03/26/2026 | News release | Distributed by Public on 03/26/2026 13:44
Selon le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme (HCDH), la violence et l'instabilité ont provoqué le déplacement de plus de 1,45 million de personnes dans ce pays caribéen situé sur l'île d'Hispaniola. Il s'agit d'une hausse d'un tiers en moins d'un an.
« L'accès à l'eau, à la nourriture, aux soins de santé et à l'éducation est hors de portée pour des millions d'Haïtiens, ce qui sape davantage la cohésion sociale et l'Etat de droit », a affirmé la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l'homme de l'ONU, Nada Al-Nashif.
S'exprimant devant le Conseil des droits de l'homme à Genève, Mme Al-Nashif a souligné que la violence des gangs a aggravé l'instabilité dans un pays déjà marqué par une gouvernance fragile et d'énormes besoins humanitaires.
Selon la Haut-Commissaire adjointe, des années de corruption et d'impunité ont érodé l'efficacité de la police, du système judiciaire et d'autres institutions de l'État, et affaibli la confiance du public. « Bien que certains progrès aient été réalisés, notamment le lancement d'enquêtes sur la corruption et le financement des gangs, il reste encore beaucoup à faire pour rétablir l'Etat de droit ».
Cette érosion de l'État et de ses institutions contribue à un « tourbillon de violences » qui frappe la population et se traduit par de graves atteintes aux droits de l'homme. Cette violence est alimentée par « les gangs et les soi-disant groupes d'autodéfense, mais également lié aux opérations menées par les forces de sécurité ».
Les gangs, qui contrôlent la majeure partie de la capitale Port-au-Prince, tout en s'étendant dans les départements de l'Artibonite et du Centre, « tuent, enlèvent, battent et brûlent les corps de quiconque se met en travers de leur chemin ». « Cela inclut les personnes qui résistent à l'extorsion et celles qu'ils perçoivent comme collaborant avec la police », a ajouté Mme Al-Nashif.
Cette violence généralisée ne se limite pas aux gangs : les groupes d'autodéfense et les foules s'en prennent eux aussi aux individus, exacerbant le cycle de lynchages et de meurtres qui frappe le pays. Selon le HCDH, ces groupes ont tué près de 600 personnes, certaines accusées d'appartenir à des gangs et d'autres soupçonnées d'avoir commis des délits de droit commun.
Parallèlement à cette violence des groupes armés et des foules, les forces de sécurité ont intensifié leurs opérations, entraînant elles aussi des victimes et alimentant un cycle de violations des droits humains. « Au cours de la période considérée, des policiers ont exécuté sommairement quelque 196 personnes accusées d'appartenir à des gangs ou de collaborer avec eux », a détaillé Mme Al-Nashif.
C'est dans ce climat qu'un nouvel acteur est apparu. Une société militaire privée étrangère engagée par le gouvernement utilise depuis mars 2025 des drones et des hélicoptères armés pour lutter contre les gangs. « Notre bureau a vérifié qu'au moins 60 personnes n'ayant aucun lien avec les gangs, dont 13 enfants, ont été tuées lors de ces opérations.», a déclaré la Haut-Commissaire adjointe, relevant que ces frappes pourraient constituer des « assassinats ciblés ».
L'apparition de ce nouvel acteur armé s'inscrit dans un contexte où la violence généralisée et les abus répétés continuent de dévaster les vies et menacent la stabilité du pays. Pour le HCDH, Haïti se trouve donc dangereusement au bord du gouffre. Et pour remettre le pays sur la voie de la stabilité, « un engagement financier et politique soutenu de la part de la communauté internationale est nécessaire », a insisté Mme Al-Nashif.
De son côté, l'expert désigné sur la situation des droits de l'homme à Haïti s'est inquiété du sort des milliers de personnes prises au piège dans des zones contrôlées par des gangs ou le long de lignes de front fluctuantes. Parmi elles, de nombreux enfants et adolescents sont recrutés par des gangs et grandissent ainsi dans des communautés où « la violence fait désormais partie du quotidien ».
Et ces jeunes de ces communautés vivent une double peine et sous une menace constante. Ils sont ainsi souvent stigmatisés ou soupçonnés simplement en raison de l'endroit où ils vivent - tantôt par les forces de sécurité, tantôt par d'autres membres de la population.
Cette stigmatisation permanente façonne leur quotidien et enferme ces jeunes dans des espaces de vie de plus en plus restreints. « Comme me l'a confié une jeune fille, les jeunes en Haïti sont confrontés à de nombreuses frontières invisibles dans leur vie. [Je veux simplement vivre bien et en sécurité], m'a confié une jeune fille, [car ceci est mon pays] », a déclaré William O'Neill.
Au-delà des témoignages individuels, cette réalité est perçue par les autorités comme le symptôme d'une crise bien plus profonde.
Selon la délégation haïtienne, cette situation n'est pas celle d'une crise ordinaire. Elle traduit une rupture sécuritaire profonde, alimentée notamment par des flux illicites d'armes et des réseaux criminels transnationaux qui dépassent largement les capacités d'un État fragilisé.
Port-au-Prince appelle donc à un renforcement du soutien international, notamment en matière sécuritaire, judiciaire et humanitaire, ainsi qu'à la mise en œuvre effective de l'embargo sur les armes afin « de tarir les flux illicites qui alimentent la violence ».