RSF - Reporters sans frontières

03/04/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/04/2026 11:44

Campagne de dénigrement contre des journalistes : l’Arcom épingle CNews mais ne prend pas acte de la gravité des faits

En adressant une simple mise en demeure à la chaîne CNews à la suite d'une saisine de Reporters sans frontières (RSF) concernant le traitement médiatique d'une enquête journalistique sur "l'affaire Crépol", le régulateur français a choisi d'ignorer la responsabilité de la chaîne dans la campagne de dénigrement des journalistes pourtant largement documentée. RSF déplore une décision qui n'est pas à la hauteur des enjeux et appelle le gendarme de l'audiovisuel à la mise en œuvre plus ferme et, par conséquent, efficace de la régulation, notamment envers un acteur multirécidiviste pour lequel la stratégie de dissuasion fondée sur des mesures d'avertissement a déjà été largement épuisée.

"L'Arcom donne raison à RSF et aux journalistes victimes à la suite de leur saisine d'octobre 2025. Mais l'essentiel n'est pas là : l'autorité de régulation échoue à voir le caractère systémique et répété de ces campagnes de presse qui, semaine après semaine, désignent à la vindicte de réseaux sociaux radicalisés des figures de la vie publique dépeintes à coups de demi-vérités et de traitement univoque. Le dossier de plus de 300 pages composé par RSF exposait clairement la nature des faits et montrait que huit mesures précédentes de l'autorité administrative indépendante contre la même chaîne multirécidiviste pouvaient servir de fondement à une sanction à la hauteur de la gravité des faits. Pire : le régulateur n'a pas un mot pour les auteurs du livre Une nuit en France, Jean-Michel Décugis, Marc Leplongeon et l'écrivaine Pauline Guéna, et sanctionne a minima un dévoiement des antennes par CNews, qui porte atteinte à la réputation de journalistes au professionnalisme reconnu et met leur sécurité en danger. L'Arcom échoue, une fois encore, à prendre ses responsabilités. Les mêmes causes produisent inévitablement les mêmes effets et, après la campagne de mars 2025, CNews s'est livrée aux mêmes pratiques, pour rester dans le champ du journalisme, contre Patrick Cohen et Thomas Legrand en septembre 2025 puis contre RSF elle-même en décembre 2025.

Thibaut Bruttin
Directeur général de RSF

La saisine de l'Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) pour sanctionner les manquements de la chaîne d'information en continu CNewsà ses obligations légales, déposée par RSF en octobre 2025, était fondée sur une enquêtesur la vague de harcèlement et de menaces proférées contre les journalistes Jean-Michel Décugis et Marc Leplongeon, et l'écrivaine Pauline Guéna, en mars 2025. Le point de départ de ce torrent d'insultes et de menaces ? La publication d'un livre, Une nuit en France (Grasset, 2025), revenant sur la mort de Thomas, un adolescent tué à coups de couteau en 2023. RSF a ainsi mis en lumière le lien de causalité entre la couverture uniquement à charge de l'ouvrage par CNewsau cours de 27 émissions en quelques jours et la vague de harcèlement en ligne dont ont été victimes les auteurs de cette enquête.

Dans sa décision, l'Arcom a jugé que CNewsavait réalisé un traitement univoque de cette affaire au cours de 15 émissions alors que RSF avait fait état d'extraits issus de 27 émissions. Selon le régulateur, l'ampleur des manquements se limite au traitement des affaires judiciaires en cours et au défaut de maîtrise de l'antenne, des infractions pour lesquelles la chaîne a pourtant déjà été sanctionnée à de très nombreuses reprises, donnant toute latitude au régulateur pour prendre une sanction qui soit réellement de nature à dissuader l'éditeur.

L'Arcom dispose en effet d'une panoplie de sanctions : l'amende, la suspension des séquences publicitaires, la suspension d'une partie des programmes voire de tous les programmes de la chaîne visée pendant une durée d'un mois, la réduction de la durée de l'autorisation, le retrait de l'autorisation, etc. La stratégie d'évitementde l'Arcom apparaît incompréhensible alors que le traitement médiatique de la chaîne a contribué à initier et à nourrir des propos haineux à l'endroit des auteurs de l'enquête sur Crépol.

RSF reprochait d'ailleurs à la chaîne ses manquements au principe d'honnêteté dans les questions prêtant à controverse ainsi que les propos infamants tenus à l'antenne, notamment à l'égard des auteurs de l'ouvrage qui ont nourri la vague de haine en ligne. L'Arcom ignore ces éléments dans sa décision, alors qu'il a notamment été soutenu à l'antenne de CNewsque les auteurs, qualifiés d'enquêteurs "en carton", "se comport[ai]ent comme des vautours", que "ce livre [était] absolument scandaleux, [...] honteux", "un livre de fake news" qui "di[sai]t tout ce dont ils [étaient] capables", et que "ça s'appel[ait], du révisionnisme".

Comme le rappelait l'enquête de RSF, CNewset ses équipes avaient pourtant connaissance de la vague de haine en ligne s'abattant sur les trois auteurs, ce qui ne les a pas empêchés de continuer leur traitement virulent et exclusivement à charge. L'intervention d'un chroniqueur sur ce sujet plusieurs jours après le début de la vague résume parfaitement l'état d'esprit partagé sur la chaîne : "Par ailleurs, je vais aller au-delà de ça. Les gens qui ont vraiment été attaqués, c'est les victimes à Crépol. Donc s'ils sont capables de minimiser ce qui est arrivé à Crépol avec un mort et des blessés graves, et des gens absolument traumatisés [...] Les menaces sur les réseaux sociaux, on en a tous, hein". Non seulement le harcèlement est banalisé, mais il serait presque justifié, voire considéré comme mérité en raison des révélations de l'ouvrage.

Pour rappel, CNewsa fait l'objet de plusieurs dizaines d'interventions et sanctions depuis 2016, dont au moins huit sur les mêmes fondements.

Publié le04.03.2026
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