01/29/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/29/2026 10:44
Q - Une première question sur l'Iran. Vous avez dit que ce changement de position concernant les…
R - Je n'ai pas dit « changement de position ».
Q - Non, moi, je le vois comme un changement de position, mais vous avez dit qu'un seuil a été franchi. Donc ma question est : pourquoi ce changement alors qu'il y avait une hésitation ces dernières semaines ? Je pense que le seuil a été franchi avant. La France était parmi les derniers pays dans l'Union européenne qui n'avaient pas encore dit qu'ils soutenaient la décision de mettre les Gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes. Donc, comment expliquer ce changement de position ? C'est ma perception, encore une fois.
R - En effet, c'est vous qui le dites.
Q - Est-ce que vous avez des craintes aujourd'hui sur le sort de vos otages, de Cécile Kohler et Jacques Paris, si cette décision est prise aujourd'hui à Bruxelles et surtout qu'il y a eu aussi une augmentation des sanctions, comme vous l'avez dit ? Ma deuxième question concerne le programme PAUSE pour les artistes et les chercheurs palestiniens. Pourquoi avez-vous arrêté ce programme ? Vous mentionnez que le problème est lié à des difficultés d'évacuation, surtout que le passage de Rafah est fermé mais il y a d'autres pays de l'Union européenne, notamment l'Italie et l'Espagne, qui ont évacué des Palestiniens de Gaza. C'est un chiffre qui est presque le double de celui de la France. Il y a aussi le cas d'un Palestinien qui se trouve aujourd'hui depuis des mois à Madrid en Espagne. Il a été évacué par l'Espagne. Il s'appelle Mahmoud Alshaer et il n'arrive pas à venir en France alors que c'est un lauréat du programme. Il a demandé un visa Talent et on ne lui a pas accordé ce visa. Alors comment expliquez-vous cela ?
R - Sur votre première question, nous l'avons dit de manière constante : notre but est la recherche de l'efficacité.Et nous avons dit que ce serait dans le cadre européen que ces décisions seraient prises. C'est là où nous en sommes. Le Conseil Affaires étrangères a lieu aujourd'hui. Nous avons un objectif qui est clair, celui de sanctionner les responsables de cette répression brutale. Je crois qu'on ne peut pas être plus clairs. Nous n'avons cessé d'être parmi les États instructeurs sur qui étaient les responsables de ces répressions, comment nous pouvions les désigner et participer à ces sanctions. Et donc surtout, je veux, au contraire, dire qu'ici, il y a une grande cohérence de notre part sur cette ligne-là.
Et ensuite, nous ne pouvons que constater, mais comme vous le faites aussi, que tous ces chiffres de victimes ne cessent d'augmenter. Et on mesure au fur et à mesure des jours à quel point cette répression et cette violence d'État a été cruelle.
Votre deuxième question, c'était sur le sort de nos ressortissants [Cécile Kohler et Jacques Paris]. Vous savez qu'ils sont actuellement à l'ambassade de France, toujours en sécurité. Notre priorité, c'est de pouvoir les rapatrier en France de manière définitive et immédiate, et c'est pour nous un sujet qui est totalement distinct de notre politique, plus généralement sur la région et vis-à-vis de ce qu'il s'est passé en termes de répression par l'Iran de son propre peuple.
Ensuite, sur le programme PAUSE, le ministre a eu l'occasion de s'exprimer là-dessus dans les questions au Gouvernement hier. Qu'est-ce qu'il a dit ? Ce programme, c'est un programme qui a été initié en 2017, il est sous coordination du Collège de France avec différents ministères, notamment le ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Depuis 2017, plus de 700 lauréats ont été accueillis, à la fois des scientifiques et des artistes. Ce qu'il s'est passé depuis ensuite le 7 octobre 2023, et s'agissant particulièrement de Gaza, c'est une mobilisation exceptionnelle de nos services pour permettre les évacuations au fur et à mesure. Elles se font dans un contexte opérationnel qui est extrêmement difficile, extrêmement complexe, qui fait que ça en limite nos capacités à permettre ces évacuations. Je voudrais quand même rappeler qu'il y a une cinquantaine de lauréats qui ont pu être accueillis venant de Gaza, qui ont pu être accueillis depuis le 7 octobre 2023 avec leurs familles. Dans ces conditions, ce qui a été décidé, c'est que nous n'avions plus d'autre choix que de suspendre les instructions des candidatures gazaouies du programme PAUSE, temporairement, le temps que l'on trouve une autre solution pour reprendre les évacuations et permettre que ceux qui puissent éventuellement candidater, puissent ensuite avoir l'espoir de venir. Ce que disait le ministre hier, c'est que ce serait particulièrement injuste de dire à des personnes « candidatez à un programme », que vous ayez cet espoir de pouvoir rejoindre la France et de sortir de la bande de Gaza et en réalité, on n'est pas dans la capacité opérationnelle de vous accueillir en France. Donc voilà, cette position, c'est une position très rationnelle, je crois, qui a été adoptée à travers cette suspension temporaire.
Q - Est-ce que vous pouvez expliquer pourquoi l'Italie et l'Espagne ont évacué pendant cette période où vous avez suspendu ? Et pourquoi il y a des personnes qui sont déjà dans l'Union européenne ?
R - La suspension vient de commencer, donc nous aussi, on en a évacués.
Q - Ça fait des mois où vous n'avez pas accueilli de nouveaux… Pourquoi il y a des lauréats qui sont dans l'Union européenne et qui n'arrivent pas à avoir leur visa pour rejoindre le Collège de France ? Je vous ai donné un exemple.
R - Tout à fait. Ça, c'est une autre question sur laquelle je vous renvoie vers le ministère de l'Intérieur qui est seul compétent pour la délivrance des titres de séjour en question. Moi, je vous répondais sur la partie qui nous concernait en premier lieu, à savoir à la fois cette suspension pour les parties des personnes qui étaient présentes à Gaza et ensuite les difficultés opérationnelles qui sont réelles.
Q - (inaudible)
R - Ce sont des difficultés opérationnelles qui sont à la fois dangereuses pour nos équipes et aussi qui sont très difficiles vis-à-vis des autorisations que nous pouvons avoir des autorités locales.
Q - Je voudrais revenir sur l'Iran pour bien comprendre le raisonnement. Pourquoi aujourd'hui la France considère que soutenir cette proposition d'inscrire les Gardiens de la révolution sur la liste européenne des organisations terroristes, serait plus efficace, si je poursuis le raisonnement qui est de dire « on ne prend des décisions que si on les juge efficaces », donc en quoi elle serait plus efficace aujourd'hui qu'il y a quelques semaines ? Et pourquoi donc ne pas l'avoir fait avant ? Ça c'est une première question.
R - Parce qu'il n'y avait pas de Conseil Affaires étrangères. Enfin je veux dire, on s'est exprimés très clairement hier parce qu'aujourd'hui il y avait le Conseil Affaires étrangères. Donc on n'a pas retardé quoi que ce soit dans le dispositif. On ne s'était pas exprimés avant mais on n'avait jamais dit telle ou telle position.
Q - Sur le bilan, je sais qu'il est difficile à faire, mais les estimations que vous avez, des renseignements qui vous parviennent, est-ce qu'on est plus près de 6.000 décès, comme certaines ONG le disent de manière prudente, ou bien est-ce qu'on est de l'ordre de 20.000, 25.000, comme on a vu circuler ces chiffres ? Est-ce que là-dessus, vous pourriez nous donner une petite idée ?
Sinon, j'ai une autre question qui concerne l'Algérie. Ségolène Royal est actuellement en visite. J'aimerais savoir, à quel titre est effectuée cette visite ? Est-ce que les autorités françaises en ont été informées ? Est-ce qu'elle se fait le relais des diplomates, puisque pour l'instant, on voit que la situation reste figée en termes de normalisation et de reprise des coopérations ? En d'autres termes, est-ce qu'elle a été envoyée par les autorités françaises ? Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de cette visite ?
Et j'avais une autre question. Pourriez-vous confirmer que l'envoyé spécial de Donald Trump pour le Proche-Orient, Massad Boulos, est à Paris actuellement ? Est-ce que l'on pourrait savoir qui il rencontre ? D'après certaines de nos sources, il s'agirait d'une visite pour évoquer la Libye. Est-ce que vous pourriez nous en dire un petit peu plus ?
R - Sur la question sur le bilan iranien, nous sommes prudents et ne communiquons pas sur ces bilans à ce stade. Il y a différents chiffres qui circulent de la part d'ONG vers lesquelles pour l'instant je vous renvoie. Chaque jour a l'air de faire monter un peu plus ce bilan qui reste à consolider désormais de toute façon. Cela apparaît clairement, nous l'avons dit, le ministre lui-même il y a même déjà une quinzaine de jours, cela apparaît comme la répression la plus meurtrière de l'histoire contemporaine de l'Iran.
S'agissant ensuite de l'Algérie, je n'ai pas de commentaire particulier à faire sur une initiative individuelle de Madame Royal. Vous comprendrez aisément pourquoi.
Enfin, sur l'éventuelle visite de M. Boulos à Paris, je n'ai pas d'informations à communiquer. Notre point, c'est que nous poursuivons notre dialogue avec toutes les parties et que notre objectif, c'est celui d'aller vers une stabilisation, une unité, une souveraineté de la Libye qui passe par la relance du processus politique mené par les Libyens et à chaque fois pour les Libyens, en lien avec l'ONU et en préparation de futures élections présidentielles et parlementaires.
Q - Deux petites questions. L'une, c'est au sujet de la position française sur les traités START qui, je crois, sont finis au mois de février…
R - New START.
Q - C'est surtout pour savoir si la France est disposée à en faire partie. Et d'une manière générale, quel est votre avis sur le renouvellement ou pas ? Qu'est-ce qu'on peut attendre ?
Et puis une deuxième question concernant l'annonce qui a été faite cette semaine par le gouvernement espagnol d'un plan massif de légalisation de sans-papiers qui va à l'encontre de la plupart des politiques dans les autres pays européens. Est-ce que cela pose problème à la France, surtout au niveau de, éventuellement, je ne sais pas s'il y a des contrôles des frontières avec l'Espagne, pour l'éventualité que certains puissent venir à France ?
R - Alors, s'agissant de la légalisation de sans-papiers, ce n'est pas le ministère d'Affaires étrangères qui est en charge, donc je vous renverrai, vers mes collègues du ministère de l'Intérieur.
Sur New START, l'expiration du traité, en théorie, le 5 février prochain, entraînera la disparition de toute limite sur les plus grands arsenaux nucléaires, pour la première fois depuis la Guerre froide. Iil faut aussi être très clairs, c'est la Russie qui est responsable de ce recul et plus généralement du recul des normes internationales concourant à la stabilité stratégique, ayant notamment décidé de cesser d'appliquer le traité New START depuis 2023 et multiplié depuis lors les activités déstabilisatrices. Nous appelons la Russie à se conformer pleinement, en paroles et en actes, à un élément qu'elle avait souscrit, à savoir la déclaration des chefs d'État et de gouvernement du P5, le 3 janvier 2022, sur la prévention de la guerre nucléaire et des courses aux armements.
S'agissant de la position française, nous avons une position très spécifique là-dessus. De manière générale, nous soutenons évidemment la maîtrise des armements stratégiques entre les États dotés, mais nous avons une doctrine de stricte suffisance, ce qui veut dire qu'on ne répond pas à une logique de parité. L'arsenal nucléaire de la France est sans commune mesure avec ceux des États-Unis ou de la Russie et, dans ces conditions, il n'y a pas lieu pour la France de rejoindre des négociations de maîtrise des armements stratégiques. S'agissant de notre bilan en matière de limitation de notre arsenal nucléaire, je pourrais vous rappeler que dans le cadre du Traité de non-prolifération, nous avons systématiquement avancé dans ce domaine avec le soutien au dialogue entre les États dotés sur la réduction des risques stratégiques.
Q - L'UNRWA qui fournit des soins de santé et une éducation à des millions de Palestiniens dans la région est de nouveau la cible de mesures sans précédent prises par un État membre des Nations unies, comme vous l'avez rappelé dans votre déclaration conjointe pour condamner la démolition d'un siège de l'UNRWA à Jérusalem-Est. Est-ce qu'il y a eu des contacts entre vous, les pays signataires, et les autorités israéliennes pour que cessent ces agissements contre des institutions des Nations unies ?
Et je me permets de poser une question sur le Liban. Peut-on s'attendre à une visite du ministre M. Barrot au Liban en préparation de la conférence internationale qui se tiendra à Paris le 5 mars prochain ?
R - S'agissant de l'UNRWA, vous avez vu que nous avons fait une déclaration avec nos partenaires là-dessus. C'est encore une fois une tentative de la part des autorités israéliennes de bloquer la capacité de cette organisation à agir. C'est inacceptable, nous l'avons redit plusieurs fois, et notamment, ce qui est inacceptable, c'est aussi le fait que les emprises terrestres de ces organisations membres de l'ONU sont couvertes par une protection particulière qui vient notamment de la Charte de 1946 et qui doit être respectée. Pour notre part, nous réaffirmons notre soutien total de l'UNRWA. L'UNRWA qui, par ailleurs, était engagée dans une dimension de réforme, vous le savez, depuis le rapport de Catherine Colonna et qui doit être poursuivie. C'est la position que nous défendons. Enfin, s'agissant des messages que nous passons, évidemment, nous parlons avec les différents partenaires et avec les autorités israéliennes de manière générale sur ces sujets-là.
Sur le Liban, je ne vais pas vous confirmer ou infirmer quoi que ce soit sur un tel sujet. Le cas échéant, nous reviendrons vers vous.
Q - J'ai trois questions et je suis désolé parce que j'étais en retard, donc vous avez peut-être déjà répondu. Pour revenir sur les Gardiens de la révolution, pourquoi est-ce que c'est efficace d'inscrire les Gardiens maintenant et quel est l'effet concret de prendre cette décision ? Peut-être que vous aviez aussi répondu…
R - On va voir, c'est 1/1 pour l'instant avec l'AFP.
Q - D'accord, mais j'aimerais réécouter votre réponse. Et sur le Groenland, je crois que c'était prévu d'ouvrir le consulat à Nuuk le 6 février. En tout cas, je crois que c'est ça que le ministre avait annoncé. Donc, est-ce que ça, c'est encore prévu la semaine prochaine ?
Et une autre question sur les États-Unis qui organisent une conférence ministérielle, une réunion ministérielle, le 4 février, sur les minéraux critiques. Qui y participera pour la France ? Est-ce que le ministre s'y rendra ? Et plus globalement, que pensez-vous de cette invitation qui est aussi liée à un MOU bilatéral sur ce sujet ?
R - Sur les Gardiens de la révolution, on s'est exprimés hier soir, en amont du Conseil Affaires étrangères du jour. On avait dit que notre réponse devait être coordonnée en Européen et c'est ce que nous faisons. Et d'ailleurs, c'est en ce moment même que se tiennent les discussions.e. Elle doivent aboutir ou pas à un accord politique et nous verrons ce que la Haute représentante dira en sortie de la discussion qui doit se faire dans les heures à venir. En tout cas, nous avons voulu hier soir faire connaître la position que nous défendrions. Deuxièmement, sur le Groenland…
Q - Quel est l'effet concret de prendre cette décision ?
R - Il participe ensuite de l'ensemble d'une série de sanctions que nous mettons. Je vous ai dit, 21 entités vont être sanctionnées, ça va être publié dans quelques heures au journal officiel de l'Union européenne. Donc c'est un ensemble. Encore une fois, l'IRGC est déjà sous trois régimes de sanctions européens. Ça, ça fait partie, disons, d'un élément supplémentaire, étant donné le seuil de répression et de violence d'État que nous avons tous constaté ces différentes semaines et dont en réalité, chaque jour, nous mesurons davantage quelle en a été la réalité à mesure que nous avons des informations et à mesure que le blocus numérique se lève.
Groenland, oui, je vous confirme ce que nous avions dit et ce que le ministre avait surtout annoncé, c'est-à-dire l'ouverture du consulat le 6 février prochain. L'agent qui en sera le préfigurateur sera Jean-Noël Poirier, je vous l'avais dit, je vous le confirme. Il ne sera pas installé par le ministre en tant que tel, mais lui-même sera présent le 6 février. Et vous aviez une troisième question.
Q - (inaudible)
R - Le niveau de participation à ce stade n'est pas encore cranté de notre côté.
Q - (inaudible)
R - Je n'ai pas de commentaire à ce stade à faire sur cette invitation.
Q - Pour revenir sur le traité New START, quel rôle entend jouer la France dans un monde post-START ? Est-ce que l'expiration du traité est de nature à accélérer le dialogue stratégique avec les Européens sur la dimension européenne des intérêts vitaux français ?
R - S'agissant de la doctrine de dissuasion française, vous savez que notre parole est très coordonnée, centrée autour du Président de la République, qui serait le seul amené à s'exprimer là-dessus.
Q - Hier, Donald Trump a menacé l'Iran de laisser son armada, en route vers l'Iran, frapper, si jamais l'Iran n'acceptait pas de reprendre les négociations nucléaires. Est-ce que ça semble une bonne méthode pour inciter l'Iran à négocier ? Et en cas de frappes, est-ce que la France soutiendrait ou pas, notamment dans l'objectif, éventuellement, de relancer les négociations nucléaires ? Et aussi de châtier le régime pour la répression, bien sûr ? Mais Trump n'en parle plus, de ça.
R - Nous avons été parmi les premiers à condamner les frappes américaines lors de la guerre des 12 jours, au printemps dernier. Et notre position, de manière générale - en l'espèce, je ne fais pas de diplomatie fiction, donc c'est pour cela que je ne vais pas m'exprimer sur la question précisément - mais vous redire notre position générale : on ne change pas des régimes de l'extérieur. C'est aux Iraniens et aux Iraniennes, et à eux seuls, de décider à l'avenir ceux qu'ils souhaitent pour être leurs dirigeants.
S'agissant plus particulièrement, ensuite, du programme nucléaire, nous avons aussi toujours dit que c'était plus par la négociation que par les frappes que cet aspect devait être résolu de manière durable. Ce sont des éléments qui doivent vous orienter sur quelle serait, au cas où, la position de la France.
Q - Le ministre était en Turquie cette semaine, mardi. J'ai écouté les déclarations des deux ministres à Ankara. Suite à ces déclarations, j'ai trois petites questions.
Pour les écoles françaises en Turquie, ça me touche personnellement. Depuis l'année dernière, les deux écoles qui sont liées à l'ambassade de France en Turquie sont interdites pour les binationaux et les Turcs. Ayant moi-même été présidente de l'association des parents d'élèves à Ankara pendant mon séjour, pour la construction de la nouvelle école, les familles binationales et turques avaient participé, et maintenant, c'est interdit. Cela touche des centaines de familles. Est-ce qu'il y a eu une avancée sur ce sujet ?
Deuxièmement, puisqu'on est au 30e anniversaire de l'union douanière entre l'Europe et la Turquie, apparemment les deux ministres ont parlé de ceci aussi. Sur ça, est-ce que vous avez d'autres déclarations, des éclaircissements à faire ? Puisque l'Union européenne est en train de faire des accords, même avec des pays à l'autre bout du monde. Est-ce qu'on ne va pas réactualiser l'union douanière, qui touche quand même les hommes d'affaires des deux pays ?
Et dernièrement, le ministre, M. Barrot, a indiqué qu'il existe des divergences avec la Turquie, mais qui sont abordées dans un esprit de dialogue et de solidarité avec M. Fidan. Est-ce que c'est sur le terrorisme ? Il a déclaré qu'il ne faut pas permettre le retour du terrorisme en Syrie. Sur cela, qu'est-ce qu'il a voulu dire exactement ? Parce que le terrorisme en Syrie touche en premier lieu les pays de la région et la Turquie. Est-ce que vous pouvez aussi donner un peu plus de détails sur ces déclarations ?
R - Vous savez combien nous prenons une attention extrêmement forte, à la fois à la préservation et au développement du réseau d'écoles et de lycées français à l'étranger. Il y a eu notamment une importante décision, une importante réforme qui a été engagée à la demande du Ministre en décembre dernier, s'agissant de l'AEFE. Et donc, c'est quelque chose qui est suivi de très près, à Paris, mais évidemment, bien sûr, localement, par notre ambassade. Le Ministre, donc, en a évidemment parlé en bilatéral. À ce stade, cela fait partie des échanges que nous avons avec les autorités turques et cela fait partie des discussions normales que nous avons. Je ne peux pas vous en dire beaucoup plus à ce stade. Il ne faut pas douter de nos efforts pour que la situation évolue positivement.
Ensuite, sur le 30e anniversaire de l'union douanière, les ministres ont appelé la nécessité de poursuivre le dialogue entre l'Union européenne et la Turquie sur ce sujet, notamment sur les sujets migratoires et commerciaux que vous mentionnez. Je n'ai pas plus d'éléments à donner à ce stade.
Et enfin, c'était sur la Syrie, votre troisième question. Vous savez combien nous sommes en train de vivre un basculement majeur ces derniers jours en Syrie, avec la prise de contrôle par les forces de Damas, à la fois des quartiers kurdes d'Alep, et puis de Raqqa, de Deir ez-Zor et de la rive ouest de l'Euphrate. Face à cette escalade des tensions, nous nous sommes beaucoup mobilisés, nous n'avons pas épargné nos efforts, notamment de médiation entre toutes les parties, pour permettre non seulement un cessez-le-feu, cessez-le-feu qui a été allongé désormais d'une quinzaine de jours, et un accord politique, qui est pour nous la seule voie de long terme pour favoriser l'unité de la Syrie et l'intégration de la composante kurde, dans ses éléments à la fois économiques, politiques, historiques et culturels, pour aller vers une Syrie qui soit unie et stable. Le Président a pu échanger avec son homologue al-Charaa à plusieurs reprises, avec le général Mazloum, ainsi qu'avec le président Barzani, et le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a également pu échanger avec ses homologues de son côté. Ces efforts ont permis de conclure le premier accord du 18 janvier, et ensuite, ces cessez-le-feu. Ces efforts ont permis d'éviter à ce stade un bain de sang. Nous sommes guidés par deux principes, en l'espèce. Le premier, c'est l'intégration des Kurdes dans la future Syrie unie. Le second, c'est d'empêcher toute résurgence d'un risque terroriste dans le Nord-Est syrien, et plus largement en Syrie et dans la région. Ce sont ces deux éléments qui guident notre action, qui guident nos efforts de médiation actuellement, et cela fait partie de la discussion que le Ministre a pu avoir avec son homologue, Hakan Fidan, lors de son déplacement, mardi dernier, à Ankara. Peut-être un dernier élément : nous avons accueilli une réunion du Quad, lundi à Paris, en présence notamment de l'envoyé spécial Tom Barrack, et il a été convenu qu'une future réunion au niveau ministériel de la Coalition internationale de lutte contre Daech se ferait dans les jours à venir. Dès que nous aurons plus de précisions, nous l'indiquerons aussi à ce moment-là. C'est l'ensemble de ces éléments-là et la situation régionale qui ont pu être discutés avec nos homologues turcs.
Q - En mars 2025, c'est la branche armée de Rojava qui n'avait pas tenue sur l'accord du 10 mars. C'est par eux que le cessez-le-feu n'a pas été respecté, disons. Est-ce que vous avez des certitudes maintenant que cette fois-ci, eux aussi, ils vont le respecter ?
R - Je ne m'exprimerai pas là-dessus. Ce que nous faisons, c'est parler à toutes les parties pour leur faire comprendre leur intérêt collectif :c'est une solution politique et non pas la violence, qui permettra non seulement la stabilisation et surtout, derrière, la sortie de crise. C'est ce à quoi nous nous attachons, et actuellement, la force laisse la place aux négociations et c'est ce à quoi nous aidons auprès des différentes parties.
Q - Une question sur Gaza. Le corps du dernier otage israélien a été restitué le lundi. Les obsèques ont eu lieu mardi, il me semble. Et je voulais savoir quelle était la position de la France sur les dernières déclarations de Benyamin Netanyahou, qui ne sont pas très rassurantes quant à la tenue du plan de paix de Trump qu'Israël a signé, ainsi que le Hamas, via les médiateurs. Parce qu'il a déclaré en conférence de presse, bien évidemment qu'il n'y aura pas de création d'un État palestinien - ça ce n'est pas nouveau, il l'a déjà dit. Mais surtout, je le cite, « qu'Israël maintiendra son contrôle sécuritaire sur l'ensemble de la zone, allant du Jourdain à la mer », donc bande de Gaza et Cisjordanie inclues. Or, dans le plan de paix qu'Israël a signé, il est stipulé qu'Israël doit retirer ses forces militaires de Gaza. Quelle est la réaction de la France par rapport à ça ? Est-ce qu'il y a une inquiétude sur la tenue du plan, sachant que la phase 2 est censée être entamée déjà ?
R - Déjà, vous rappeler que nous avons soutenu l'accord de Charm el-Cheikh, qui reprenait dans une très large partie les résultats de la déclaration de New York, portée par le ministre Jean-Noël Barrot en juillet, puis endossée par l'Assemblée générale des Nations unies. Donc une très bonne nouvelle qu'avait été cet accord de Charm el-Cheikh, et finalement, qui est mis en œuvre - il est fragile, nous le suivons de près - en partie, dans cette première phase, avec la restitution, qui était cette demande que nous soutenions évidemment, la demande de restitution du dernier corps qui était encore aux mains du Hamas. Il reste encore beaucoup de choses à faire, nous sommes extrêmement engagés dans cette seconde phase, notamment avec le désarmement du Hamas et la mise en place de la force de stabilisation. Ça, c'est le premier pilier de nos efforts. Le deuxième élément, c'est la partie gouvernance. Vous savez qu'en novembre dernier, nous avions beaucoup poussé pour l'adoption de la résolution 2803, qui a été adoptée, sur la base de laquelle il y a eu notamment la mise en place du comité technique palestinien, qui doit désormais pouvoir se rendre sur la bande de Gaza et répondre aux besoins de la population locale. Lors de la venue de Mahmoud Abbas à Paris, également, le 11 novembre dernier, nous avions mis en place un groupe de travail conjoint pour la consolidation de l'État de Palestine. Et le troisième élément, c'est sur la partie humanitaire, où notre position reste la même, c'est-à-dire qu'il y a eu des améliorations depuis Charm el-Cheikh sur les livraisons de fret humanitaire, mais nous ne sommes pas encore à ce qui doit être fait, et notamment pour répondre aux besoins des populations localement. Donc c'est notre position sur l'ouverture des différents points de passage, qui ne sont pas encore actuellement tous ouverts, et c'est la poursuite de nos efforts d'envoi de fret humanitaires. Vous savez que le centre de crise et de soutien a transmis par exemple 400 tonnes qui sont parties il y a une dizaine de jours et qui devraient arriver ce week-end à Port-Saïd en Égypte, pour ensuite pénétrer sur place. Donc voilà, ce sont les trois chapitres sur lesquels nous avançons, dans cette phase 2.
Et pour répondre à votre question plus précisément sur la partie frontalière, nous sommes attachés à l'unité des territoires palestiniens. C'est ce que nous avons toujours défendu, pour qu'il n'y ait pas d'un côté un territoire, et de l'autre côté un autre - donc Cisjordanie et Gaza - , et nous avons toujours défendu la mise en œuvre de la solution à deux États qui vivent côte-à-côte et en paix, dans des frontières mutuellement reconnues. Et donc nous sommes opposés à, et c'est ce que nous disons aux autorités israéliennes, donc je ne vais pas commenter en théorie, mais je vous redonne notre position, nous sommes opposés à tout changement, qu'il soit démographique ou territorial, dans la bande de Gaza, ainsi qu'à tout déplacement forcé de population qui est par nature contraire au droit international.
Q - Une question de suivi, sur le passage de Rafah. Est-ce que vous avez des informations sur la réouverture qui a été annoncée il y a une semaine par Trump ? Il me semble qu'il y a un désaccord entre les Égyptiens et les Israéliens. L'Égypte dit qu'elle ne va pas ouvrir le passage de son côté s'il n'y a pas une correspondance de chiffres d'entrées et de sorties. Je ne sais pas, en tant qu'un pays qui dialogue peut-être avec les deux, vous avez une information à partager, vous savez si ça va ouvrir, si c'est bloqué, si… ?
R - Écoutez, elle a été plusieurs fois annoncée, cette ouverture de Rafah, et toujours pas réalisée. Donc nous sommes prudents. Nous l'appelons de nos vœux. Je rappelle qu'elle est mentionnée dans l'accord de Charm el-Cheikh, dont sont signataires les parties . Une fois que ce point de passage sera rouvert, cela permettra également la reprise des activités du programme européen EUBAM Rafah, auquel nous contribuons. Nous appelons à une entrée qui se fasse dans les deux sens, et qui soit et pour les personnes, pour les individus, et pour les biens humanitaires. C'est sur ces deux éléments, c'est-à-dire à la fois le sens entrée et sortie, et la nature de ce qui peut passer, c'est-à-dire à la fois individus et biens, que nous appelons les différentes parties prenantes à agir dans ce sens.
Q - (inaudible)
R - Cela fait partie des éléments que nous discutons, mais à ce stade, je n'ai pas plus de commentaires sur les désaccords ou non entre les uns et les autres.
Q - Est-ce que vous avez une date plus précise sur la visite du ministre au Groenland ? Et j'ai cru comprendre qu'il ne serait pas là pour l'ouverture du consulat.
R - Je vous ai confirmé qu'il ne serait pas là le 6 février. On n'exclut pas du tout qu'il puisse s'y rendre par la suite.
Q - C'est ça. Et vous avez une date plus précise ?
R - Quand j'aurai une date, je vous la communiquerai.
Q - Est-ce que vous savez les raisons de cette visite, l'objectif ?
R - Je ne vous confirme pas de visite, donc je ne vais pas vous donner des raisons de la visite. Après, ça me donne l'occasion peut-être de vous redire un peu ce qui s'est passé depuis la semaine dernière. Deux éléments : c'est, d'abord la pleine solidarité vis-à-vis d'un État membre de l'Union européenne, membre de l'OTAN, dont la souveraineté était remise en question. Et là, le Président, le Ministre ont été extrêmement clairs sur le fait d'avoir ici une réponse ferme sur ces points-là. Et puis, deuxièmement, une réponse européenne qui a fonctionné, parce qu'on pouvait entendre ici et là une faiblesse collective ou des différences, mais je crois qu'il y a eu une réponse collective avec des instruments qui étaient sur la table, vous en avez tous mentionné les uns et les autres, et ces instruments ont un rôle dans une forme de dissuasion pour éviter toute forme de future coercition, sur ce sujet comme sur d'autres sujets. Ce sont ces deux éléments qui ont guidé notre action. Le Président a accueilli hier la Première ministre danoise et le Premier ministre groenlandais, et a eu l'occasion de rappeler ces éléments et, pour le citer, d'appeler par ailleurs à un réveil stratégique européen.
Q - Je voudrais revenir sur l'Algérie, parce que Ségolène Royal a envoyé un message sur X disant qu'elle avait été missionnée, donc on ne comprend pas par qui. Je voudrais reposer la question : est-ce qu'elle a fait ce déplacement en accord avec les autorités, ou pas ?
Et sur notre confrère Christophe Gleizes, est-ce que vous avez de nouvelles informations ? Et notamment, je vous avais interrogé il y a quelques semaines sur les visites consulaires et il n'en avait pas eu. Donc je voulais savoir si, entretemps, vous aviez eu une réponse des autorités algériennes pour des visites. Et savez-vous si la famille, qui déplore ne pas avoir la possibilité de lui rendre visite, savez-vous si les proches pourront également lui rendre visite ?
Et un éclaircissement sur l'envoyé spécial de Donald Trump pour la Libye. Est-ce que vous n'avez pas d'informations et donc il n'est pas là, ou est-ce qu'il est bien en visite à Paris ?
R - C'est un éclaircissement qui était volontaire, de mon côté. Je n'ai pas l'intention de communiquer sur une autorité étrangère en France, je vous laisse les interroger pour qu'ils puissent vous dire où ils sont et quand ils y sont.
Et le deuxième élément, je vous redirai sur Mme Royal : il s'agit d'une initiative individuelle sur laquelle , côté Quai d'Orsay, je n'ai pas de commentaires à faire.
Enfin, sur la question portant sur M. Christophe Gleizes, vous savez combien cette situation est suivie de manière intensive et au quotidien par, à la fois les équipes de l'ambassade de France à Alger, les équipes du centre de crise, et nos autorités, le Président et le Ministre Jean-Noël Barrot. Vous savez que nous avions demandé de pouvoir exercer une visite consulaire aussitôt que nous avions su la condamnation. Au stade des informations que j'ai, cette demande de visite consulaire n'a pas encore eu de réponse favorable, mais je n'exclus pas de pouvoir revenir vers vous dans l'après-midi si cette information devait être mise à jour.