05/06/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/06/2026 09:35
Bassiknou - Longtemps perçue comme une maladie du passé, la diphtérie continue pourtant de toucher certaines régions de la Mauritanie. Situé à l'est du pays, près de la frontière avec le Mali, le camp de réfugiés de Mbera abrite des communautés particulièrement exposées, dans un contexte marqué par des déplacements fréquents de populations et des conditions de vie parfois difficiles.
Dans la wilaya (région) du Hodh El Chargui, la maladie circule dans un environnement où l'accès aux soins peut être limité, les familles partageant souvent des espaces restreints et de nombreux enfants n'ayant pas reçu toutes leurs doses de vaccin. Combinés aux mouvements de population, ces facteurs favorisent sa propagation.
Face à cette situation, le Ministère de la Santé, avec le soutien de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), travaille au plus près des équipes sur le terrain pour limiter la transmission de la maladie. L'OMS accompagne les autorités dans plusieurs régions, notamment en aidant les agents de santé à mieux reconnaître et traiter la diphtérie, à protéger les patients et le personnel soignant, et à garantir la disponibilité des médicaments essentiels. Elle appuie aussi l'organisation des soins à Fassala et dans le camp de Mbera, ainsi que les activités de vaccination autour des cas identifiés.
C'est dans ce contexte que Zeinabou, 22 ans, étudiante dans une école coranique à Mbera, a su reconnaître suffisamment tôt les signes de la maladie pour chercher de l'aide. « Les douleurs ont commencé simplement, puis la fièvre est montée, et j'ai tout de suite pensé aux cas dont on parlait autour de nous », explique-t-elle. Ce réflexe l'a conduite rapidement au centre de santé - un choix décisif dans une région où une prise en charge rapide sauve des vies.
La diphtérie est une infection bactérienne qui touche principalement la gorge et les voies respiratoires. Elle se transmet d'une personne à l'autre par la toux ou les éternuements. Sans traitement rapide, elle peut entraîner de graves complications, voire la mort. Pourtant, elle peut être évitée grâce à la vaccination, qui reste la meilleure protection.
Au centre de santé du camp de Mbera, le Dr Ghassoum Abdoulaye Wane, médecin-chef, voit cette hausse se confirmer jour après jour : derrière les chiffres, une pression constante s'exerce sur les équipes et les communautés, malgré une tendance générale à la baisse des cas depuis le début de l'année 2026. Entre le 1er janvier 2025 et le 29 mars 2026, 1 439 cas confirmés et 56 décès ont été enregistrés en Mauritanie. Quatorze wilayas sur quinze ont été affectées, avec une forte concentration dans le Hodh El Chargui, qui comptabilise 862 cas. La moughataa de Bassiknou, incluant le camp de Mbera, demeure particulièrement touchée, avec 602 cas recensés.
Dans ce même camp, Khadija, 46 ans, a été confrontée à la maladie au sein de sa famille. Elle s'occupait de sa nièce Salimata, âgée de trois ans, lorsque l'enfant est tombée malade. « Tout est allé très vite. Sa gorge était gonflée, elle avait de la fièvre et respirait difficilement. Je l'ai emmenée immédiatement au poste de santé, puis au centre de santé de Mbera », se souvient-elle.
Salimata a été hospitalisée dans une salle réservée aux personnes atteintes de diphtérie, où les soins sont gratuits et la surveillance permanente. « Les soignants étaient présents jour et nuit. Ils faisaient tout pour nous rassurer. Certains avaient même appris quelques mots dans nos langues locales pour mieux communiquer avec nous », indique Khadija. Après une semaine d'hospitalisation, l'enfant est sortie complètement rétablie.
Derrière ces histoires, un important travail s'est progressivement mis en place pour soutenir les communautés touchées. « Les déplacements de population, le nombre élevé d'enfants non vaccinés et la pression sur les structures de santé expliquent pourquoi notre district a été particulièrement touché », souligne le Dr Mohamed Souleimane Elemine, médecin-chef de la moughataa de Bassiknou.
Au centre de santé du camp de Mbera, les équipes ont dû s'adapter rapidement. Le Dr Moussa Sacko, médecin généraliste, insiste sur l'importance d'agir sans attendre. « Dès l'arrivée des patients, nous identifions rapidement les cas suspects. Ils sont orientés vers des salles dédiées et reçoivent immédiatement les soins nécessaires », explique-t-il. Malgré des moyens limités, son équipe a pris en charge 602 patients atteints de diphtérie entre 2025 et mars 2026.
Plusieurs actions ont contribué à réduire la propagation de la maladie : un meilleur suivi des cas, une prise en charge plus rapide, la disponibilité de traitements essentiels comme l'azithromycine et le sérum antidiphtérique, une meilleure protection des soignants et la vaccination des personnes à risque autour des cas identifiés. Ces efforts, soutenus par l'OMS, ont renforcé l'organisation de la réponse sur le terrain.
Selon la Dre Charlotte Ndiaye, Représentante de l'OMS, ces éléments sont déterminants pour limiter la propagation. « La circulation de la diphtérie est favorisée par une couverture vaccinale insuffisante, la présence d'enfants "zéro dose" et les déplacements fréquents des populations. Détecter rapidement les cas, bien les soigner et renforcer la vaccination permet d'éviter des formes graves et des décès », rappelle-t-elle.
Ces efforts ont déjà permis d'améliorer la situation dans plusieurs districts (moughataas). À Adel Bagrou, par exemple, la surveillance renforcée des cas et les campagnes de vaccination ont fortement limité la transmission, avec seulement quatre cas enregistrés au cours des trois derniers mois. À Bassiknou, plus de 23 000 personnes ont été vaccinées lors d'une campagne menée en janvier 2026.
Pour Zeinabou, cette expérience a changé sa façon de voir la prévention : « Avant, je ne savais pas qu'il existait un vaccin contre cette maladie. Aujourd'hui, j'en parle autour de moi, à ma famille et à mes amies. Je leur dis de faire attention et de se protéger. »
De son côté, Khadija repense souvent aux moments d'angoisse passés à l'hôpital, avant de voir sa nièce courir et jouer à nouveau : « J'ai compris que cette maladie peut être grave, surtout pour les enfants. Mais j'ai aussi vu que venir rapidement au centre de santé et suivre les soins peut vraiment faire la différence et sauver nos enfants. »
Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique
Email: dialloka [at] who.int (dialloka[at]who[dot]int)
Chargé de communication
OMS Mauritanie
tandiak [at] who.int (tandiak[at]who[dot]int)