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Prime Minister of the French Republic

03/25/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/26/2026 18:14

Déclaration sur la situation au Proche et Moyen-Orient

Merci beaucoup, Madame la Présidente de l'Assemblée nationale.

Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères, Monsieur le Président de la Commission de la Défense, avant toute chose, je veux rendre une nouvelle fois hommage au Major Arnaud FRION, mort pour la France en Irak, ainsi qu'à nos militaires blessés dans l'accomplissement de leur mission. Je veux dire à sa famille, à ses proches, à ses frères d'armes, la solidarité de toute la nation et sa reconnaissance. Cet hommage n'est pas un préambule, il dit déjà à bien des égards l'essentiel. Car ce qui se joue aujourd'hui au Proche et au Moyen-Orient n'est pas une crise lointaine.

Ce n'est pas une crise de plus. C'est une guerre qui s'étend, qui frappe des infrastructures civiles, qui menace la sécurité maritime et qui déstabilise durablement toute une région et qui peut aller jusqu'à une forme, on le sait, on le redoute, de globalisation. Ce serait facile, dans un tel moment, de s'abandonner, de se contenter d'une forme de découragement et de peindre l'avenir en noir. Facile de décrire un monde livré à la force brute, à la loi du plus fort, à la domination des rapports de puissance. Facile de dire une humanité toujours plus dépendante des malédictions de l'or noir. Ce serait vrai, mais ce serait insuffisant, car le rôle du Gouvernement n'est pas de commenter le chaos du monde, il est d'agir. D'agir pour protéger les Français, d'agir pour défendre les intérêts de la nation, d'agir avec nos partenaires, et d'assumer devant vous et avec vous les conséquences particulièrement complexes que cette situation nouvelle impose à notre pays.

Car oui, cette crise nous concerne directement. Elle nous concerne par les centaines de milliers de Français présents dans la région. Elle nous concerne par nos forces déployées. Elle nous concerne par nos partenaires stratégiques avec qui nous avons des intérêts communs. Elle nous concerne par la lutte contre le terrorisme et contre la prolifération nucléaire. Elle nous concerne par la liberté de navigation. Elle nous concerne enfin, évidemment, par l'énergie, donc par notre économie et par le pouvoir d'achat des Français.

Elle interroge donc profondément nos dépendances. Et de cette réalité découlent pour la France deux conséquences immédiates et concrètes que je veux détailler devant vous à la faveur de ce débat. La première est naturellement, Madame la ministre, militaire. La seconde est énergétique.

La première conséquence est militaire parce que la France est présente historiquement dans la région, parce qu'elle agit, parce qu'elle doit assumer ses responsabilités globales. Aujourd'hui, plus de 5 000 soldats, marins et aviateurs sont engagés au Proche et au Moyen-Orient. Au sud Liban, 700 militaires français sont engagés au sein de l'opération de maintien de la paix de la FINUL. Nous sommes aussi présents en Irak, en Jordanie avec l'opération Chammal de lutte contre Daech et de formation de nos partenaires. Nous avons des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis. Dans ce dernier pays, 1 000 militaires sont déployés au sein d'un régiment cuirassier, d'une base navale et d'une base aérienne.

Dès le début de la crise, des capacités aériennes et des moyens de défense sol-air ont été envoyés en renfort. Ils ont contribué à la protection de l'espace aérien des Émirats. Enfin, la Marine nationale engage un volume de bâtiments importants, articulés autour du groupe aéronaval Charles de Gaulle, de frégates, de portes d'hélicoptères amphibies. Ils sont déployés en Méditerranée orientale, en Mer Rouge et dans l'océan Indien. Ils assurent des missions de renseignement, de surveillance et de protection en mer et dans les airs, c'est-à-dire de réassurance au profit de nos alliés et partenaires dans la région.

La France est un partenaire fiable, nos armées sont réactives, et peu d'armées sont capables de se déployer comme les nôtres aussi rapidement. La France l'a fait, et si la France est écoutée, c'est parce qu'elle est sur place, et bien souvent, on finit par n'écouter que ceux qui sont sur place. Ce choix a un sens, mais il a aussi clairement un prix.

Et c'est précisément pour cela que nous devons en tirer toutes les conséquences. Je veux ici remercier le Parlement d'avoir adopté il y a trois ans la Loi de programmation militaire. Entre 2017 et 2027, le budget de nos armées aura doublé. Ce n'est pas un détail, c'est un choix stratégique et il est structurant. Mais ce choix doit aujourd'hui être amplifié. La guerre au Proche et au Moyen-Orient, comme celle en Ukraine, nous montre une chose simple, le retour des conflits de moyenne et haute intensité et avec lui le retour des exigences de masse, d'agilité, de vitesse et d'endurance, mais aussi de sauts technologiques aussi brutaux qu'essentiels, sans oublier les fonctions de soutien et de préparation des forces qui ont hélas trop fait les frais des décisions prises dans les années 2000.

Mesdames et Messieurs les députés, il faut accélérer l'examen de la Loi de programmation militaire et sa mise à jour. C'est pourquoi elle sera actualisée dès le mois d'avril sous l'autorité de la ministre. Elle sera présentée au Conseil des ministres du 8 avril prochain et inscrite la semaine du 4 mai à l'Assemblée nationale et du 1ᵉʳ juin au Sénat. Je remercie les parlementaires d'accepter cette accélération et cette modification, Monsieur le Président Jean-Michel JACQUES, du calendrier, mais vous le savez, plus que quiconque en tant que vous-même, ancien combattant, nous ne pouvons pas attendre. L'urgence, ce sont évidemment les munitions. Nous prévoyons d'investir 8,5 milliards d'euros supplémentaires de commandes entre 2026 et 2030, qui s'ajoutent aux 16 milliards d'euros de la LPM votée en 2023. C'est indispensable et je veux que chacun s'en rende compte, c'est colossal. Au total, c'est comme si le budget annuel des armées, au début des années 2000, avait été exclusivement consacré à l'achat de seules munitions. Cette Loi de programmation militaire mise à jour aura consacré ainsi aux munitions un effort financier quatre fois plus important que la loi précédente. L'effort portera aussi sur la défense sol-air, avec le meilleur système désormais de défense au monde, sur l'alerte avancée, sur les drones, et en particulier la lutte anti-drone, dont les drones intercepteurs et les munitions téléopérées, qui doivent pouvoir être enfin produits en masse et à coût maîtrisés.

Car, Mesdames, Messieurs les députés, nous devons revoir désormais plus profondément nos modèles. Quand un drone à quelques milliers d'euros mobilise un missile à plusieurs millions, c'est toute notre conception de l'armement qu'il faut repenser. C'est un des enseignements de cette guerre, comme pour l'Ukraine. Plusieurs sociétés innovantes françaises sont en capacité désormais de produire des drones intercepteurs. J'inaugurerai avec la ministre Catherine VAUTRIN dans l'Essonne, dans les prochaines semaines, une nouvelle usine de production d'où sortiront des milliers de drones par mois. C'est un des effets des décisions que nous avons prises, et je vous en remercie. Quantité et qualité, coût et efficacité, innovation et rapidité, munition de saturation, mais aussi munition de précision et donc de décision. C'est un enjeu militaire, c'est aussi un enjeu industriel et donc un enjeu de souveraineté et donc, de liberté.

Et cette priorité appelle, Mesdames et Messieurs les députés, de nouveaux investissements urgents, décidés et proposés par le Gouvernement. D'abord, pour aider à la transformation de notre industrie civile, avec un nouveau plan industrie dual de 300 millions d'euros. Pour relocaliser des chaînes de production de composants critiques utiles à la défense nationale, pour en moderniser d'autres et pour aider les industries civiles à investir dans l'innovation de défense, les industriels prennent des risques pour la défense du pays. Donc, l'État doit les aider davantage. Les ministres présenteront précisément ce plan dans les tout prochains jours. Ensuite, avec la création imminente de la plateforme France Munitions, qui sera un grossiste de munitions inédit pour répondre aux besoins des armées françaises mais aussi de nos alliés et bien entendu de nos nombreux clients à l'export. Elle permettra de massifier les commandes aux industriels, donc d'accélérer enfin la transformation de l'outil de production industrielle et finalement donc d'augmenter la production de munitions en France. C'est indispensable. Le financement devra être assuré à la fois par l'État, mais aussi par de l'argent privé, des investisseurs privés, car ils ont aussi une responsabilité désormais claire, identifiée dans l'effort de réarmement.

D'autres mesures seront présentées par les ministres de l'Économie et des Armées dès demain. C'est la première fois, je le souligne, depuis très longtemps, que les ministères civils se mobilisent autour du ministère des Armées. C'était une des conditions pour réussir, nous y sommes enfin arrivés. Cet effort passera aussi par une mobilisation européenne. Car si la défense est une affaire d'indépendance, et donc relève, je le redis, de la compétence des seuls États, il serait par ailleurs absurde d'avoir, dans un marché commun, de ne pas organiser entre États européens une stratégie industrielle et financière beaucoup plus cohérente.

La Base industrielle et technologique de défense européenne est une nécessité, nous le savons. Elle est aussi surtout une opportunité pour la France, car nos industries doivent se montrer plus offensives auprès de nos voisins immédiats. Il n'y a pas de fatalité et elles doivent donc, en conséquence, adopter leur stratégie. Alors, pourquoi ces décisions comptent-elles aujourd'hui ? Parce que si la France est présente en Méditerranée, dans le Golfe, au Liban, à Djibouti, en Roumanie, dans la Baltique, c'est parce que des décisions ont été prises hier ou avant-hier par nos anciens. Nous ne décidons jamais seulement pour aujourd'hui, nous décidons pour les crises de demain. Nous ne décidons jamais pour le temps d'une gestion de crise, à court terme ou d'une guerre, mais pour les suivantes sur le long terme.

Au fond, la conclusion est simple. Si nous voulons être indépendants conformément à l'héritage gaulliste et entretenu depuis lors par tous les présidents de la République, nous devons être capables de nous défendre par nous-mêmes. Et si nous voulons être capables de nous défendre par nous-mêmes, nous devons investir encore davantage pour maintenant, mais aussi pour demain.

Mais, Mesdames et Messieurs les députés, cette réponse ne peut pas être seulement budgétaire. Elle est aussi organisationnelle, elle est aussi juridique, elle est aussi nationale et donc politique, intellectuelle et culturelle. Car la réalité des crises contemporaines est claire. Elles sont rapides, hybrides, imprévisibles. Elles mêlent le militaire, l'économique, le cyber, l'informationnel, l'énergie. Elles visent nos intérêts, mais aussi nos capacités collectives à réagir. Elles se cumulent plus qu'elles ne se succèdent. Face à cela, l'État doit être prêt, se préparer, se mettre à jour.

C'est le sens du nouveau régime d'état d'alerte de sécurité nationale que nous vous proposerons dans la loi de programmation militaire. Un nouveau cadre qui permettra, en cas de menace et lorsque les circonstances l'exigent, d'adapter temporairement nos règles pour accélérer les décisions, simplifier les procédures, élever les blocages qui ralentissent aujourd'hui la conduite de nos projets stratégiques. C'est le sens d'autres mesures qui vous seront proposées par le Gouvernement sur la lutte anti-drone, la gestion des stocks stratégiques ou les réserves pour lesquelles nous poursuivrons nos efforts. Car il ne serait pas acceptable que, face à une menace imminente, la nation soit entravée par ses propres lenteurs. Nos compétiteurs ne s'imposent pas ces contraintes. Nous ne pouvons pas être les seuls à nous les imposer lorsque notre sécurité est en jeu. Il ne s'agit certainement pas de remettre en cause l'État de droit, il s'agit tout simplement de lui donner, enfin, les moyens d'être efficaces en temps de crise. Cela vaut pour la production de munitions, cela vaut pour les programmes industriels de défense, cela vaut aussi pour la mobilisation de nos capacités civiles et militaires. Au fond, il s'agit d'une même exigence : adapter un État conçu pour le temps de paix à un monde qui ne l'est plus tout à fait.

La mise à jour de la programmation militaire ne sera donc pas que budgétaire. Elle viendra tirer des conclusions plus profondes sur notre organisation pour nous adapter aux crises actuelles et futures et en confrontant plus que jamais l'État militaire à sa composante civile.

Mesdames et Messieurs les députés, la deuxième conséquence est évidemment énergétique, autant qu'elle compose notre indépendance, comme les sujets militaires. Car le premier effet de cette guerre, pour les Françaises, pour les Français, c'est évidemment, incontestablement, le prix de l'énergie. Mais, pour bien comprendre ce qui se joue, il faut mettre les mots précis, remettre de l'ordre et de la clarté sur ce qui se passe. D'abord, nous sommes face à une crise de volatilité des cours. Une volatilité liée à l'imprévisibilité des acteurs de ce conflit, y compris parmi nos propres alliés. Une volatilité liée à l'incertitude sur sa durée. Une volatilité, enfin, alimentée par des comportements spéculatifs qui amplifient les mouvements de marché et importent de facto une inflation venue de l'extérieur.

Mais au fond, cette crise est avant tout, et pour l'instant, une crise de la circulation. Car ce qui est en cause aujourd'hui, ce sont les routes maritimes, c'est la liberté des tankeurs, ce sont les flux. Le détroit d'Ormuz, par lequel transite une part essentielle du pétrole et du gaz mondiale, est plus que sous tension, vous le savez. Les déclarations d'hier de l'Iran sur le passage désormais possible des navires non hostiles, je cite, est peut-être un signe d'un changement de phase dans cette crise. Il nous faut bien entendu rester vigilants, prudents, pour ne pas dire plus. Les déclarations les plus contradictoires s'enchaînant presque sans trêve depuis trois semaines, alimentant donc, une fois encore, cette volatilité des prix. Et nous devons tout faire pour que cette crise de circulation ne devienne pas une crise de la production. Car si les infrastructures énergétiques venaient à être durablement frappées dans la région, dans une escalade tant verticale qu'horizontale, nous l'avons vu ces 48 dernières heures, alors nous changerions de nature de crise. Nous basculerions dans une crise plus profonde, plus systémique, plus durable, beaucoup plus difficile à maîtriser.

Mais, je veux être très clair devant la représentation nationale, il n'y a pas aujourd'hui de risque de pénurie pour notre pays. Nos approvisionnements sont sécurisés, nos stocks pétroliers sont mobilisables, notre système tient. Nous ne sommes pas dans la même situation qu'en 2022 ou 2023 où nous avions une dépendance vis-à-vis de la Russie. Et notre parc nucléaire est dans une situation de rendement bien supérieure par rapport à l'année 2022.

Nous sommes face, Mesdames et Messieurs les députés, à un problème de coût de l'énergie, pas à un problème d'accès à l'énergie. Et c'est précisément sur ce terrain que le Gouvernement oriente et adapte son action sous l'autorité des ministres concernés. Il s'agit et il agit évidemment en aval, là où les Français subissent directement les effets de la crise. Nous avons engagé un travail étroit avec les distributeurs pour maîtriser les marges et éviter tout effet d'aubaine. Nous disposons d'outils de coercition, mais le dialogue a été privilégié depuis le début de la crise, et il faut le reconnaître et le souligner, il a produit des résultats.

Mais, je le dis avec la même clarté qu'au début de la crise, je veux poser un principe simple : les prix ne peuvent pas monter très vite quand les marchés s'emballent et redescendre beaucoup plus lentement quand ils se détendent. C'est une question de respect du consommateur. Ce principe, nous le ferons respecter. Et les agents de la DGCCRF se sont pleinement mobilisés. Les contrôles, vous le savez, sont massifs, autant que nous le souhaiterions, mais en tout cas, je le redis, ils ont produit des effets. Et nous n'hésiterons pas à utiliser tous les outils à notre disposition si cela est nécessaire. Mais nous agissons aussi sur la chaîne de production et de transformation. C'est le sens de la décision qui a été prise en début de semaine de permettre à la raffinerie de Gravenchon d'augmenter ses capacités. Parce que dans une crise comme celle-ci, chaque maillon compte, approvisionnement bien entendu, raffinage et distribution.

Je veux également évacuer une piste d'emblée sans esprit polémique. Aucun chèque général, aucune mesure globale à l'aveugle ne seront efficaces dans la crise actuelle. Cela a été tenté par le passé, c'est très coûteux pour les finances publiques. Et derrière un chèque, très vite se cache en général un impôt ou une répercussion très grave pour les déficits publics. Pour ceux parfois avides de mimer ce que font nos voisins européens sans regarder ce qu'ils font réellement dans le détail, je rappelle que l'Italie a annulé des crédits du ministère de l'Éducation nationale, de l'Intérieur et de la Santé pour financer ces récentes mesures de remise à la ponte. C'est aussi une leçon que nous avons collectivement tirée des débats budgétaires de cet automne et je rappelle qu'on ne peut pas ici souligner la singularité de notre modèle énergétique et nous comparer avec des pays voisins qui dépendent bien davantage que nous des pays du Golfe et singulièrement du gaz venu du Qatar pour l'Italie.

Beaucoup de propositions étaient faites pour baisser le coût de l'énergie et une fois de plus, j'y reviens sans esprit polémique pour éclairer le débat public comme le veut l'esprit de ce débat. Certains veulent réduire la TVA sur l'énergie. D'autres pays l'ont tenté, notamment, vous le savez, la Pologne en février 2022. Au final, la TVA a été captée par les acteurs intermédiaires et le prix à la pompe n'a pas bougé. Pire, le retour d'expérience a démontré que lorsque la TVA a été rétablie, les prix ont augmenté car les intermédiaires ont conservé par la suite leur marge. La baisse de la TVA est une mesure inefficace, mais aussi ruineuse pour les finances publiques, comme enfin pour les consommateurs. D'autres proposent, nous l'avons entendu hier lors des questions au Gouvernement, de revenir à la taxe flottante sur les produits énergétiques, mieux connue sous l'acronyme de TIPP. Je veux rappeler que cette expérience a coûté 2,7 milliards d'euros aux finances publiques, pour un effet moyen de seulement 2 centimes d'euros par litre. L'efficacité d'une telle manœuvre est donc objectivement et rationnellement quasi nulle. La Cour des comptes avait ensuite estimé que cette mesure avait engendré une perte de 600 millions d'euros sur l'année 2004, pour une raison simple : quand le prix augmente, les quantités vendues diminuent.

Une nouvelle fois, je forme le vœu que la classe politique dans son ensemble, nos opposants comme nos soutiens, sans esprit polémique, tienne compte des expériences passées et des retours d'expériences tels qu'ils ont été dessinés par les meilleurs experts.

Pour autant, il n'est pas question d'abandonner les acteurs, les Françaises et les Français les plus exposés. Les pêcheurs, directement frappés par la hausse du carburant, font l'objet de premières mesures d'urgence avec des dispositifs de trésorerie, des reports d'échéance et un accompagnement renforcé. Mais nous le savons, cela ne suffira pas. J'ai demandé au ministre d'aller plus loin. La Commission européenne a été saisie ce jour et le Conseil de lundi doit permettre d'avancer, notamment sur des mesures d'aide directe jusqu'à présent interdites. Les agriculteurs confrontés non seulement à la hausse des prix du carburant, mais donc de facto à la hausse du prix des engrais, sont également soutenus. Et au-delà de l'urgence, nous préparons un plan engrais pour réduire notre dépendance et renforcer notre indépendance agricole. Ce plan vise à limiter enfin, si j'ose dire, les besoins d'apport en engrais, notamment optimisation des quantités, à substituer autant que possible des apports organiques par rapport aux engrais minéraux et à produire en France des engrais minéraux décarbonés.

Nous avons, il faut le reconnaître, beaucoup trop de retard. Cette crise peut nous permettre de le rattraper. D'autres secteurs sont également concernés. Je pense notamment aux professionnels de santé libéraux, aux secteurs industriels comme la chimie, fortement exposés au coût de l'énergie. D'autres filières, que je ne cite pas ici, puisque nous l'avons fait tout à l'heure lors des questions au Gouvernement, sont évidemment concernées. Des annonces ont été faites, mais je le dis, d'autres viendront. Car dans une crise de cette nature, il faut savoir adapter nos réponses en permanence. Il est évident que la crise va évoluer de jour en jour. Il va nous falloir être très souples, très adaptables. J'ai donc demandé à l'ensemble des ministres de se préparer à tous les scénarios, y compris les plus difficiles et les plus graves.

Mais, il faut aussi, dans le même temps, tordre le cou à une idée fausse : non, l'État ne profite pas de la crise. Déjà, car l'État, c'est la nation tout entière, ce qui pourrait être perçu comme un gain d'un côté, et on le sait tous, compensé par une perte ailleurs, soutien aux filières, dépenses publiques supplémentaires, impact sur l'activité économique, dont la baisse de la consommation et diminution des rentrées fiscales. D'ailleurs, Monsieur le ministre de l'Économie et des Finances, les prévisions de l'INSEE publiées hier tablent sur un ralentissement de la croissance de 0,3 % à 0,2 % sur les deux premiers trimestres. Enfin, et là aussi, vous le savez, mais il est utile de le rappeler, la crise fait monter les taux d'intérêt souverains. Il devient déjà plus cher pour la France d'emprunter pour financer sa dette. Le taux d'empreinte de la dette française a augmenté de 15 % depuis le 27 février.

C'est pourquoi nous prendrons un engagement simple : la transparence totale en la matière. Elle permettra de répondre aux questions, de dissiper les doutes, d'entraver les fantasmes ou les mensonges qui nuisent au consentement à l'impôt et portent atteinte, je le dis clairement, au patriotisme. Car les seuls profiteurs de cette crise sont les pays producteurs d'énergies fossiles dont nous sommes aujourd'hui encore trop dépendants. Et celles et ceux qui pointent du doigt l'État sont les mêmes qui parfois, il y a seulement 3 semaines, refusaient la décarbonation de notre modèle énergétique.

Ceci étant dit, le Parlement, Madame la présidente de l'Assemblée Nationale, sera donc pleinement associé. Une première restitution interviendra dès le mois d'avril, et chacun pourra juger sur pièce de la réalité des effets budgétaires de cette crise sur le terrain économique, mais aussi sur le terrain budgétaire et fiscal. Mais je le dis aussi clairement, chacun devra partager la contrainte. Car les choses ne sont jamais aussi simples qu'elles sont parfois présentées par certains, surtout entre deux campagnes électorales. Mais au-delà de la gestion immédiate, cette crise, je le disais, nous rappelle une réalité plus profonde. Notre dépendance aux énergies fossiles demeure trop importante. Et c'est pourquoi la réponse ne peut pas être uniquement conjoncturelle. Et peut-être plus que d'habitude, elle doit être stratégique et de long terme. Car hélas, les deux guerres que nous connaissons ne sont que le début de nouveaux dérèglements.

Le monde que nous avons connu avant 2022 a hélas, je crois, vécu. Et nous devons hâter la transformation structurelle de notre économie et de nos usages.

Depuis des années, la France a fait un choix clair : le nucléaire et les énergies renouvelables, les deux. Parce qu'il nous faut une électricité abondante, parce qu'il nous faut une électricité décarbonée, parce qu'il nous faut une électricité souveraine. La programmation pluriannuelle de l'énergie s'inscrit dans cette logique. Elle doit être tenue, elle doit être accélérée. Hier, une crise de cette nature aurait mis immédiatement notre économie à terre. La guerre en Ukraine l'a déjà montré. Beaucoup pensaient que l'Europe ne pourrait pas se passer du gaz russe. Elle l'a pourtant fait. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu anticipation, parce qu'il y a eu coordination, parce qu'il y a eu solidarité. La leçon est claire, seule l'indépendance énergétique protège durablement et les déclarations américaines de cette nuit nous renforcent dans cette conviction et nous incitent à aller plus loin et plus vite. La décarbonation n'est pas seulement une exigence climatique, c'est une exigence de souveraineté, et donc, de liberté. Chaque Français peut s'en rendre compte à la pompe. Produire davantage chez nous, électrifier nos usages, réduire nos dépendances, tirer les leçons de la crise, c'est investir utilement l'argent des Français pour les protéger et certainement pas de dépenser de l'argent du contribuable pour financer l'économie fossile de pays lointains dont nous sommes dépendants. C'est arrêter de subir ni cette crise, ni les suivantes, car, Mesdames et Messieurs les députés, nous savons, il y en aura d'autres.

Comme je les ai annoncés à la publication de la PPE, il y aura un plan d'électrification des usages afin de diminuer nos dépendances aux hydrocarbures. Dans le logement, dans la mobilité, dans l'industrie ou l'artisanat, un plan sera présenté dès la semaine prochaine pour décarboner la mobilité des particuliers, des artisans, des professionnels, ou encore pour réduire la dépendance aux hydrocarbures de certaines filières. Au fond, c'est toujours la même logique : tirer de chaque crise, non pas seulement des mesures d'urgence de court terme, mais des décisions enfin durables et structurelles. Parce que là encore, nous ne décidons pas seulement pour aujourd'hui, nous décidons pour les crises de demain.

Mesdames et Messieurs les députés, agir ici tout de suite avec des mesures d'urgence, agir ici tout de suite pour demain avec les mesures qui anticipent les crises du pétrole à venir et qui seront à répétition, agir là-bas, à la source, au Proche et Moyen-Orient, pour protéger nos ressortissants, nos intérêts et nos valeurs. Face à cette situation, la France n'est pas spectatrice. La France est une puissance responsable, et en tant que telle, elle agit. Elle agit diplomatiquement, Monsieur le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères, en permettant des scénarios de désescalade. Elle agit au Conseil de sécurité des Nations unies. Elle agit avec ses partenaires européens qui ont affiché une position commune, ce qui n'a pas toujours été facile ces dernières années. Elle agit en tant que présidente du G7. Elle agit sur le terrain, aux côtés de ses partenaires et alliés. Et surtout, elle propose : l'arrêt des frappes, notamment contre les infrastructures civiles, une solution diplomatique globale, la cessation des hostilités au Liban, le respect de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, le renforcement de l'armée libanaise, une solution politique.

Je veux saluer les décisions courageuses, notamment prises par les Autorités libanaises ces jours derniers. Elles sont, Mesdames et Messieurs les députés, historiques. La ministre déléguée aura l'occasion de s'y rendre. Dans tous les cas de figure, une fois cette guerre achevée, il faudra nous reposer la question de la présence internationale au Liban. Et lorsque les conditions seront réunies, la mise en place d'une mission internationale destinée à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, dans une logique de protection comme nous avons su le faire avec notre marine nationale en mer Rouge.

Mais je veux être clair, la France n'est pas partie au conflit. Elle ne participera pas à des opérations de guerre pour ouvrir ce détroit par la force. Elle ne se laissera pas entraîner dans une guerre qu'elle n'a pas choisie.

Mais elle est prête à prendre ses responsabilités pour sécuriser les routes maritimes dans le cadre du droit international et avec ses partenaires car c'est son rôle de membre permanent du Conseil de sécurité et de grande puissance maritime mondiale.

Enfin, je veux dire un mot, et pour conclure, de nos ressortissants. Près de 400 000 Français sont présents dans la région, résidents ou de passage. Le Quai d'Orsay, Monsieur le ministre, nos ambassades, nos consulats sont pleinement mobilisés pour les protéger et les accompagner, les aider à revenir en France. De nombreux vols ont été affrétés pour leur retour en France, d'autres sont encore prévus. Nos agents consulaires sont mobilisés depuis le début de la crise et continueront de l'être jusqu'à son terme. Je veux les en remercier chaleureusement et publiquement pour le travail admirable qu'ils ont rempli dans une des crises les plus difficiles de ces dernières années.

Mesdames et Messieurs les députés, au fond, cette crise pose une question simple. Le monde peut-il encore être organisé autour de la sécurité collective, du multilatéralisme, et quelles sont les nations encore capables de les défendre ? Je le crois, et c'est une permanence française depuis de nombreuses décennies, la France en est une, parce qu'elle a une politique de défense, parce qu'elle a une politique étrangère, parce qu'elle a une politique énergétique, parce qu'elle a une politique de partenariat qui refuse l'alignement systématique, c'est le moins que l'on puisse dire, parce qu'elle veut agir concrètement là où d'autres pays se condamnent, malheureusement, parmi nos voisins, à commenter.

Pour reprendre les mots du président de la République : « pour être libre, il faut être puissant ». À nous de continuer collectivement, et quelles que soient nos sensibilités politiques, d'en tirer toutes les conséquences pour la France.

(Seul le prononcé fait foi).

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