04/02/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/02/2026 02:22
Le Bulletin économique résulte de l'obligation légale faite à la BCE de publier des rapports sur les activités du SEBC au moins chaque trimestre (en vertu de l'article 15.1 des Statuts du SEBC). Les éditions publiées après les réunions de politique monétaire de mars, juin, septembre et décembre fournissent une analyse approfondie des évolutions économiques et monétaires.
Lors de sa réunion du 19 mars 2026, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE. Il est déterminé à assurer la stabilisation de l'inflation au niveau de la cible de 2 % à moyen terme. La guerre au Moyen-Orient a considérablement accentué l'incertitude entourant les perspectives, créant des risques à la hausse pour l'inflation et des risques à la baisse pour la croissance économique. Elle aura une incidence significative sur l'inflation à court terme via le renchérissement de l'énergie. Ses implications à moyen terme dépendront de l'intensité et de la durée du conflit ainsi que de la manière dont les prix de l'énergie affectent les prix à la consommation et l'économie.
Le Conseil des gouverneurs est en bonne position pour faire face à cette incertitude. L'inflation se situe autour de la cible de 2 %, les anticipations d'inflation à plus long terme sont bien ancrées, et l'économie a fait preuve de résilience ces derniers trimestres. Les informations qui deviendront disponibles au cours de la période à venir permettront au Conseil des gouverneurs d'évaluer l'incidence de la guerre sur les perspectives d'inflation et les risques entourant ces perspectives. Le Conseil des gouverneurs suit de près la situation, et son approche fondée sur les données l'aidera à définir l'orientation appropriée de la politique monétaire.
Les projections macroéconomiques de mars 2026 établies par les services de la BCE pour la zone euro intègrent exceptionnellement des informations allant jusqu'au 11 mars, une date d'arrêté plus tardive que d'ordinaire. Selon le scénario de base, l'inflation totale s'établirait en moyenne à 2,6 % en 2026, 2,0 % en 2027 et 2,1 % en 2028. L'inflation a été révisée à la hausse par rapport aux projections de décembre 2025 pour la zone euro établies par les services de l'Eurosystème, en particulier pour 2026, étant donné que les prix de l'énergie seront plus élevés en raison de la guerre au Moyen-Orient. S'agissant de l'inflation hors énergie et produits alimentaires, nos services tablent sur une hausse moyenne de 2,3 % en 2026, 2,2 % en 2027 et 2,1 % en 2028. Ces taux sont aussi plus élevés que ceux anticipés dans les projections de décembre 2025, principalement du fait de la transmission du renchérissement de l'énergie à l'inflation hors énergie et produits alimentaires. Selon les services de la BCE, la croissance économique s'établirait en moyenne à 0,9 % en 2026, 1,3 % en 2027 et 1,4 % en 2028. Cela implique une révision à la baisse, en particulier pour 2026, reflétant les effets à l'échelle mondiale de la guerre sur les marchés des matières premières, les revenus réels et la confiance. Cela étant, le faible niveau de chômage, la solidité des bilans dans le secteur privé, et les dépenses publiques consacrées à la défense et aux infrastructures devraient continuer de soutenir la croissance.
Conformément à l'engagement énoncé par le Conseil des gouverneurs dans sa stratégie de politique monétaire d'intégrer les risques et l'incertitude dans son processus de décision, les services de la BCE ont aussi évalué comment la guerre au Moyen-Orient pourrait affecter la croissance économique et l'inflation dans plusieurs scénarios illustratifs alternatifs. Ces scénarios sont inclus dans les projections macroéconomiques de mars 2026, disponibles sur le site internet de la BCE. L'analyse de scénarios tend à indiquer qu'une perturbation prolongée de l'approvisionnement en pétrole et en gaz se traduirait par une inflation supérieure, et une croissance inférieure, aux projections de base. Les implications pour l'inflation à moyen terme dépendent de manière cruciale de l'ampleur des effets indirects et de second tour d'un choc énergétique plus important et plus persistant.
Le Conseil des gouverneurs suivra une approche s'appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l'orientation appropriée de la politique monétaire. Plus particulièrement, ses décisions relatives aux taux directeurs seront fondées sur son évaluation des perspectives d'inflation et des risques entourant ces perspectives, compte tenu des données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l'inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs ne s'engage pas à l'avance sur une trajectoire de taux particulière.
L'économie a crû de 0,2 % au quatrième trimestre 2025, sous l'effet d'une augmentation de la demande intérieure. Les ménages ont accru leurs dépenses, les revenus réels ayant progressé et le chômage étant resté proche de son point bas historique. L'activité dans la construction et la rénovation de logements s'est renforcée, et les entreprises ont davantage investi, en particulier dans des domaines tels que la recherche-développement, les logiciels et les bases de données. La croissance n'a plus été freinée par les exportations nettes comme ce fut le cas au cours des deux trimestres précédents, et a principalement été soutenue par les services.
Selon les services de la BCE, la consommation privée resterait le principal moteur de la croissance à moyen terme. L'investissement devrait également continuer de croître, étant donné que les gouvernements dépensent davantage dans la défense et les infrastructures et que les entreprises investissent de plus en plus dans les nouvelles technologies numériques. L'environnement extérieur reste difficile, notamment au vu de la volatilité des politiques commerciales dans le monde.
La guerre au Moyen-Orient perturbe les marchés des matières premières et pèse sur les revenus réels et la confiance. Cela a donné lieu à une révision à la baisse de la consommation et de l'investissement dans les projections de base établies par les services de la BCE, en particulier pour 2026. Les projections de base tablent sur une croissance annuelle du PIB en volume de 0,9 % en 2026, 1,3 % en 2027 et 1,4 % en 2028. Comparé aux projections de décembre 2025, la croissance du PIB a été révisée à la baisse de 0,3 point de pourcentage pour 2026 et de 0,1 point de pourcentage pour 2027, en raison de l'intensification de la guerre au Moyen-Orient. Le taux anticipé pour 2028 demeure en revanche inchangé. L'effet serait encore plus prononcé dans des scénarios alternatifs prévoyant un choc énergétique plus sévère et plus durable.
Les projections de base établies par les services de la BCE reposent sur les trajectoires des prix des contrats à terme sur les matières premières énergétiques à la date d'arrêté du 11 mars 2026. Selon ces projections, le scénario de base table sur une poussée de l'inflation, qui pèsera sur le pouvoir d'achat, les dépenses de consommation et, par conséquent, la croissance du PIB, en particulier à court terme. Sous réserve d'une diminution relativement rapide des prix de l'énergie (telle qu'intégrée dans les contrats à terme sur les matières premières énergétiques) et des incertitudes, ce ralentissement devrait être temporaire. À moyen terme, la demande intérieure devrait rester le principal moteur de la croissance dans la zone euro, grâce à la résilience du marché du travail et aux dépenses publiques consacrées aux infrastructures et à la défense, en particulier en Allemagne. Sur le plan extérieur, alors que la croissance des exportations devrait s'accélérer sous l'effet de l'amélioration de la demande émanant de l'étranger, la zone euro va probablement continuer de perdre des parts de marché à l'international du fait de ses problèmes persistants de compétitivité, dont certains sont de nature structurelle, et ce malgré des droits de douane sur les exportations vers les États-Unis légèrement plus faibles que ceux observés au moment des projections de décembre 2025.
Le Conseil des gouverneurs a souligné le besoin urgent de renforcer l'économie la zone euro tout en maintenant des finances publiques saines. Toute réponse budgétaire au choc des prix de l'énergie devrait être temporaire, ciblée et adaptée. La crise énergétique actuelle souligne l'impératif de réduire davantage la dépendance aux combustibles fossiles. L'achèvement de l'union pour l'épargne et l'investissement est fondamental pour financer l'innovation et soutenir les transitions écologique et numérique. L'euro numérique et la monnaie de banque centrale interbancaire tokenisée renforceront l'autonomie stratégique, la compétitivité et l'intégration financière de l'Europe, et stimuleront l'innovation dans le domaine des paiements. Il est donc essentiel d'adopter rapidement le règlement établissant l'euro numérique. La simplification et l'harmonisation des règles dans l'ensemble du marché unique de l'UE favoriseront une croissance plus rapide des entreprises européennes.
L'inflation annuelle dans la zone euro, mesurée par l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH), s'est établie à 1,9 % en février, après 1,7 % en janvier. Les prix de l'énergie ont été inférieurs de 3,1 % à leur niveau de février dernier, après une baisse de 4,0 % en janvier 2026. L'augmentation des prix des produits alimentaires s'est légèrement ralentie, à 2,5 %. En revanche, l'inflation hors énergie et produits alimentaires a augmenté, à 2,4 % en février, contre 2,2 % en janvier, en raison d'une accentuation de la hausse des prix des biens, à 0,7 % après 0,4 %, et de la hausse plus marquée des prix des services, à 3,4 % après 3,2 %.
Les indicateurs de l'inflation sous-jacente ont peu évolué ces derniers mois et restent conformes à la cible du Conseil des gouverneurs de 2 % à moyen terme. Les bénéfices des entreprises se sont encore redressés au quatrième trimestre 2025, tandis que les coûts unitaires de main-d'œuvre ont crû à un taux comparable à celui du trimestre précédent. La croissance de la rémunération par tête s'est ralentie à 3,7 %, contre 4,0 % au troisième trimestre. La croissance des salaires négociés et les indicateurs prospectifs, tels que l'outil de suivi des salaires de la BCE et les résultats d'enquêtes sur les anticipations relatives aux salaires, laissent présager une poursuite de la modération des coûts de main-d'œuvre courant 2026, ce qui devrait favoriser le retour de l'inflation au niveau de la cible.
L'augmentation des prix de l'énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient se traduira par une inflation supérieure à 2 % à court terme. Plus particulièrement, l'inflation devrait fortement s'accentuer pour s'établir à 3,1 % au deuxième trimestre 2026, sous l'effet d'une hausse significative des prix de l'énergie due à la guerre, avant de se ralentir à 2,8 % au troisième trimestre à la suite du recul des prix des matières premières énergétiques tel qu'intégré dans les contrats à terme. Selon les projections de base, l'évolution des prix de l'énergie deviendra négative en 2027, principalement du fait d'effets de base baissiers, puis se redressera sensiblement en 2028, en raison de l'effet haussier de 0,2 point de pourcentage sur l'inflation totale escompté pour cette période du fait de la mise en œuvre du système d'échange de quotas d'émission de l'UE 2 (SEQE2). L'augmentation des prix des denrées alimentaires devrait s'accélérer à partir de fin 2026, les tensions sur les coûts résultant de la flambée des prix de l'énergie se répercutant sur les prix à la consommation des produits alimentaires, avant de s'atténuer en 2028. La hausse de l'IPCH hors énergie et produits alimentaires (IPCHX) devrait se modérer, de 2,4 % en 2025 à 2,1 % en 2028. Bien que l'inflation mesurée par l'IPCHX soit également touchée par les tensions sur les coûts résultant de l'envolée des prix de l'énergie, ces effets devraient être tempérés par une atténuation des tensions sur les coûts de main-d'œuvre, l'appréciation antérieure de l'euro et le niveau de pénétration des importations en provenance de Chine. De manière générale, les projections de base tablent sur une accélération de l'inflation mesurée par l'IPCH, de 2,1 % en 2025 à 2,6 % en 2026, puis sur un recul à 2,0 % en 2027 et un léger redressement à 2,1 % en 2028. La hausse des salaires se ralentira au cours des prochaines années, mais à un rythme plus lent que celui anticipé dans les projections précédentes, en raison de certains effets de compensation de l'inflation liés au choc sur les prix de l'énergie. Par rapport aux projections de décembre 2025, les perspectives d'inflation totale (IPCH) ont été revues à la hausse de 0,7 point de pourcentage pour 2026, essentiellement du fait de la composante énergie. Elles ont aussi été relevées de 0,2 point de pourcentage pour 2027 et de 0,1 point de pourcentage pour 2028, à mesure que les tensions sur les coûts dues aux prix plus élevés de l'énergie se répercuteront sur les composantes IPCHX et alimentation, tandis que l'évolution de la composante énergie a été légèrement révisée à la baisse. L'ampleur des révisions à la hausse de l'inflation serait encore plus marquée dans des scénarios alternatifs prévoyant un choc énergétique plus sévère et plus durable.
Le renchérissement de l'énergie, s'il s'avérait plus persistant, pourrait entraîner une hausse plus générale de l'inflation par le biais des effets indirects et de second tour - une situation qui requiert un suivi attentif. Les anticipations d'inflation des marchés financiers ont nettement augmenté sur les horizons à plus court terme. La plupart des mesures des anticipations d'inflation à long terme s'établissent autour de 2 %, allant dans le sens de la stabilisation de l'inflation au niveau de la cible du Conseil des gouverneurs.
Les risques pesant sur les perspectives de croissance sont orientés à la baisse, en particulier à court terme. La guerre au Moyen-Orient constitue un risque baissier pour l'économie de la zone euro, accentuant la volatilité de l'environnement politique mondial. Une guerre prolongée pourrait entraîner une augmentation des prix de l'énergie plus importante et plus durable qu'anticipé actuellement, et peser également sur la confiance. Ces facteurs pourraient éroder les revenus et rendre les entreprises et les ménages plus réticents à investir et à dépenser. Une détérioration de la confiance sur les marchés financiers mondiaux pourrait freiner davantage la demande. Des frictions supplémentaires dans les échanges commerciaux internationaux pourraient perturber les chaînes d'approvisionnement, réduire les exportations et affaiblir la consommation et l'investissement. D'autres tensions géopolitiques, en particulier la guerre injustifiée menée par la Russie contre l'Ukraine, demeurent une source majeure d'incertitude. À l'inverse, la croissance pourrait être plus forte si les répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient se révélaient être de plus courte durée qu'anticipé actuellement. De plus, les dépenses prévues en matière de défense et d'infrastructures, des réformes visant à améliorer la productivité et l'adoption par les entreprises de la zone euro de nouvelles technologies pourraient soutenir la croissance davantage qu'attendu. De nouveaux accords commerciaux et une plus forte intégration du marché unique seraient aussi de nature à attiser la croissance au-delà des anticipations actuelles.
Les risques entourant les perspectives d'inflation sont orientés à la hausse, à court terme en particulier. Une guerre prolongée au Moyen-Orient pourrait se traduire par un renchérissement de l'énergie plus important et plus durable qu'attendu actuellement, et accroître davantage l'inflation dans la zone euro. Ce risque pourrait se renforcer et devenir plus persistant si les anticipations d'inflation et la croissance des salaires augmentaient elles aussi, si la hausse des prix de l'énergie se transmettait à l'inflation hors énergie dans une plus grande mesure qu'anticipé dans le scénario de base, ou si la guerre perturbait plus largement les chaînes d'approvisionnement mondiales. Les tensions commerciales actuelles pourraient aussi entraîner une plus grande fragmentation des chaînes d'approvisionnement mondiales, réduire l'offre de matières premières critiques et accentuer les contraintes de capacité au sein de l'économie de la zone euro. À l'inverse, l'inflation pourrait être plus faible si les répercussions économiques de la guerre au Moyen-Orient étaient de plus courte durée ou si les effets indirects et de second tour s'avéraient moins prononcés qu'anticipé actuellement. L'inflation pourrait aussi être plus faible si les droits de douane réduisaient la demande d'exportations adressée à la zone euro de manière plus importante qu'attendu et si les pays en surcapacité augmentaient encore leurs exportations vers la zone euro. Des marchés financiers plus volatils et plus réticents à prendre des risques pourraient peser sur la demande et ainsi faire également reculer l'inflation.
La guerre au Moyen-Orient a eu une incidence prononcée sur les marchés financiers mondiaux. Les conditions financières globales se sont durcies depuis la dernière réunion de politique monétaire du conseil des Gouverneurs le 5 février 2026. Les marchés boursiers se sont repliés et les taux d'intérêt de marché dans la zone euro, en particulier ceux à court terme, ont sensiblement augmenté.
En janvier, les taux d'intérêt bancaires appliqués aux entreprises et le coût du financement par endettement de marché sont tous deux restés à 3,6 %, tandis que le taux d'intérêt moyen sur les nouveaux prêts hypothécaires a légèrement augmenté, à 3,4 %. Les prêts bancaires aux entreprises ont augmenté à un rythme annuel de 2,8 % en janvier, après 3,0 % en décembre 2025. Cette évolution a toutefois été contrebalancée par une augmentation des émissions d'obligations d'entreprises, dont le taux de croissance annuel s'est établi à 4,0 %, après 3,5 % en décembre. Les prêts hypothécaires se sont accrus de 3,0 %, sans changement par rapport à décembre.
Les taux d'intérêt de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal ont été laissés inchangés, à respectivement 2,00 %, 2,15 % et 2,40 %.
Les portefeuilles du programme d'achats d'actifs (asset purchase programme, APP) et du programme d'achats d'urgence face à la pandémie (pandemic emergency purchase programme, PEPP) se contractent à un rythme mesuré et prévisible, car l'Eurosystème ne réinvestit plus les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance.
Lors de sa réunion du 19 mars 2026, le Conseil des gouverneurs a décidé de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE. Il est déterminé à assurer la stabilisation de l'inflation au niveau de sa cible de 2 % à moyen terme. Il suivra une approche s'appuyant sur les données pour définir, réunion par réunion, l'orientation appropriée de la politique monétaire. Plus particulièrement, les décisions du Conseil des gouverneurs relatives aux taux d'intérêt seront fondées sur son évaluation des perspectives d'inflation et des risques entourant ces perspectives, compte tenu des données économiques et financières disponibles, de la dynamique de l'inflation sous-jacente et de la force de la transmission de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs ne s'engage pas à l'avance sur une trajectoire de taux particulière.
En toute hypothèse, le Conseil des gouverneurs se tient prêt à ajuster l'ensemble de ses instruments, dans le cadre de son mandat, pour assurer une stabilisation durable de l'inflation au niveau de sa cible à moyen terme et pour préserver la bonne transmission de la politique monétaire.
Mise à jour le 2 Avril 2026