11/04/2026 | Press release | Distributed by Public on 11/04/2026 14:19
(Istanbul) - Les gouvernements participant à la 31ème Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 31) devraient agir d'urgence pour protéger les droits des communautés déplacées par la crise climatique et veiller à ce que les organisations de la société civile puissent participer aux négociations, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.
La COP 31 se tiendra du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie, sous la présidence conjointe de ce pays et de l'Australie, qui représentera la région Pacifique. Les pays et les fonds climatiques internationaux participant aux négociations devraient s'assurer que les discussions soient guidées par les besoins des communautés qui sont les premières à subir les impacts, ainsi que par les limites qu'il convient de fixer à l'extraction de carburants fossiles, et non pas par les intérêts des grandes entreprises.
« L'intensification des impacts du changement climatique déracine déjà des communautés entières, et pourtant les personnes qui subissent ces répercussions sont trop souvent exclues des décisions qui déterminent leur avenir », a déclaré Maria Laura Canineu, directrice adjointe de la division Environnement et droits humains à Human Rights Watch. « Les États réunis à Antalya devraient mettre les communautés affectées au centre de leur lutte contre le changement climatique, en veillant à ce que les financements destinés à l'adaptation bénéficient aux communautés déplacées, et en défendant la capacité de la société civile à demander des comptes aux dirigeants de leurs gouvernements. »
Les priorités de Human Rights Watch en vue de la COP 31 s'appuient sur ses recherches de terrain, menées depuis de nombreuses années, notamment sur ses multiples entretiens avec des habitants déplacés, des représentants des peuples autochtones, des défenseurs de l'environnement et des activistes de la société civile.
Environ 3,5 milliards de personnes vivent déjà dans des lieux ou situations très exposés aux impacts du changement climatique. Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l'organe des Nations Unies qui évalue les éléments scientifiques concernant le changement climatique, a averti que même si l'on pouvait compter sur des mesures d'urgence prises par les États pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les températures continueraient à augmenter, et que les impacts climatiques - depuis les tempêtes tropicales jusqu'à l'augmentation du niveau de la mer - étaient déjà en train de rendre moins sûrs les lieux de vie de nombreuses personnes, sachant que les peuples autochtones sont touchés de façon disproportionnée.
Lors de la COP 31, Human Rights Watch présentera Solwata, un documentaire de 25 minutes sous forme de réalité virtuelle, avec l'acteur et défenseur des droits humains Mark Ruffalo comme narrateur et producteur exécutif, et produit en collaboration avec le studio XR NowHere Media et avec Agog:The Immersive Media Institute. Ce documentaire immersif est fondé sur les recherches menées par Human Rights Watch sur Walande, une communauté vivant dans les Îles Salomon, nation insulaire du Pacifique qui a été forcée de planifier sa réinstallation lorsque des marées géantes et l'augmentation du niveau de l'océan se sont mises à éroder la petite île qui était son foyer.
Le déplacement planifié de communautés entières vers des terres plus sûres est déjà d'actualité - y compris à Panama, au Sénégalet aux Philippines, de même qu'aux Îles Salomon - et l'on s'attend à ce que ce phénomène s'accroisse à l'échelle du globe. Cependant, peu de pays sont dotés de politiques nationales protégeant les droits des communautés qui se réinstallent et les financements climatiques profitent rarement directement aux communautés qui prévoient de se déplacer. Sans politiques adéquates ni accès direct aux financements, les communautés forcées de se déplacer font souvent face, dans les lieux où elles se réinstallent, à de nouvelles menaces pesant sur leurs droits humains.
À la COP 31, les banques de développement multilatérales et les fonds climatiques internationaux devraient fortement augmenter les financements totaux destinés à la réadaptation climatique, y compris les réinstallations prévues, et veiller à ce que les communautés situées en première ligne aient directement accès aux financements afin d'exercer leur droit collectif à l'autodétermination. Le financement de ces mécanismes devraient intégrer des conditions de sauvegarde imposant que les réinstallations prévues soient considérées comme des mesures de dernier recours, une fois tous les efforts d'adaptation épuisés, qu'elles nécessitent un consentement libre, préalable et éclairé, et qu'elles garantissent un accès suffisant au logement, aux moyens de subsistance, à l'alimentation, à l'éducation, aux soins médicaux et à la préservation culturelle.
Si l'on veut des mesures climatiques respectueuses des droits, cela nécessite que les activistes, journalistes, défenseures des droits humains et représentantes des peuples autochtones y participent pleinement et significativement. Pourtant, la répression par les autorités turques de la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique suscite de graves inquiétudes sur la capacité de la société civile indépendante à participer à la COP31 en sécurité.
Les autorités turques sont depuis longtemps connues pour leur répression de la libre expression, leur dispersion rapide et brutale de manifestations pacifiques et leur emprisonnement de défenseurs de l'environnement. « Le gouvernement turc, ignorant la nécessité de préserver l'environnement, s'est retourné contre certains de ses citoyens qui protestent contre des préjudices environnementaux touchant leurs communautés », a déclaré Deniz Bayram, chercheuse adjointe de la division Europe et Asie centrale Human de Rights Watch. « Les États participant à la COP 31 devraient élever la voix contre la répression des défenseures de l'environnement et faire comprendre à leurs hôtes turcs que la participation de la société civile est essentielle pour atteindre les objectifs de la conférence. »
Des restrictions à l'égard de la société civile ont, à plusieurs reprises, entaché les précédents sommets climatiques de l'ONU, notamment à travers des barrières arbitraires en matière d'enregistrement, la surveillance ou la détention.
Par ailleurs, en dépit du consensus scientifique qui règne au sein du Groupe d'experts sur le changement climatique, selon lequel l'objectif de limitation du réchauffement à 1,5 °C interdit de mener de nouveaux projets d'extraction de pétrole, gaz ou charbon, la présidence assurée conjointement par la Turquie et l'Australie n'a pas appelé les pays à s'éloigner des carburants fossiles. En même temps, la Turquie poursuit ses plans néfastes d'extension préjudiciable d'une centrale à charbon, malgré des décisions de justice ayant rejeté des évaluations erronées de l'impact environnemental qui donnaient le feu vert à ce type de projet. De son côté, l'Australie a continué à accroître son extraction de charbon malgré un jugement de la Cour suprême énonçant que l'État était responsable des émissions issues de la combustion du charbon exporté.
La combustion du charbon émet une pollution atmosphérique dangereuse qui nuit gravement à la santé publique, en particulier pour les groupes à risque comme les enfants, les personnes âgées et les personnes ayant des maladies chroniques, a déclaré Human Rights Watch.
Le droit international relatif aux droits humains, y compris le droit internationalement reconnu à un environnement propre, sain et durable, ainsi que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), obligent les États à coopérer à l'échelle internationale afin de mobiliser des financements climatiques et de prévenir les répercussions prévisibles sur les droits humains. Selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l'Australie et la Turquie sont des États parties, et la Convention européenne des droits de l'homme, à laquelle la Turquie est un État partie, les autorités ont l'obligation légale de respecter les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique de tous les participants de la COP 31, à l'intérieur et à l'extérieur de la conférence.
« Les communautés situées en première ligne des impacts climatiques sont celles qui savent le mieux ce dont elles ont besoin pour survivre et s'adapter avec dignité », a conclu Maria Laura Canineu. « Le secrétariat de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, ainsi que les États participant à la COP31, devraient presser publiquement les autorités turques de garantir le respect de la liberté d'expression à Antalya, afin que les organisations de la société civile et les communautés puissent aussi y être entendues. »