03/05/2026 | Press release | Distributed by Public on 03/05/2026 00:57
Un nouveau rapport de l'OIT révèle que les femmes sont davantage exposées aux risques professionnels, car elles sont concentrées dans des tâches plus susceptibles d'être automatisées et restent sous-représentées dans les secteurs technologiques et scientifiques.
5 mars 2026
GENÈVE (OIT Infos) - L'intelligence artificielle générative transforme le monde du travail. Elle pourrait stimuler la productivité, favoriser la création d'emplois et améliorer leur qualité. Mais ses effets sont loin d'être neutres du point de vue du genre. Une nouvelle étude de recherche de l'Organisation internationale du Travail (OIT) avertit que l'IA générative devrait affecter davantage les emplois occupés par des femmes que ceux occupés par des hommes, les professions à dominante féminine étant presque deux fois plus susceptibles d'être exposées à cette technologie.
Intitulée Gen AI, occupational segregation and gender equality in the world of work, l'analyse montre que les femmes sont disproportionnellement exposées pour trois raisons principales: elles sont surreprésentées dans les emplois les plus susceptibles d'être automatisés; elles restent sous-représentées dans les métiers liés à l'IA et dans les domaines des sciences, des technologies, de l'ingénierie et des mathématiques; enfin, les systèmes d'IA eux-mêmes reflètent et reproduisent souvent les biais de genre ancrés dans les sociétés.
Les femmes surrepresentées dans les emplois à haut risque
Dans les pays disposant de données comparables, les professions à dominante féminine sont presque deux fois plus susceptibles d'être exposées à l'IA générative que celles dominées par les hommes. Environ 29 % des professions féminisées sont exposées, contre 16 % des professions masculinisées. L'écart est encore plus marqué lorsque l'on examine les catégories présentant le plus haut risque d'automatisation: 16 % des professions féminisées relèvent des niveaux d'exposition les plus élevés, contre seulement 3 % des professions dominées par les hommes.
Ces risques sont étroitement liés à la ségrégation professionnelle. Les femmes sont fortement concentrées dans les fonctions administratives et de soutien aux entreprises - secrétariat, accueil, gestion des paiements ou assistance comptable- où de nombreuses tâches sont routinières et codifiables, et donc plus facilement substituables par l'IA générative. À l'inverse, les hommes sont davantage représentés dans la construction, l'industrie manufacturière et les métiers manuels, où les tâches sont moins aisément automatisables.
À l'échelle nationale, les femmes sont plus exposées que les hommes dans 88 % des pays analysés. Dans plusieurs économies, dont la Suisse, le Royaume-Uni et les Philippines, ainsi que dans certains petits États insulaires en développement des Caraïbes et du Pacifique, plus de 40 % de l'emploi féminin est exposé à l'IA générative. Globalement, 41 % des emplois dans les pays à revenu élevé sont exposés, contre 11 % dans les pays à faible revenu, reflétant des différences dans les structures professionnelles et le degré de préparation numérique.
«L'intelligence artificielle générative n'entre pas dans un marché du travail neutre», souligne Anam Butt, coautrice de la recherche de l'OIT. «Les normes sociales discriminatoires, la répartition inégale des responsabilités familiales et des politiques économiques et du travail qui ne répondent pas pleinement aux besoins des femmes et des hommes continuent de déterminer qui accède à quels métiers et dans quelles conditions. Les femmes se retrouvent ainsi concentrées dans des professions plus susceptibles d'être automatisées et restent sous-représentées dans les emplois liés à l'IA, exposées à des risques plus élevés mais à moins d'opportunités issues de cette transition technologique.»
Exclues des opportunités offertes par l'IA
Si l'IA générative devrait stimuler la croissance de l'emploi dans les secteurs à forte intensité technologique, les femmes demeurent largement exclues de ces opportunités. En 2022, elles représentaient environ 30 % de la main-d'œuvre dans l'IA au niveau mondial, soit seulement quatre points de plus qu'en 2016. Elles restent également sous-représentées dans les métiers STEM de manière plus générale, notamment dans des domaines très demandés comme l'ingénierie et le développement de logiciels.
Ce déséquilibre a des conséquences majeures. Lorsque les femmes sont absentes des emplois et des postes décisionnels liés à l'IA, elles bénéficient moins des nouvelles opportunités professionnelles et du développement des compétences. Les entreprises, de leur côté, se privent de talents, de diversité et d'innovation.
Une technologie façonnée par la société
L'étude de l'OIT rappelle enfin que l'IA générative, comme les technologies qui l'ont précédée, n'est pas neutre. Conçue, entraînée et déployée dans des structures sociales et économiques existantes, elle peut reproduire des biais et des discriminations. La sous-représentation des femmes dans le développement et l'adoption de l'IA accroît le risque de technologies biaisées. Des systèmes entraînés sur des données incomplètes ou partiales ont déjà montré qu'ils pouvaient désavantager les femmes dans le recrutement, les décisions salariales, l'évaluation du crédit ou l'accès à certains services. Ces risques sont encore plus importants pour les femmes confrontées à des discriminations multiples et croisées, notamment liées à la race, à l'origine ethnique, au handicap ou au statut migratoire. Sans garde-fous, l'IA générative peut amplifier ces inégalités à grande échelle.
Les choix politiques sont déterminants.
L'OIT souligne que l'impact le plus répandu de l'IA générative devrait concerner la qualité de l'emploi plutôt que sa quantité. Elle peut transformer les tâches, intensifier les charges de travail, accroître la surveillance ou réduire l'autonomie. Mais si elle est conçue et mise en œuvre de manière responsable, elle peut également améliorer les conditions de travail, renforcer la productivité et favoriser l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
«Les choix effectués aujourd'hui détermineront si l'IA générative devient une force au service d'une plus grande égalité ou si elle consolide les écarts existants», indique la note. Intégrer l'égalité de genre dans la conception, le déploiement et la gouvernance de l'IA est essentiel, tout comme lutter contre la ségrégation professionnelle, élargir l'accès des femmes aux compétences et garantir leur représentation dans les métiers liés à l'IA.
«L'impact de l'intelligence artificielle générative sur l'emploi des femmes n'est pas prédéterminé», affirme Janine Berg, économiste principale au Département de la recherche et coautrice du rapport. «Avec les bonnes politiques, un dialogue social solide et une conception sensible au genre, nous pouvons éviter de renforcer les discriminations existantes.»
Des institutions du marché du travail robustes et le dialogue social sont déterminants pour orienter l'introduction de l'IA vers un avenir du travail plus inclusif et porteur de travail décent pour tous.
Portail thématique
Egalité des genres
Portail thématique
L'intelligence artificielle