04/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/20/2026 10:49
Le 20 avril 2026
Sous réserve de modifications
Je suis ici aujourd'hui non seulement en tant que gouverneure générale du Canada, mais aussi en tant que personne originaire de l'Arctique, où je suis née et où j'ai grandi.
Ma nomination au poste que j'occupe a été plus qu'une étape importante dans mon cheminement; cette nomination a également réaffirmé l'engagement du Canada en faveur de la réconciliation, de l'autodétermination des peuples autochtones et de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
La dernière fois que j'ai pris la parole aux Nations Unies, il y a quelque 40 ans, je présidais le Conseil circumpolaire inuit.
À cette époque, mon travail était axé sur un objectif clair : faire reconnaître le rôle légitime et indispensable des peuples autochtones au sein du système international.
Nous avions besoin d'une voix au sein de la communauté internationale pour défendre les fondements qui ont permis aux peuples autochtones de mener une vie saine depuis des générations.
Nous avons évoqué l'autodétermination, élément essentiel d'une approche responsable à l'égard de la protection de l'environnement et de la pérennité de nos systèmes alimentaires.
Nous avons parlé de la culture, indissociable de notre lien profond avec la terre et indissociable de notre identité.
Ces fondements ont été érodés par les méfaits du colonialisme, qui est à l'origine de nombreux problèmes sanitaires auxquels les peuples autochtones font face aujourd'hui.
La santé des peuples autochtones repose sur leur culture et leur autonomie.
Il est rassurant de voir que nos voix continuent de se faire entendre par le biais de cette tribune et de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
En adhérant à la Déclaration, des pays comme le Canada ont pris un engagement.
Celui d'améliorer les conditions de vie des peuples autochtones.
Et au Canada, à bien des égards, cet engagement se concrétise.
J'ai pu y observer des progrès, tout comme une prise de conscience accrue de la population canadienne, fruit des efforts nationaux et régionaux en faveur de la réconciliation.
La réconciliation transforme notre compréhension de l'histoire et favorise l'établissement de nouvelles relations dans notre société.
Mais lorsqu'il est question de santé, un changement durable ne repose pas uniquement sur des investissements dans les infrastructures d'approvisionnement en eau potable, la sécurité alimentaire ou les moyens de subsistance, aussi importants soient-ils.
Il ne suffit pas non plus d'envoyer des professionnels non autochtones dans les communautés ou de s'attaquer au racisme et aux barrières linguistiques qui existent dans les systèmes de santé.
Une guérison durable commence lorsque le soutien vient de l'intérieur même des communautés autochtones.
Ce soutien s'exprime à travers la culture.
À travers un sentiment d'appartenance.
La santé physique et mentale se construit à la maison.
Tout cela doit être soutenu par des infrastructures et des services adéquats.
À Iqaluit, au Nunavut, j'ai rencontré des praticiens de la santé mentale, des travailleurs communautaires, des guérisseurs culturels et des soignants qui accomplissent un travail remarquable avec des ressources limitées.
Ces intervenants ont expliqué à quel point le processus de guérison est facilité lorsque le soutien provient d'un pair, par exemple d'une personne qui parle l'inuktitut, qui comprend la culture inuite et qui connaît les réalités de la vie dans l'Arctique.
Une personne qui comprend que les rendez-vous ne sont pas une chose courante chez les Inuits - que d'autres approches, par exemple celles que permettent les centres de consultation sans rendez-vous ou les équipes mobiles de santé mentale, sont souvent plus efficaces.
Une personne qui comprend les traumatismes et les séquelles permanentes qu'ont entraînés les pensionnats indiens et d'autres politiques coloniales.
En d'autres mots, la guérison est plus efficace lorsque les gens sont en contact avec quelqu'un qui les comprend.
Distingués délégués,
Au cours des discussions que vous aurez, dans les jours à venir, sur la santé des peuples autochtones, vous serez amenés à vous pencher sur une question qui touche à l'essence même de la décolonisation.
Au-delà de l'amélioration des services de base, comment pouvons-nous aider les peuples autochtones à faire évoluer les systèmes de santé afin qu'on y tienne compte de leurs perspectives?
Comment soutenir la décolonisation des systèmes de santé?
J'ai rencontré une jeune Inuite qui étudie la médecine et qui contribue déjà à cette transformation.
Elle s'appelle Madeline Yaaka et vient de ma région natale, le Nunavik, dans l'Arctique canadien.
Elle a dû quitter sa communauté très jeune, car les cours de sciences préalables à l'université n'étaient pas offerts dans son coin de pays.
Malgré les difficultés liées à sa formation à Montréal, au Québec, loin de chez elle, elle a persisté en puisant sa motivation dans les inégalités dont elle avait été témoin en grandissant.
Des inégalités en matière d'accès aux soins, mais aussi de compréhension culturelle et linguistique.
Elle se rappelle s'être retrouvée, à l'âge de 15 ans, face à un médecin qui ne parlait ni sa langue ni l'anglais. La communication s'avérait impossible.
À ce moment-là, elle a vécu bien plus qu'une simple consultation médicale infructueuse : elle a fait l'expérience d'un système incapable de la prendre pleinement en charge.
Aujourd'hui, Madeline s'efforce de changer cette réalité.
Elle œuvre à renforcer les liens entre la formation médicale et les réalités du Nunavik.
Elle milite pour que davantage d'Inuits deviennent médecins, non seulement pour servir leurs communautés, mais aussi pour transformer le système de l'intérieur.
Elle rentre chez elle aussi souvent que possible, pour visiter des écoles et des programmes destinés aux jeunes, et pour raconter son histoire.
Elle espère que les jeunes, lorsqu'ils verront son parcours, se diront : « Oui, c'est possible. »
C'est là toute la question : croire que c'est possible.
Si nous voulons soutenir véritablement le leadership autochtone dans les systèmes de santé - et garantir que les soins offerts aux Autochtones soient ancrés dans leur culture -, nous devons ouvrir la voie à ces possibilités.
En commençant par l'éducation.
L'éducation est la clé de tous les possibles.
Un enseignement conçu par les peuples autochtones, à l'intention des étudiants autochtones, et fondé sur les langues, les savoirs et les réalités autochtones.
Je suis fière des progrès réalisés au Canada - je pense notamment à l'Université des Premières Nations du Canada, à Regina, en Saskatchewan, et à la création de l'Université de l'Inuit Nunangat en Arctique. Celle-ci sera la première université canadienne ancrée dans la culture et la langue inuites.
Ce sont là des avancées majeures.
Ces avancées permettent aux jeunes Autochtones de rêver d'un avenir prometteur et de le construire en restant fidèles à leur identité.
Ce sont là d'autres piliers de la santé.
Les progrès en matière de droits des peuples autochtones ne sont ni rapides ni linéaires, mais ils sont bien réels.
Et ces progrès sont en partie possibles parce que les Autochtones peuvent faire entendre leur voix dans ce lieu - en tant que peuples, et en tant que détenteurs de droits.
Ces voix sensibilisent le monde aux réalités autochtones.
Elles orientent les nations.
Et elles changent des vies.
À l'approche du 20e anniversaire de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, veillons à ce que les Autochtones siègent à part entière au sein des Nations Unies.
Merci. Nakurmiik. Thank you.
Je vous souhaite des discussions enrichissantes.