06/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 06/16/2026 05:32
En adressant une mise en demeure à la chaîne d'information en continu CNews à la suite d'une saisine de Reporters sans frontières (RSF) pour des manquements manifestes et un "déséquilibre structurel" en matière de pluralisme, le régulateur français fait enfin preuve de fermeté vis-à-vis d'un acteur qui contrevient à ses obligations légales. RSF salue une décision à la hauteur des responsabilités qui incombent au régulateur et qui prend la mesure des manquements manifestes, durables et intentionnels à l'antenne de CNews.
"La décision rendue publique ce jour, à moins d'un an de l'élection présidentielle, montre que le régulateur a pris la mesure de ce qui se produisait sur cette antenne et du danger pour l'information fiable et le débat public. L'Arcom siffle la fin de la récréation pour CNews et, loin de la fuite en avant des années passées, prend ses responsabilités et met les moyens. Les analyses du régulateur convergent avec le travail d'enquête de RSF et arrivent au même constat implacable sur le caractère univoque des programmes et sur la place secondaire accordée aux faits par rapport au commentaire. L'ONG mène campagne depuis 2021 pour le respect du pluralisme sur les antennes de CNews et a été l'aiguillon d'une régulation pertinente, de la décision du Conseil d'État de février 2024 à cette décision sans précédent de juin 2026. RSF demeurera vigilante sur le changement de comportement de l'éditeur et se réserve le droit de saisir à nouveau l'Arcom et faire sanctionner CNews, si le droit n'était pas appliqué.
Dans sa décision rendue ce 15 juin 2026, l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) dresse un constat accablant. Après avoir analysé 168 heures de programmes sur CNews au mois de mars 2025 qui faisait l'objet de l'enquête et de la saisine de RSF, le régulateur estime que trois quarts des séquences expriment "à quelques nuances près" le même point de vue. Pire, ajoute l'Arcom, les points de vue divergents "demeurent isolés et se voient même dans certains cas dévalorisés".
Sur le contenu, à l'instar de RSF, l'Arcom a identifié une hyperconcentration éditoriale et des thématiques traitées à l'unisson. La religion musulmane est présentée sans réelle contradiction "comme une menace pour la société française" ; l'immigration, abordée de manière récurrente, est présentée comme un facteur déterminant de la montée de l'insécurité ; les affaires judiciaires font apparaître la surreprésentation de certaines thèses ; La France Insoumise fait l'objet "de mises en cause particulièrement vives sans contradiction significative" ; ou encore la guerre en Ukraine est traitée de manière "largement univoque" pour critiquer le soutien de la France.
Les faits secondaires par rapport aux commentaires
Comme l'avait également documenté RSF, l'Arcom souligne que c'est la façon même avec laquelle les débats sont construits sur la chaîne qui ont très largement participé au traitement univoque de l'actualité. La présentation et la contextualisation des faits occupent une place "secondaire au regard de celle occupée par leur commentaire". Les échanges en plateau conduisent le plus souvent "à un traitement de l'actualité qui tend à se confondre avec son commentaire largement univoque". À cet égard, l'Arcom estime que les animateurs, à travers leurs éditos, se positionnent comme des "prescripteurs de point de vue à adopter sur le thème abordé" tout en limitant la parole accordée aux intervenants qui nuancent les propos ou défendent une opinion différente.
La décision de l'Arcom survient à la suite d'une saisine déposée par RSF le 15 janvier 2026. Dans cette plainte de plus d'une centaine de pages, l'organisation démontrait comment la chaîne du groupe Canal+, propriété du milliardaire Vincent Bolloré, apparaît comme la seule parmi les quatre chaînes françaises d'information en continu (BFMTV, CNews, France Info, LCI) à s'éloigner de manière manifeste, durable et intentionnelle des critères établis par le régulateur pour garantir le respect du pluralisme interne.
Une dérobade sur le pluralisme politique
Alors que trois enquêtes indépendantes, celles de RSF, puis celles de Mediapart et de Libération, avaient conclu à un détournement manifeste des règles relatives au pluralisme du temps de parole des personnalités politiques avec une très large surreprésentation de la gauche la nuit et une surreprésentation de la droite et de l'extrême droite aux heures de grandes écoutes sur CNews, le régulateur n'a pas revue sa copie à ce sujet. Une dérobade d'autant plus inquiétante que la pratique s'est poursuivie après le mois de mars 2025 qui avait fait l'objet de l'enquête et de la saisine de RSF. Par ailleurs, en choisissant de séparer artificiellement le pluralisme politique du pluralisme des courants de pensée et d'opinion, l'Arcom introduit un système à deux vitesses de nature à complexifier inutilement la régulation dans ce domaine.
Si ces deux décisions n'ont pas le même fondement et que leur concomitance est de nature à faire naître une confusion, voire une fausse symétrie, la décision de l'Arcom de ce jour intervient après la mise en demeure, le 11 juin dernier, de deux radios publiques, France Inter et Franceinfo, appelées à veiller davantage au pluralisme politique par le régulateur de l'audiovisuel, estimant que le parti Rassemblement national (RN) a été sous-représenté sur les temps diurnes durant les trois premiers mois de l'année 2026. Radio France, qui a reconnu son erreur, a plaidé "une situation conjoncturelle" et signifié que ses équipes "sont pleinement engagées pour le respect du pluralisme et appliquent une transparence totale".