University of Geneva

05/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/20/2026 03:17

Un rapport scientifique appelle à la transformation urgente du système humanitaire

Un rapport scientifique appelle à la transformation urgente du système humanitaire

Publié le 20 mai 2026

Présenté le 20 mai à Genève, le rapport de la Commission CHH-Lancet sur la santé, les conflits et les déplacements forcés, coprésidée par le Centre d'études humanitaires de l'UNIGE, révèle que plus d'un tiers des personnes dans le besoin ne bénéficient pas d'assistance.

Les déplacements forcés de population atteignent des records alors que les montants alloués ont drastiquement diminué. © Adobe Stock

Face à l'intensification des conflits, à la multiplication des déplacements forcés et à l'impunité des violations du droit international, le système humanitaire mondial ne parvient plus à remplir sa mission de protection des populations à large échelle. Ce sont les conclusions du rapport de la Commission CHH-Lancet sur la santé, les conflits et les déplacements forcés, auquel l'Université de Genève (UNIGE) a activement contribué. Cette analyse, présentée le 20 mai à l'Institut de santé globale de l'UNIGE dans le cadre du Geneva Health Forum, formule des recommandations audacieuses pour repenser en profondeur la conception, la gestion, le financement et la mise en œuvre des interventions sanitaires humanitaires dans certains des contextes les plus difficiles au monde.

Lancée en 2024, la Commission CHH-Lancet sur la santé, les conflits et les déplacements forcés est une collaboration entre le Johns Hopkins Center for Humanitarian Health et la revue scientifique médicale The Lancet. Elle réunit 21 commissaires et 21 jeunes scientifiques - dont beaucoup proviennent de pays à revenu faible ou intermédiaire - ayant pour mission d'analyser l'impact croissant des conflits armés et l'ampleur sans précédent des déplacements forcés sur la santé dans le monde.


Dans un rapport présenté le 20 mai à Genève, la commission révèle que le Global Humanitarian Overview 2025 - l'estimation officielle des besoins et des financements humanitaires mondiaux pour 2025 par l'ONU - est passé en cours d'année de 44 à 29 milliards de dollars, illustrant un effondrement préoccupant des ressources alors que les besoins atteignent des niveaux sans précédent.

Dans les zones de conflit, la majorité des décès ne résulte pas directement de la violence, mais de l'effondrement des systèmes de santé essentiels.

152 millions de personnes sans secours

Ainsi, sur les 239 millions de personnes qui auront besoin d'une assistance humanitaire en 2026, à peine 87 millions devraient recevoir un soutien vital. «Dans les zones de conflit, la majorité des décès ne résulte pas directement de la violence, mais de l'effondrement des systèmes de santé essentiels. L'interruption des campagnes de vaccination, des soins maternels et du traitement des maladies chroniques transforme des pathologies pourtant évitables en causes majeures de mortalité», explique Karl Blanchet, directeur du Centre d'études humanitaires et professeur ordinaire à la Faculté de médecine de l'UNIGE, qui copréside la commission.

Parallèlement, les attaques et entraves contre les soins de santé atteignent des niveaux record: 3 663 incidents ont été recensés en 2024, un nombre en constante hausse depuis plusieurs années. Le personnel médical est de plus en plus pris pour cible, tandis que l'accès à l'aide humanitaire est instrumentalisé à des fins politiques.


Enfin, le financement de l'aide humanitaire et de la santé mondiale est désormais largement influencé par des considérations de sécurité nationale et de politique étrangère, plutôt que par les besoins réels des populations. Ce glissement rend le système plus sélectif, imprévisible et profondément politisé.


«Derrière chaque statistique de ce rapport se trouve une personne qui a été abandonnée par un système censé la protéger. Le monde dépense aujourd'hui environ 100 fois plus pour le secteur militaire que ce qu'il faudrait pour répondre aux besoins humanitaires les plus vitaux. Ce n'est pas un problème de ressources - c'est un choix politique que nous avons le pouvoir de changer», déclare le professeur Paul Spiegel, président de la commission et directeur du Johns Hopkins Center for Humanitarian Health.


Quatre recommandations urgentes

Face à ce constat alarmant, le groupe d'expertes et d'experts appelle à quatre actions urgentes:


Inverser le rapport de force: placer les communautés affectées - et non les bailleurs de fonds ou la géopolitique - au centre des décisions et de l'allocation des ressources. Les acteurs internationaux doivent justifier leur présence sur le terrain et transférer progressivement l'autorité aux responsables locaux, selon un calendrier clair et contraignant. Le système humanitaire des Nations unies doit être consolidé autour d'une structure unique, pleinement redevable.


Mettre fin à l'impunité: les attaques contre les populations civiles, le personnel de santé et les infrastructures médicales doivent entraîner des conséquences concrètes. Une alliance mondiale pour la protection de la santé est nécessaire afin de réunir États, agences onusiennes et organisations non gouvernementales, et d'intervenir lorsque les protections sanitaires sont violées.


Réformer le financement: les financements doivent être guidés par les besoins humanitaires, et non par des priorités politiques ou stratégiques. Cela implique la mise en place d'un fonds mondial indépendant, distinct des agences onusiennes et des bailleurs bilatéraux, avec des allocations fondées sur l'équité. L'extension des programmes d'aide en espèces doit permettre de renforcer l'autonomie des populations affectées et de soutenir les économies locales. Enfin, le financement humanitaire doit être mieux intégré aux systèmes nationaux de protection sociale afin d'inclure les populations déplacées, plutôt que de les gérer via des mécanismes parallèles.


Garantir la santé pour toutes et tous: La guerre ne suspend pas le droit à la santé - elle en renforce l'urgence. Chaque décision doit être ancrée dans ce droit fondamental, en garantissant un accès équitable, en particulier pour les populations les plus vulnérables. La continuité des soins doit devenir la norme: l'interruption des services essentiels - qu'il s'agisse des traumatismes, de la santé maternelle, des maladies chroniques ou de la santé mentale - doit être considérée comme un échec systémique. Les systèmes de santé doivent également intégrer la résilience climatique et veiller à ce que les innovations technologiques servent avant tout les besoins des communautés.


À la suite du lancement mondial du rapport à Genève, la commission organisera cinq événements entre juin et juillet 2026, à Washington, Dakar, Nairobi, Amman et Bogotá. Ces rencontres réuniront les commissaires, partenaires, décideurs et décideuses politiques, praticiens et praticiennes ainsi que les communautés affectées, afin d'ancrer les conclusions du rapport dans les réalités régionales et de définir des actions pour les années à venir.

Contact

Karl Blanchet
Professeur ordinaire / Directeur
Centre d'études humanitaires
Faculté de médecine
UNIGE
Karl.Blanchet(at)unige.ch

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