs secteurs public et privé, ainsi que leur société civile.
Au-delà des combats, plusieurs États Membres ont insisté sur la nécessité d'une paix fondée sur la justice. Le Luxembourg a affirmé qu'« il ne peut y avoir d'impunité », appelant à ce que les auteurs des crimes les plus graves commis en Ukraine soient traduits en justice.
Même son de cloche du côté de la Slovénie: pour qu'une paix soit durable, des questions importantes, telles que les enlèvements et transferts forcés d'enfants ukrainiens et la responsabilité pour les crimes de guerre, devront être résolues de toute urgence, a recommandé la délégation.
« Tous les auteurs du crime d'agression, de crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis en Ukraine doivent rendre des comptes », a appuyé la Lituanie qui a demandé la mise en œuvre rapide du Tribunal spécial pour le crime d'agression contre l'Ukraine, établi sous l'égide du Conseil de l'Europe, et la création d'une commission des réclamations.
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