06/23/2026 | News release | Distributed by Public on 06/23/2026 12:36
Le texte, porté par le Danemark et le Pakistan, ne crée ni tribunal ni nouveau mécanisme judiciaire. Son ambition est plus politique : empêcher que les attaques contre les personnels des opérations de maintien de la paix onusiennes sombrent dans l'oubli diplomatique après l'émotion des premiers jours.
« Les déclarations du Conseil sont importantes, les condoléances sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas », a résumé avant le vote le représentant pakistanais. Lorsque des Casques bleus sont tués ou blessés dans le cadre de missions créées par le Conseil, ce dernier doit continuer à s'intéresser au déroulement des enquêtes, à l'identification des responsables et à leur arrestation. « L'impunité pour de tels crimes ne peut être tolérée », a-t-il insisté.
Les missions de maintien de la paix onusiennes opèrent dans des environnements toujours plus hostiles. Qu'il s'agisse d'artillerie lourde, d'engins explosifs improvisés ou de drones pilotés à distance, les attaques contre leurs personnels se multiplient et gagnent en sophistication. Pourtant, les poursuites judiciaires restent rares, alimentant un climat d'impunité que le Conseil juge désormais incompatible avec la protection de ses propres opérations.
Au total, près de 4 500 Casques bleus ont perdu la vie depuis la création des opérations de maintien de la paix en 1948, dont 1 095 suite à des attaques délibérées. À l'heure actuelle, plus de 50 000 militaires, policiers et civils servent sous le drapeau des Nations Unies dans une dizaine de pays, du Liban à la République centrafricaine, en passant par Chypre et le Soudan du Sud.
ONU Photos / Mark Garten Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, lors d'une cérémonie de dépôt de gerbes en l'honneur des Casques bleus morts dans l'exercice de leur fonction, au siège de l'ONU, à New York.La résolution cherche d'abord à instaurer un suivi systématique.
Le Secrétaire général devra désormais remettre chaque année au Conseil un rapport détaillant l'état des enquêtes et des poursuites engagées après chaque meurtre ou acte de violence commis contre des Casques bleus. Un premier rapport est attendu dans les 120 jours afin de proposer des pistes pour renforcer encore ce dispositif.
Le texte prévoit également la désignation d'un coordonnateur principal au sein du Secrétariat des Nations Unies, chargé d'améliorer la coordination entre les missions, les États accueillant des missions et les pays fournisseurs de contingents, ainsi que de veiller à une utilisation plus efficace des mécanismes existants.
Le Conseil rappelle aussi avec insistance que la responsabilité première d'enquêter et de poursuivre les auteurs incombe aux États sur le territoire desquels ces attaques sont commises, tout en leur proposant un appui technique et des capacités d'enquête lorsque cela est nécessaire.
Pour le représentant du Pakistan, l'un des principaux contributeurs historiques aux opérations de maintien de la paix, avec plus de 270 000 soldats déployés au fil des décennies et 183 Casques bleus tués en mission, cette évolution répond à une nécessité concrète autant qu'à un impératif moral.
© MINUSCA / SENQRF La force de réaction rapide sénégalaise de la MINUSCA sécurise une opération de désarmement dans le nord-ouest de la République centrafricaine, où d'anciens combattants du groupe armé 3R s'apprêtent à rendre leurs armes.Au-delà des mesures techniques, les deux coauteurs ont cherché à donner à ce vote une portée politique.
« Le soutien unanime à cette résolution envoie un message fort et important », a déclaré après le vote l'ambassadrice du Danemark. « Aux plus de 50 000 personnels actuellement déployés dans les missions de maintien de la paix à travers le monde [...], il adresse un message de solidarité : ce Conseil, celui-là même qui leur confie leur mandat, se tient fermement à leurs côtés ».
Elle a également insisté sur le signal fort adressé mardi aux auteurs d'attaques. « À tous ceux qui commettraient de tels crimes, où qu'ils soient et quels qu'ils soient, [le Conseil] adresse un message sans équivoque : la communauté internationale les observe ; ces crimes ne resteront pas impunis ; les auteurs devront répondre de leurs actes et la justice suivra son cours ».
Les deux pays co-auteurs de la résolution prennent toutefois soin de ne pas présenter ce texte comme une fin en soi. « L'adoption de la résolution d'aujourd'hui ne doit pas être considérée comme un point d'arrivée, mais comme le début d'une nouvelle phase d'engagement », a souligné la diplomate danoise.
Le véritable test de la résolution commence donc. Sa portée dépendra de la volonté des pays hôtes d'enquêter, de poursuivre les responsables et de coopérer avec les Nations Unies. Et en inscrivant ce suivi à son agenda, le Conseil de sécurité accepte aussi d'être jugé sur sa capacité à rechercher la justice lorsque ceux qu'il envoie maintenir la paix deviennent eux-mêmes des cibles.