04/17/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/17/2026 16:11
Venue présenter au Conseil de sécurité, ce matin, le dernier rapport du Secrétaire général sur la situation au Soudan du Sud, la nouvelle Représentante spéciale et Cheffe de la Mission de l'ONU dans le pays (MINUSS), Mme Anita Kiki Gbeho, a dressé un tableau alarmant des développements récents, tant sur le plan politique que sécuritaire. Elle a aussi alerté les membres du Conseil sur le fait que la MINUSS -dont le mandat doit être renouvelé à la fin de ce mois- travaille actuellement avec des capacités réduites en raison d'impératifs budgétaires.
Nommée à ce poste le 10 avril dernier, à la suite du décès en mars de son prédécesseur, Nicholas Fink Haysom, Mme Gbeho, du Ghana, a constaté que, depuis le dernier renouvellement du mandat de la MINUSS, l'environnement opérationnel s'est « complexifié » du fait des tensions politiques, de l'escalade des incidents sécuritaires et des pressions humanitaires, défis encore aggravés par les difficultés économiques, les chocs liés au climat et les répercussions du conflit au Soudan voisin.
Après avoir pointé des « décisions politiques unilatérales » du Président Salva Kiir Mayardit, qui ont, selon elle, continué d'affecter le fonctionnement des institutions de transition, elle a qualifié de « profondément préoccupante » la situation sécuritaire, faisant état d'une intensification des combats entre les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan dans l'opposition, et d'une persistance de la violence intercommunautaire dans plusieurs États du pays.
Convaincue que les défis auxquels est confronté le Soudan du Sud « ne sauraient être résolus par des moyens militaires », elle s'est réjouie qu'un large consensus prévale parmi les acteurs politiques, la société civile et les communautés quant à la nécessité d'une transition pacifique, même si les points de vue divergent quant aux modalités. Elle a par ailleurs souligné l'engagement « crucial » de la région, saluant la nomination de l'ancien Président tanzanien Jakaya Kikwete en tant que Haut Représentant de l'Union africaine (UA), chargé de redynamiser le dialogue politique sud-soudanais.
Selon Mme Gbeho, ces évolutions coïncident avec une période d'ajustement important pour la MINUSS, dont la capacité opérationnelle s'est réduite de 25 à 30% avec la mise en œuvre du plan de contingence auquel elle est astreinte. « Une empreinte géographique réduite a nécessité une priorisation plus rigoureuse ainsi qu'un recalibrage de la manière dont la Mission s'acquitte de son mandat », a-t-elle expliqué, précisant que la Mission doit « affiner » sa stratégie de protection des civils en se concentrant sur les zones où une présence mobile a le plus grand impact préventif, notamment le Haut-Nil avec la requalification du site de Malakal.
Déplorant que la MINUSS doive faire des arbitrages dans les domaines de la protection et de l'action humanitaire, la Représentante spéciale a indiqué que la réduction des capacités de la Mission a également limité les interactions avec les autorités et les communautés locales, ce qui a eu des répercussions sur les mécanismes d'alerte précoce et de renforcement de la confiance. Toutefois, même amoindrie, la MINUSS demeure un « catalyseur essentiel de l'assistance vitale » et maintient un dispositif crédible de surveillance et de signalement des violations des droits humains.
Ces ajustements opérationnels liés à la crise budgétaire de l'ONU n'ont pas manqué de faire réagir les membres du Conseil. Au nom des A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), la RDC a plaidé pour davantage de cohérence. « L'Afrique ne demande pas moins d'engagement des Nations Unies, mais une action plus crédible, efficace et à la hauteur des enjeux », a-t-elle dit, soulignant la nécessité d'aligner les mandats ambitieux de la MINUSS avec des ressources suffisantes, une mobilité adaptée et un soutien politique constant, faute de quoi la protection des civils pourrait être compromise.
La Chine a exprimé la même inquiétude en estimant que le rôle de la Mission « ne doit pas s'éroder, au risque de compromettre sa capacité à maintenir la paix et la sécurité ».
De son côté, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence s'est alarmé de la fermeture, ce mois-ci, de la base temporaire de la MINUSS à Akobo, dans l'État du Jonglei, en raison d'un manque de financement. Selon M. Tom Fletcher, cette décision risque non seulement d'aggraver les lacunes sécuritaires existantes, mais aussi de compromettre les perspectives de retour des populations, d'alimenter de nouveaux déplacements et de restreindre encore davantage l'accès à l'aide humanitaire, alors que deux tiers de la population dépendent désormais de cette assistance pour survivre.
En écho aux appels pressants à la coopération lancés par Mme Gbeho aux autorités sud-soudanaises, plusieurs membres du Conseil ont réclamé un sursaut politique urgent, au regard de l'effritement du processus de paix. Certains s'en sont directement pris au Président Salva Kiir Mayardit, à l'instar des États-Unis qui, après avoir condamné sa gouvernance, l'ont accusé de « vouloir consolider son pouvoir à tout prix plutôt que de rechercher la réconciliation, la stabilité ou la protection de son peuple ». Des agissements, qui selon la déléguée américaine, « poussent le pays vers la guerre civile ».
La représentante des États-Unis a également reproché au Gouvernement de transition de faire obstruction à la MINUSS, un grief repris par la France, qui a appelé les autorités de Djouba à s'acquitter de ses obligations en vertu de l'Accord sur le statut des forces. « Les entraves répétées à l'action de la MINUSS sont inacceptables », a-t-elle insisté, rejointe dans ce jugement par le Royaume-Uni.
À l'inverse, la Fédération de Russie a assuré que les dirigeants sud-soudanais restent attachés à l'Accord revitalisé de 2018: leur volonté de mener à bien la période de transition par le biais d'élections prévues en décembre prochain en est « une illustration évidente ». Appelant à mettre fin à « l'idée fausse » selon laquelle le Soudan du Sud serait incapable de faire avancer le processus politique de manière autonome, la déléguée russe a estimé que le pays a « besoin d'une aide concrète et non de critiques ». Elle a salué à cet égard l'esprit constructif avec lequel l'UA et l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) ont abordé leur rôle de médiation au Soudan du Sud.
Dans la même veine, la Chine a insisté sur le respect de la souveraineté du Soudan du Sud, appelant la communauté internationale à s'abstenir de toute ingérence ou pression. Elle a également rappelé que l'Accord revitalisé sur le règlement du conflit au Soudan du Sud demeure le cadre de consensus le plus élevé entre les forces politiques et doit, à ce titre, être pleinement respecté et mis en œuvre.
Alors que le Conseil délibère sur le renouvellement du mandat de la MINUSS, Mme Gbeho a invité les membres de l'organe à préserver la capacité de la Mission à soutenir la protection, la prévention et l'engagement politique, ce qui, à ses yeux, ne diminue en rien la responsabilité qui incombe aux dirigeants sud-soudanais de mettre en œuvre l'Accord revitalisé.
Les A3 ont mis en avant la nécessité d'un mandat clair, ciblé et soutenu par des moyens adéquats, notant qu'un décalage entre ambitions et ressources risquerait de compromettre la protection des civils.
Sans se substituer aux autorités sud-soudanaises, la Mission doit aussi continuer à accompagner la mise en œuvre de l'Accord revitalisé « afin de créer les conditions politiques et sécuritaires propices, à terme, à son retrait », a estimé la France, les États-Unis appelant pour leur part à appuyer des priorités « plus réalistes », comme la protection des civils, l'assistance humanitaire, les rapports sur les droits humains et la reddition de comptes.
Appuyée par la Chine, la Fédération de Russie a, quant à elle, jugé essentiel de préserver la diversité des fonctions de la MINUSS, notamment les éléments de soutien au processus de paix, demandant au Gouvernement sud-soudanais de continuer à entretenir avec elle un « dialogue constructif ».
Se voulant rassurant, le Soudan du Sud a affirmé qu'il n'existe aucune politique délibérée pour faire obstruction au travail de la MINUSS, tout en faisant observer qu' « une coopération effective dépend avant tout d'une bonne coordination ».
La délégation a par ailleurs déploré la présence, dans le rapport du Secrétaire général, de multiples références à des « actions unilatérales » qui, a-t-elle affirmé, ne sont pas le reflet de la situation sur le terrain.
Rejetant l'accent placé sur ces « allégations infondées », le représentant sud-soudanais a souligné que les décisions prises en lien avec des questions de gouvernance et de politique nationale demeure une responsabilité souveraine du Gouvernement.
Celui-ci a l'obligation de protéger sa population dans l'ensemble du pays, et les régions de Nasir et Akobo ne sont pas des exceptions, a-t-il indiqué, tout en déplorant la persistance de l'insécurité en raison des activités des groupes armés de l'opposition et d'acteurs non étatiques.