08/31/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/01/2026 11:57
À l'approche du 34e anniversaire de la disparition du journaliste d'investigation polonais Jaroslaw Zietara, déclaré mort en 1999, la reprise de la procédure dans cette affaire se heurte à un nouveau retard. Reporters sans frontières (RSF) appelle le procureur général de Pologne et les autorités judiciaires compétentes à veiller à ce que les actes d'instruction restant à mener soient accomplis rapidement et à ce que l'affaire soit renvoyée devant la justice sans nouveau retard injustifié.
Le 1er septembre 1992, le journaliste d'investigation Jaroslaw Zietara a quitté son domicile pour se rendre à la rédaction du quotidien local Gazeta Poznanska, où il enquêtait sur des scandales économiques et des soupçons de pratiques irrégulières impliquant des entreprises. Il n'est jamais arrivé à destination... Ce journaliste expérimenté, qui avait commencé sa carrière dans une radio étudiante avant de collaborer à l'hebdomadaire Wprost et au quotidien Gazeta Wyborcza, a été déclaré mort en 1999. Son corps n'a jamais été retrouvé.
En décembre 2025, un tribubnal polonais a considéré, conformément à l'avis du parquet, que Jaroslaw Zietara avait été enlevé et assassiné en raison de son travail journalistique. Toutefois, dans leurs décisions successives, les tribunaux continuent d'exiger des éléments de preuve supplémentaires avant de rejuger les auteurs présumés de son assassinat. La dernière décision en ce sens a été rendue le 12 août 2026.
"Trente-quatre années sans vérité ni condamnation des auteurs et du commanditaire de l'assassinat. C'est un échec judiciaire intolérable. Ce nouveau revers procédural ne doit pas se transformer en un nouveau retard sans fin. Chaque année qui passe diminue les chances d'établir la vérité sur l'assassinat du journaliste d'investigation Jaroslaw Zietara, à mesure que les souvenirs s'estompent et que les témoins disparaissent. Nous appelons le procureur général de Pologne à veiller à ce que les actes d'instruction demandés soient accomplis rapidement et avec diligence. La juridiction compétente de Poznan doit accorder à la suite de la procédure la priorité nécessaire. La quête de justice pour Jaroslaw Zietara doit se poursuivre sans nouveau retard injustifié, dans le plein respect de l'indépendance de la justice et des garanties d'un procès équitable.
Le 11 mai 2018, 25 ans après le début de la première enquête sur la disparition du journaliste, le Parquet national a déposé un acte d'accusation contre deux anciens agents de sécurité d'Elektromis, une holding basée à Poznan sur laquelle Jaroslaw Zietara enquêtait. Selon les procureurs, le journaliste aurait été pris pour cible parce qu'il enquêtait sur des soupçons de fraude douanière liés à un trafic d'alcool à grande échelle impliquant des entreprises liées à Elektromis, et sur les liens entre les milieux d'affaires, criminels et politiques. Les agents de sécurité ont été accusés d'avoir enlevé Jaroslaw Zietara, de l'avoir détenu illégalement et de s'être rendus complices de son assassinat. Le tribunal régional de Poznan, statuant en première instance, les a acquittés en 2022.
Un nouveau procès qui se fait toujours attendre
Le 2 décembre 2025, la cour d'appel de Poznan, juridiction d'appel dans cette affaire, a annulé les acquittements et déclaré que Jaroslaw Zietara avait été enlevé et "tué parce qu'il était journaliste". Elle a ordonné que l'affaire soit rejugée depuis le début.
Toutefois, le 25 mai 2026, le tribunal régional de Poznan a renvoyé le dossier aux procureurs de Cracovie afin qu'ils procèdent à des investigations complémentaires, notamment à l'examen de documents produits par l'ancien Office de protection de l'État (Urzad Ochrony Panstwa, UOP), le service civil polonais de renseignement et de contre-espionnage. Le Parquet national a fait appel, faisant valoir que le dossier ne présentait aucune lacune dans l'enquête justifiant son renvoi au parquet et que les éléments de preuve restant à examiner pouvaient l'être par la juridiction de jugement.
Le 12 août 2026, la cour d'appel de Poznan a rejeté le recours du parquet, maintenant ainsi la décision de la juridiction de première instance. Le dossier reste donc entre les mains des procureurs pour des investigations complémentaires, et aucune date n'a été fixée pour le nouveau procès. Plus de huit ans se sont écoulés depuis le dépôt de l'acte d'accusation.
La Pologne occupe la 27e place sur 180 pays et territoires au Classementmondial de la liberté de la presse 2026 de RSF.