RSF - Reporters sans frontières

06/19/2026 | News release | Distributed by Public on 06/19/2026 06:25

Accès à l’information sur l’environnement et le climat en France : RSF présente ses dix recommandations pour le plan national

À la suite de l'annonce, le 19 mai, par le conseil de planification écologique, de la publication prochaine d'un plan national pour l'accès à l'information sur l'environnement et le climat, Reporters sans frontières (RSF) formule dix recommandations pour renforcer la valorisation et la protection d'un journalisme fiable et indépendant sur les enjeux environnementaux. Dans un contexte marqué par les menaces croissantes pesant sur les journalistes et par l'essor de la désinformation climatique, notamment en ligne, ces recommandations visent à garantir une information de qualité au service du débat public.

"Alors que la désinformation climatique prospère et que les journalistes qui enquêtent sur les enjeux environnementaux sont de plus en plus exposés aux pressions et aux attaques, la protection de l'intégrité de l'information doit devenir une priorité de l'action publique. Défendre le climat, c'est aussi défendre le droit de chacun à accéder à des faits fiables : sans journalisme indépendant, il ne peut y avoir de débat public éclairé ni de décision démocratique à la hauteur de l'urgence environnementale. Si l'enjeu est mondial, la réponse passe aussi par des engagements nationaux concrets. Le futur plan national pour l'accès à l'information sur l'environnement et le climat représente une occasion unique de dépasser les déclarations d'intention et de faire de la France un modèle en la matière. Alors que deux rencontres internationales majeures approchent, la COP 17 sur la biodiversité qui se tiendra en Arménie en octobre 2026 et la COP 31 sur le climat en Turquie en novembre 2026, RSF appelle la France et tous les États à prendre en compte ces recommandations pour la mise en œuvre de politiques publiques concrètes.

Anne Bocandé
Directrice éditoriale de RSF

Alors que les effets du changement climatique s'intensifient et appellent des réponses politiques et sociétales à la hauteur de l'urgence, la désinformation continue à semer le doute sur les causes humaines du changement climatique. Des études montrent que les entreprises du secteur des énergies fossiles mènent des campagnes de désinformation depuis de nombreuses années. Cette désinformation climatique est également le fait d'acteurs étrangers cherchant à peser sur la politique française et européenne sur le climat.

À ce phénomène persistant s'ajoutent les pressions exercées sur les journalistes qui enquêtent sur les questions environnementales. Le média d'investigation breton Splann ! et deux de ses journalistes, Inès Léraud et Kristen Fal'chon, ont ainsi été la cible d'une procédure-bâillon - une action judiciaire destinée à intimider et à décourager la critique sur des sujets d'intérêt général - engagée par une figure du lobby porcin à la suite d'une enquête publiée en mai 2024. Celui-ci a été débouté en juin 2025.

Ces atteintes prennent parfois une tournure plus directe encore. L'une des roues de la voiture d'une journaliste de Radio Kreiz Breizh (RKB), Morgan Large, a été déboulonnée, et son chien intoxiqué, en 2021. Un acte de sabotage et une mise en danger de mort d'une journaliste enquêtant sur l'agro-industrie en Bretagne, où elle vit et travaille. Plus récemment, en janvier 2026, une cinquantaine d'ostréiculteurs ont incendié le portail du quotidien français Midi Libre à Saint-Jean-de Védas, dans le sud de la France, après que le journal a relayé l'interdiction sanitaire de consommer des huîtres de l'étang de Thau.

Les méthodes d'intimidation à l'égard des journalistes scientifiques gagnent aussi en inventivité et prennent parfois une tournure criminelle. Concomitamment à la publication d'articles d'investigation sur la pollution aux PFAS (les "polluants éternels"), la journaliste d'investigation du quotidien Le Monde, Stéphane Horel, a été victime d'une série d'incidents - vols et tentatives d'intrusion à son domicile - qui pourraient laisser penser à un ciblage organisé en lien avec son travail d'enquête.

Une préoccupation mondiale, des engagements étatiques

Partout dans le monde, nombre de journalistes sont entravés ou menacés pour leur couverture d'enjeux environnementaux : accès au terrain et à l'information restreint, insécurité des sources, campagnes de harcèlement, poursuites abusives, ou encore violences physiques. À l'occasion de la Journée mondiale de l'environnement le 5 juin dernier, RSF a recensé dix principales formes d'entraves au travail des journalistes couvrant ces sujets.

Afin d'alerter sur le danger majeur que représente la désinformation climatique et environnementale, le Forum sur l'information et la démocratie - initié par RSF en 2019 - a publié, en février 2026, Dix priorités pour lutter contre la désinformation climatique, un rapport de recommandations à destination des États, dans le cadre de l'Axe de travail pour l'intégrité de l'information sur le changement climatique et les enjeux environnementaux co-présidé par les gouvernements de l'Arménie et du Brésil. Le Forum appelle, entre autres, à réformer le marché de la publicité numérique, à renforcer la responsabilité des plateformes numériques, ou encore à inclure l'intégrité de l'information comme exigence de la gouvernance climatique et environnementale.

Les dix recommandations de RSF pour préserver le droit à l'information sur le changement climatique

1. Reconnaître le droit à l'information fiable comme constitutif de la protection de l'environnement

La protection de l'environnement et la protection de l'information fiable sont deux enjeux majeurs du XXIe siècle et intrinsèquement liés. À ce titre, la France devrait reconnaître la protection du droit à l'information fiable comme constitutive de la protection de l'environnement et l'inscrire dans tout plan d'action contre le changement climatique.

2. Protéger le journalisme environnemental

Alors que les enjeux environnementaux deviennent de plus en plus centraux dans le débat public, les journalistes traitant de ces sujets peuvent être pris pour cible et attaqués.

Un système d'alerte et de protection rapide pour les journalistes environnementaux en France devrait permettre de faire remonter rapidement les difficultés rencontrées.

3. Soutenir le traitement des enjeux environnementaux par les médias d'information dans le respect de leur liberté éditoriale

Bien qu'une majeure partie de la désinformation climatique soit diffusée en ligne hors de l'espace médiatique d'information, les médias d'information jouent un rôle de premier plan pour l'accès aux faits sur l'information climatique et environnementale.

Le suivi et l'évaluation du traitement médiatique des enjeux environnementaux peut avoir des effets positifs dans le cadre d'une critique des médias vertueuse, à des fins de soutien et d'incitation à une meilleure prise en compte de ces sujets. Toutefois, la lutte contre la désinformation climatique ne saurait servir de prétexte à des mécanismes de pression sur la liberté éditoriale des médias d'information.

4. Intégrer l'intégrité de l'information sur le changement climatique dans la nouvelle politique partenariale française

Face aux coûts très élevés des enquêtes journalistiques environnementales, RSF appelle la France à accroître son soutien en faveur de projets journalistiques environnementaux et de collectifs de reporters environnementaux, dans le respect de l'indépendance éditoriale de ces derniers.

La soutenabilité des médias traitant des sujets climatiques et environnementaux devrait être une priorité dans l'aide publique au développement de la France.

5. Démonétiser la désinformation climatique, re-monétiser l'information fiable

De nombreuses recherches démontrent la lucrativité de la désinformation climatique et environnementale.

S'attaquer à l'opacité du marché de la publicité en ligne aurait deux effets positifs : démonétiser la désinformation climatique et rediriger une partie des revenus publicitaires vers les médias d'information.

La France devrait mobiliser et travailler avec la Commission européenne et les États membres pour réformer le marché de la publicité en ligne.

6. Intégrer les enjeux climatiques dans les opérations de lutte contre les manipulations de l'information et les ingérences étrangères

De nouvelles recherches démontrent la porosité entre désinformation climatique et ingérence informationnelle. Pour préserver le débat public, notamment en période électorale, il est important que les administrations et services en charge de la lutte contre les manipulations de l'information puissent identifier ces dynamiques aux niveaux national et local.

7. Considérer la désinformation climatique comme contribuant au risque systémique des plateformes dans le cadre du Digital Services Act (DSA)

Travailler avec la Commission européenne et des chercheurs sur le fondement du DSA (article 40) pour mieux étudier les risques systémiques engendrés par la désinformation climatique, ses acteurs et techniques et leurs effets.

8. Créer une fonction de coordination interministérielle pour l'intégrité de l'information

Alors que les enjeux informationnels deviennent de plus en plus transverses, il devient urgent d'assurer une coordination interministérielle efficace des différents leviers d'action.

Le gouvernement pourrait instaurer une délégation interministérielle chargée de l'intégrité de l'information, qui permettrait une meilleure coordination des administrations concernées (économie, transition écologique, numérique, culture, etc.).

9. Renforcer l'action multilatérale de la France sur l'intégrité de l'information et le changement climatique

Fondatrice du Partenariat pour l'information et la démocratie et membre de l'Initiative mondiale pour l'intégrité de l'information sur le changement climatique, la France fait partie des États pionniers sur la scène internationale.

Elle pourrait renforcer son action en appuyant les travaux des différentes organisations internationales travaillant sur ces enjeux.

10. Financer la recherche sur la désinformation climatique

Au niveau mondial, la recherche sur la désinformation climatique ne représente que 6 % de la recherche portant sur les écosystèmes informationnels.

Malgré le manque de données disponibles et l'opacité des plateformes numériques, la France pourrait financer un programme de recherche pour mieux comprendre les dynamiques de la désinformation climatique.

Publié le 19.06.2026
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