06/23/2026 | Press release | Archived content
Un groupe de journalistes hongkongais contraints à l'exil a lancé "Pulse HK", un média en ligne indépendant publiant en chinois. Cette plateforme vise à combler le vide laissé par la fermeture contrainte de médias indépendants hongkongais, dont "Apple Daily", il y a cinq ans. Reporters sans frontières (RSF) s'est entretenu avec la cofondatrice de la plateforme, Shirley Leung.
Nous allons essayer de combler ce vide médiatique en relayant des informations en provenance de Chine qui ne peuvent plus être diffusées à Hong Kong ni en Chine aujourd'hui", a déclaré Shirley Leung à RSF. Pulse HK est né de la fusion de deux médias fondés par des Hongkongais en exil - The Chaser News et Photon Media - et rassemble des journalistes basés à Taïwan, au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Ce réseau mondial permet à Pulse HK de proposer "des informations 24 heures sur 24", a expliqué Shirley Leung, qui occupait auparavant le poste de rédactrice en chef de Photon Media et avait été rédactrice en chef adjointe du journal aujourd'hui disparu Apple Daily, dont le fondateur, Jimmy Lai, est actuellement en prison.
Depuis l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale (NSL) en 2020, des dizaines de rédactions ont fermé leurs portes, dont Apple Daily, contraint de cesser ses activités le 24 juin 2021 sous la pression politique croissante. Des centaines de journalistes se sont exilés. Selon les statistiques de RSF, au moins 900 journalistes ont perdu leur emploi entre 2020 et 2024, et la plupart ont quitté Hong Kong. Et les rares journalistes qui poursuivent leur travail sur place ou en exil sont confrontés quotidiennement à du harcèlement, en et hors ligne, comme a déjà pu le documenter RSF.
Depuis son lancement fin 2025, Pulse HK s'est donné pour mission de contrer le discours et la propagande du gouvernement chinois, grâce à des reportages approfondis sur Hong Kong, la Chine et la diaspora hongkongaise ; par exemple, la une de ce mois de juin comporte un article sur l'incendie du Wang Fuk Court, un autre sur une affaire d'espionnage au Royaume-Uni impliquant Hong Kong, et encore un autre sur l'intelligence artificielle et la sécurité nationale.
L'équipe rédactionnelle compte d'anciens journalistes d'Apple Daily, comme Shirley Leung, et de la chaîne américaine Radio Free Asia (RFA) - mise sous silence, elle, par les restrictions budgétaires de l'administration Trump. "Il est essentiel de disposer d'un média indépendant axé sur Hong Kong mais basé à l'étranger, à l'abri des pressions gouvernementales", insiste Shirley Leung.
"Comme nous l'avons observé, les médias traditionnels de Hong Kong ont tendance à relayer des informations qui s'alignent sur la position du gouvernement, manquant d'angles critiques et devenant largement les porte-voix des autorités. Parallèlement, les petits médias indépendants luttent pour leur survie tout en subissant des pressions sous forme de contrôles fiscaux et de mesures visant les proches de leurs journalistes, continue-t-elle. Les affaires récentes comme l'incarcération du journaliste chevronné Ronson Chan et la détention, l'expulsion et le harcèlement du journaliste français Antoine Vedeilhe illustrent son propos.
"En pratiquant un journalisme indépendant en exil, Pulse HK préserve l'esprit d'une presse libre que Pékin et les autorités de Hong Kong ont tenté d'étouffer par la fermeture de médias indépendants, notamment Apple Daily. Leur travail courageux est essentiel pour préserver le droit à l'information des Hongkongais et de la diaspora. Nous nous tenons aux côtés de Pulse HK et des autres médias indépendants qui, malgré les pressions constantes, mènent à bien la difficile tâche d'enquêter sur la politique hongkongaise, et nous exhortons la communauté internationale à soutenir les journalistes en exil et à les protéger de l'emprise de Pékin.
La répression transnationale touche les médias en exil
Consciente que la répression de Pékin s'étend au-delà de ses frontières, Shirley Leung affirme que la sécurité et l'anonymat de ses journalistes constituent une "préoccupation majeure". "À mesure que la répression transnationale exercée par les autorités s'intensifie, les reporters hongkongais travaillant à l'étranger sont exposés à des situations de plus en plus dangereuses."
En septembre 2024, The Chaser News aurait été confronté à des "attaques soutenues par le gouvernement" visant son compte de messagerie professionnel. Avant même son lancement, le média de propagande d'État Ta Kung Pao s'en est pris à Pulse HK, affirmant, le 4 août 2025, que celui-ci s'inscrivait dans le cadre d'une "guerre de propagande idéologique". Pulse HK a également fait l'objet de tentatives de piratage au cours du premier semestre 2026, son site web ayant détecté de multiples cyberattaques. Des pirates ont tenté de s'introduire sur le site et de le mettre hors service. Cependant, des mesures de sécurité étaient déjà en place et les attaques ont échoué.
Pressions financières
Selon Shirley Leung, dès le début de ses activités, Pulse HK a lancé une campagne de financement participatif sur une plateforme tierce, qui s'est déroulée sans encombre pendant six mois. Mais, en juin 2026, le projet a soudainement attiré une vague de dons suspects provenant de comptes basés en Afrique, en Amérique du Sud et dans d'autres régions où le média n'a que peu, voire aucun public cible. Ces comptes effectuaient des dons puis les retiraient immédiatement. En conséquence, la plateforme a signalé cette activité comme suspecte et a brusquement mis fin à la campagne de collecte de fonds sans fournir aucune explication. Pulse HK a ainsi perdu l'un de ses principaux canaux de dons.
Depuis l'adoption par le régime chinois de la loi sur la sécurité nationale en juin 2020, le gouvernement de Hong Kong mène une campagne sans précédent contre le droit à l'information. Le gouvernement chinois s'est appuyé sur cette loi et d'autres textes législatifs pour poursuivre au moins 28 journalistes, dont huit sont toujours détenus sur le territoire, parmi lesquels figure Jimmy Lai.
Hong Kong occupe la 140ᵉ place du Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF, après avoir chuté de la 18ᵉ place en l'espace de deux décennies seulement. La Chine elle-même se classe 178ᵉ sur les 180 pays et territoires étudiés.