UNOG - United Nations Office at Geneva

06/12/2026 | News release | Distributed by Public on 06/12/2026 11:02

Haïti ouvre ses premiers refuges pour femmes face à l’explosion des violences sexuelles

L'ouverture des premières « maisons des femmes » en Haïti, avec le soutien de l'État et l'ONU, marque une avancée dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles. Dans un pays où les agressions commises par les gangs continuent de se multiplier, ces refuges offrent un soutien essentiel tout en rappelant l'ampleur des risques auxquels femmes et filles restent exposées.

Portées par le ministère de la protection sociale et des droits des femmes, avec l'appui de l'agence ONU Femmes, ces premières structures d'accueil constituent une étape importante dans la lutte contre les violences fondées sur le genre.

Toutefois, leur ouverture dans un contexte de besoins croissants et d'affaiblissement de l'aide internationale destinée à Haïti, a souligné vendredi Marie Goretti Nduwayo, représentante de l'agence à Haïti, lors d'un point de presse à Genève.

Car, sur le terrain, la situation continue de se dégrader. Longtemps concentrée à Port-au-Prince, la violence des gangs s'étend désormais bien au-delà de la capitale, poussant près de 1,47 million de personnes à fuir leur foyer, dont quelque 790 000 femmes et filles.

© WFP/Sylvain Barral Des habitants de Cité Soleil sont hébergés dans la communauté voisine de Drouillard, au nord de Port-au-Prince, en Haïti.

Une hausse de 163 % des violences sexuelles en un an

« Sur le terrain, des femmes et des filles me rapportent que le viol est de plus en plus utilisé par les gangs comme un moyen de terroriser et de contrôler les communautés. Les données le confirment », a indiqué Marie Goretti Nduwayo.

Au cours des trois premiers mois de l'année, les violences sexuelles ont représenté plus de 70 % des cas de violences fondées sur le genre signalés dans le pays.

En 2025, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a recensé 1 863 cas de violences sexuelles. Parmi les victimes figuraient 1 668 femmes et 187 filles, mais aussi deux hommes et six garçons. Cela représente une augmentation de 163 % par rapport à 2024.

Les équipes d'ONU Femmes constatent également une évolution inquiétante des pratiques des agresseurs. Selon l'agence, les auteurs utilisent désormais des technologies numériques et des plateformes en ligne pour conserver des images d'agressions sexuelles, puis les diffuser ou menacer de les diffuser afin de faire chanter et d'humilier davantage leurs victimes.

Des déplacées particulièrement exposées

Les femmes et les filles vivant dans les sites accueillant des personnes déplacées figurent parmi les plus vulnérables. Une enquête menée par ONU Femmes a relevé des cas de violences fondées sur le genre dans chacun des 22 sites étudiés.

Les conditions de vie y aggravent encore les risques. La plupart de ces lieux ne disposent ni d'un éclairage suffisant, ni de serrures fonctionnelles dans les sanitaires, ni d'installations séparées pour les femmes et les hommes. Autant de lacunes qui augmentent l'exposition aux agressions.

« La violence à laquelle elles ont survécu les hante jour après jour, et nuit après nuit, même dans leur sommeil. Elles se souviennent de leurs maisons incendiées, d'hommes armés qui les poursuivaient jusque dans les forêts, de membres de leur famille et d'amis tués sous leurs yeux », a affirmé Mme Goretti Nduwayo.

Giles Clarke La police haïtienne vérifie les papiers d'un conducteur à un poste de contrôle.

Une vie quotidienne bouleversée

Au-delà des traumatismes, ces témoignages racontent aussi l'effondrement progressif des moyens de subsistance. Des femmes ont expliqué qu'elles cultivaient autrefois fruits et légumes, géraient de petites activités commerciales et assuraient ainsi les revenus indispensables à leur famille.

Aujourd'hui, les postes de contrôle illégaux tenus par les gangs, les extorsions, les enlèvements et les violences sexuelles ont profondément transformé leur existence. Pour beaucoup, se déplacer, travailler ou simplement accomplir les gestes ordinaires de la vie quotidienne est devenu une source permanente de danger.

Cette insécurité généralisée s'accompagne d'une dégradation rapide des services essentiels. L'accès aux soins, à l'éducation, à l'eau potable et à l'assainissement se détériore dans une grande partie du pays. Plus de 1 600 écoles ont fermé leurs portes, tandis que près de 40 % des établissements de santé de Port-au-Prince ne sont plus opérationnels.

Dans ce contexte, l'ouverture des premières « maisons des femmes » apparaît comme une avancée rare. Mais elle souligne aussi l'ampleur d'une crise qui continue de s'aggraver, alors même que les ressources disponibles pour y répondre diminuent.

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