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04/14/2026 | Press release | Distributed by Public on 04/14/2026 05:31

Anticiper les crises sanitaires grâce à la science – entretien avec le Professeur Ab...

Anticiper les crises sanitaires grâce à la science - entretien avec le Professeur Abdoulaye Touré en Guinée

14 avril 2026


Conakry - À l'occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, placée sous le thème « Unissons nous pour la santé. Soutenons la science », l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) met en avant des personnes engagées qui utilisent la science pour améliorer la vie des populations dans la Région africaine.

Pharmacien et chercheur reconnu en santé publique, le Professeur Abdoulaye Touré est un acteur clé de la réponse aux épidémies en Guinée. Il est à la tête d'un centre de recherche devenu incontournable dans la préparation et la réponse aux crises sanitaires. À travers son parcours et son engagement, il montre comment l'investissement dans la science permet d'anticiper les crises, de sauver des vies et de renforcer durablement les systèmes de santé.

Quelles avancées scientifiques récentes ont le plus changé la manière de détecter et de surveiller les maladies émergentes ?
Ces dix dernières années, les progrès ont été considérables. L'un des changements majeurs concerne le développement de la biologie moléculaire, qui a rendu le diagnostic plus rapide, plus précis et plus accessible en Afrique subsaharienne. Aujourd'hui, il est possible d'identifier un agent pathogène beaucoup plus tôt qu'auparavant.

La pandémie de COVID 19 a également joué un rôle déterminant. Elle a accéléré la mise en place de la surveillance génomique, une technique qui permet d'analyser le matériel génétique des virus. Cette approche aide à suivre l'évolution des maladies, à détecter de nouveaux variants et à mieux comprendre les modes de transmission.

Enfin, les progrès en sérologie, qui consiste à analyser des échantillons de sang pour détecter des anticorps, ont permis d'améliorer la surveillance à l'échelle des populations. Ces outils renforcent la capacité des pays à anticiper et à maîtriser les épidémies.

Comment la science guide t elle la stratégie du CERFIG dans la préparation et la réponse aux épidémies en Guinée ?
Le Centre de Recherche et de Formation en Infectiologie de Guinée (CERFIG) est né dans un contexte de crise sanitaire majeure, lors de l'épidémie d'Ebola de 2014 2016. Dès sa création, sa mission a été claire : appuyer le système de santé guinéen grâce à la production et à l'utilisation de données scientifiques fiables.

La science est au cœur de toutes nos actions. Nos équipes travaillent dans plusieurs disciplines complémentaires, comme la microbiologie, la santé publique, l'anthropologie et la médecine clinique. Ces recherches permettent de mieux comprendre les risques d'émergence des maladies et d'orienter concrètement les stratégies de prévention et de réponse.

Au fil des années, le CERFIG a conduit des études sur différents agents pathogènes, notamment Ebola, d'autres fièvres virales, la diphtérie ou encore la mpox. Les connaissances produites aident les autorités sanitaires à prendre des décisions éclairées, fondées sur des preuves scientifiques plutôt que sur des hypothèses.

Pourquoi l'approche One Health est elle indispensable pour les crises sanitaires futures ?
Les données scientifiques montrent que la majorité des maladies infectieuses émergentes chez l'être humain proviennent des animaux. Des maladies majeures comme le VIH, Ebola ou la mpox trouvent leur origine dans le monde animal, souvent à la suite de changements dans les écosystèmes ou dans les pratiques humaines.

L'approche One Health - ou « Une seule santé » - repose sur un principe simple : la santé humaine, la santé animale et la santé de l'environnement sont étroitement liées. Il n'est donc plus possible de prévenir les crises sanitaires en travaillant chaque secteur de manière isolée.

Adopter cette approche permet d'identifier plus tôt les risques, de mieux comprendre leur origine et de mettre en place des réponses coordonnées. C'est un cadre essentiel pour anticiper les menaces sanitaires et réduire leur impact sur les populations.

Quels sont les principaux défis pour renforcer la collaboration entre science et décision politique ?
L'un des défis majeurs reste le décalage entre la production des connaissances scientifiques et leur utilisation dans les politiques publiques. Trop souvent, les résultats de la recherche ne sont pas suffisamment intégrés dans la prise de décision.

Dans une logique One Health, il est important de renforcer les secteurs de l'environnement et de l'élevage, qui disposent parfois de moins de ressources que celui de la santé humaine. Il est également essentiel de développer les capacités des institutions publiques à analyser et à utiliser les données scientifiques.

Enfin, un dialogue régulier entre chercheurs et décideurs est indispensable pour construire des politiques sanitaires mieux adaptées aux réalités du terrain.

Quel message souhaitez vous adresser aux institutions et partenaires sur l'importance d'investir dans la science ?
Investir dans la recherche, c'est investir dans la sécurité sanitaire et le développement durable. L'expérience de la Guinée est parlante : lors de l'épidémie d'Ebola de 2014, l'absence de capacités de diagnostic a retardé la réponse et aggravé les conséquences humaines et économiques.

Depuis, des investissements ciblés ont permis de renforcer des structures capables de détecter une épidémie en quelques heures seulement. Cette rapidité sauve des vies, limite la propagation des maladies et protège l'économie.

Des initiatives comme la Plateforme de recherche internationale en santé mondiale (PRISME), mise en place par le CERFIG et ses partenaires, montrent qu'un engagement durable en faveur de la science renforce la résilience des systèmes de santé et prépare mieux les pays aux crises futures.

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Pour plus d'informations ou pour demander des interviews, veuillez contacter :
Kadijah Diallo

Chargée de communication
Bureau Régional de l'OMS pour l'Afrique
Email: dialloka [at] who.int (dialloka[at]who[dot]int)

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