IMF - International Monetary Fund

07/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/21/2026 06:18

L’Afrique peut accélérer sa croissance grâce à l’IA, à condition d’agir sans tarder

Au Kenya, un agriculteur reçoit des bulletins météo et des conseils de culture sur un simple téléphone portable. Au Nigéria, un enseignant utilise un agent conversationnel pour aider ses élèves à rattraper leur retard en mathématiques. L'administration fiscale sud-africaine analyse les données pour mieux cibler ses contrôles fiscaux. Ce n'est pas de la science-fiction digne de la Silicon Valley, mais les premiers signes d'une transformation plus vaste que l'intelligence artificielle pourrait apporter à l'Afrique subsaharienne.

L'IA va transformer l'économie mondiale. La question qui se pose à l'Afrique est de savoir si elle va surfer sur cette vague, ou bien se laisser distancer.

Un potentiel de transformation

Nos recherches montrent que l'IA est porteuse de promesses, mais présente des risques et des défis importants. Compte tenu de l'état actuel de préparation de la région, nous estimons que l'IA ne contribuera qu'à hauteur de 0,2 % de son PIB au cours de la prochaine décennie, soit à peine plus qu'une erreur d'arrondi. En revanche, si les pays parviennent à poser les bases nécessaires pour accélérer l'adoption de l'IA et étendre son impact au-delà des entreprises déjà passées au numérique, les gains pourraient atteindre environ 4 % en dix ans, soit près d'un demi-point de pourcentage de croissance de plus par an.

Cette croissance supplémentaire est essentielle car l'emploi constitue un enjeu énorme en Afrique. D'ici 2030, la moitié environ des nouveaux arrivants sur le marché du travail mondial viendront d'Afrique subsaharienne. Cependant, la question qui se pose n'est pas seulement le nombre d'emplois nécessaires, mais aussi leur qualité. La plupart des travailleurs sont encore employés dans des microentreprises du secteur informel ou dans la petite agriculture, où la productivité est bien inférieure à celle des entreprises du secteur formel.

Dans la région, le principal atout de l'IA n'est pas qu'elle remplacera les employés de bureau, mais qu'elle dopera la productivité dans l'ensemble de l'économie : elle aidera les entreprises du secteur informel à gérer leurs stocks, permettra aux agriculteurs d'augmenter leurs rendements et accompagnera les entreprises de taille moyenne dans leur transition vers le secteur formel et l'exportation.

Le risque, c'est que ce soit le contraire qui se produise. L'adoption de l'IA en Afrique subsaharienne est actuellement en retard par rapport à toutes les autres régions. Si les pays plus riches prennent de l'avance tandis que les entreprises et les pouvoirs publics d'Afrique restent à la traîne, l'écart de productivité avec le reste du monde ne fera que se creuser.

C'est peut-être là où l'on s'y attend le moins que l'IA apportera ses plus grands avantages. Aujourd'hui, les débats portent principalement sur les programmeurs, les consultants et les centres d'appels. Or en Afrique, la question centrale est de savoir si l'IA peut être mise à profit dans les exploitations agricoles, les écoles, les dispensaires, les petites entreprises et les services fiscaux.

L'agriculture est le plus grand défi. Ce secteur emploie une grande partie de la main-d'œuvre de la région, mais les rendements agricoles restent bien en deçà de leur potentiel. Les outils d'IA peuvent fournir aux agriculteurs des conseils pratiques et peu coûteux : quand semer, quelle quantité d'engrais utiliser, comment repérer les ravageurs et comment faire face aux chocs climatiques. Au Kenya par exemple, une plateforme d'observation agricole qui fournit en temps réel des informations météorologiques et des données sur la gestion des cultures éclaire les décisions des agriculteurs. Des essais menés au Ghana, au Nigéria, en Ouganda et au Rwanda donnent à penser que les services de conseils numériques peuvent augmenter les rendements, en particulier lorsqu'ils sont associés à des intrants de meilleure qualité. Des résultats analogues obtenus en Afrique du Sud grâce à la surveillance des cultures assistée par l'IA montrent que cette technologie peut accroître les rendements tout en réduisant le gaspillage.

Ce potentiel ne se limite pas à l'agriculture. Dans le domaine de l'éducation, un tutorat par IA, voire de simples outils d'apprentissage par SMS, peuvent aider les élèves si les enseignants font défaut. Des programmes pilotes menés récemment au Nigéria montrent que s'il est bien conçu, un tutorat à l'aide d'un agent conversationnel permet d'améliorer considérablement les acquis. Au Rwanda, des projets de renforcement des compétences numériques et le développement de la connectivité dans les écoles démontrent que l'IA peut contribuer à un projet plus vaste d'amélioration des compétences.

Dans le secteur de la santé, l'IA ne remplacera pas les infirmiers et les médecins très sollicités en Afrique, mais elle peut les aider à accroître leur capacité de prise en charge en facilitant le triage, le diagnostic et le suivi des patients.

Dans le domaine des finances publiques, l'analyse de données basée sur l'IA aide déjà les pouvoirs publics, du Kenya à l'Afrique du Sud, à renforcer la discipline fiscale et à mobiliser les recettes au service du développement.

L'Afrique a déjà brûlé des étapes par le passé. L'argent mobile a connu le succès sans attendre que chaque foyer ait accès à une agence bancaire. En effet, il a fait appel à une technologie dont tout le monde disposait, le téléphone portable, pour atteindre ceux que le système bancaire traditionnel avait laissés pour compte. L'IA pourrait contribuer à réaliser le prochain bond en avant, à condition d'être abordable et utile, et d'inspirer confiance dans le contexte africain.

Tenir les promesses de l'IA

Pour adopter l'IA, deux priorités s'imposent.

Tout d'abord, les pays doivent jeter les bases d'une adoption à grande échelle. L'IA repose sur un approvisionnement électrique fiable, un accès abordable au haut débit, des infrastructures de données adéquates et une main-d'œuvre dotée de compétences numériques. Il faut à cet effet investir dans l'électricité et la connectivité, soutenir les infrastructures régionales de données lorsque cela est viable et renforcer les aptitudes dans les domaines du numérique et de l'IA par l'éducation et la formation. Les pays africains n'ont pas besoin d'élaborer les modèles d'IA les plus puissants au monde, mais ils doivent être capables d'adopter, d'adapter et de déployer rapidement l'IA.

Deuxièmement, il faut instaurer la confiance et changer d'échelle.

L'IA peut creuser les inégalités si ses avantages se concentrent entre les mains des grandes entreprises, des travailleurs qualifiés et des pôles urbains. En outre, elle est source de risques liés à la confidentialité, la cybersécurité, la désinformation et la dépendance vis-à-vis de prestataires étrangers. Les États doivent établir des règles claires et concrètes en matière de données, de concurrence, de protection des consommateurs, de cybersécurité et d'utilisation de l'IA par le secteur public. Il sera également essentiel de coopérer au niveau régional. De nombreuses économies africaines sont trop petites pour mettre en place à elles seules des écosystèmes d'IA. Mais ensemble, elles peuvent atteindre l'échelle nécessaire pour mettre en place les infrastructures, les normes en matière de données, la réglementation et les marchés dont elles ont besoin.

En Afrique, l'IA ne se résume pas à une simple question de politique technologique : elle est au cœur de la stratégie de croissance de la région. L'Afrique n'a pas besoin de remporter la course aux modèles d'IA de pointe, mais elle doit trouver les moyens d'utiliser l'IA à grande échelle, à moindre coût et en toute sécurité. La marge de manœuvre est étroite. L'Afrique est à la croisée des chemins : sa main-d'œuvre, jeune et en pleine croissance, trouvera des emplois plus productifs, ou restera spectatrice en voyant l'écart de productivité mondial se creuser davantage. L'issue de ce dilemme ne se jouera pas dans la Silicon Valley, mais dans les choix que feront les États, les écoles, les exploitations agricoles et les entreprises, de Dakar à Dar es Salam.

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Martin Schindler est conseiller, Nikola Spatafora est économiste principal et Andrew Tiffin est chef de division adjoint. Ils travaillent au département Afrique du FMI.

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Ce billet de blog s'inspire d'un article intitulé « Unlocking the Potential: AI in Sub-Saharan Africa » rédigé par une équipe du FMI dirigée par Martin Schindler et Andrew Tiffin, sous la direction d'Andrea Richter Hume, composée de Kamil Dybczak, Marwa Ibrahim, Youssouf Kiendrebeogo, Jacinta Bernadette Shirakawa, Nikola Spatafora et Solo Zerbo.

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