04/01/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/01/2026 12:55
Plusieurs rédactions en Bretagne, à l'ouest de la France, ont été ciblées par une série d'attaques malveillantes aux accents identitaires et nationalistes au cours du mois de mars. Par leur répétition et leur nature, ces actes constituent une tentative d'intimidation préoccupante envers des médias de proximité déjà fragilisés. Reporters sans frontières (RSF) se tient aux côtés de l'hebdomadaire Le Poher, du média d'investigation Splann !, de la radio associative Radio Kreiz Breizh, du quotidien régional Ouest-France et de l'hebdomadaire d'information locale L'Écho de l'Armor et de l'Argoat. L'organisation appelle la justice à sanctionner les auteurs de ces faits et rappelle l'urgence de préserver l'écosystème de l'information locale en France.
Le mois de mars a vu se répandre, sur les portes de rédactions bretonnes, des affiches à connotation nationaliste et identitaire. Des autocollants signés par le "Mouvement des patriotes bretons (MPB)", qui prône, sur sa page Facebook, des actions pour "une Bretagne plus forte, plus solidaire, plus actrice de son destin".
Deux autocollants du MPB ont été découverts sur la porte d'un centre Tir Ar Vro - maison des associations en langue bretonne - à Guingamp (Côtes-d'Armor), qui héberge notamment le média d'investigation Splann !ainsi qu'une antenne de la radio associative Radio Kreiz Breizh. C'était le 2 mars. Quelques jours après, dans la soirée du 10 mars, l'hebdomadaire d'information du Centre-Bretagne Le Poherest à son tour ciblé par ces mêmes collages sur la porte vitrée de la rédaction, située à Carhaix (Finistère). Rebelote dans la nuit du 20 au 21 mars, où l'hebdomadaire est de nouveau la cible de cet acte malveillant. L'auteur de ces faits, filmé par la caméra de vidéosurveillance du journal, a accompagné son collage d'un geste s'apparentant à un salut nazi.
Une vague d'attaques étendue à plusieurs autres médias régionaux. Le dernier en date : des collages, toujours siglés MPB, sur les portes des rédactions du quotidien régional Ouest-Franceà Guingamp et de l'hebdomadaire d'information locale L'Écho de l'Armor et de l'Argoat, le 27 mars dernier. Splann !, Le Poheret Ouest-Franceont, à la suite de ces actes malveillants, déposé plainte.
"La multiplication de ces collages haineux, leur inscription dans une rhétorique idéologique conservatrice et le ciblage des médias d'information de proximité en Bretagne laissent craindre une stratégie coordonnée d'intimidation visant à dissuader les journalistes de couvrir certains sujets. S'attaquer à des rédactions n'a rien d'anodin : ces intimidations visent à fragiliser un maillon essentiel de l'accès à l'information. Nous appelons les autorités à identifier et poursuivre rapidement les responsables, à garantir la protection des journalistes concernés et à envoyer un signal clair : aucune pression, quelle qu'en soit la forme, ne doit entraver le travail d'information. Défendre les médias de proximité, c'est défendre notre capacité à pouvoir se forger une opinion pour s'insérer sereinement dans le débat démocratique.
Les premiers collages siglés MPB sur les murs de la rédaction de l'hebdomadaire d'information du Centre-Bretagne Le Poherdatent de l'été 2024. Ils sont apparus dans la continuité de menaces reçues par les journalistes. Après une plainte déposée par l'hebdomadaire contre l'association Résistance républicaine et le militant d'extrême droite Bernard Germain, qui avaient qualifié Le Poher de "misérable torchon"et de l'un de ses journalistes de "minable petit collabo", les premières menaces contre le média breton s'accumulent, à partir du début de l'année 2023, vianotamment des courriels et des appels téléphoniques, mais aussi une fausse alerte à la bombe. Depuis, Le Pohera déposé plusieurs plaintes.
Dans son rapport France : l'information locale en première ligne, RSF rappelle l'importance des médias de proximité pour le fonctionnement démocratique tout en alertant sur les multiples pressions auxquels ils font face : leurs journalistes sont menacés, agressés, ou la cible de procédures-bâillons, tandis que les médias sont sous pression économique et sommés d'innover.