07/01/2026 | News release | Distributed by Public on 07/01/2026 11:39
Il y a encore quelques années, l'IA se limitait principalement à répondre à des questions ou à générer du texte. Aujourd'hui, elle est capable d'écrire du code informatique, d'analyser d'immenses volumes de données, de produire des images et des vidéos réalistes, d'aider les scientifiques à mettre au point de nouveaux médicaments et d'exécuter de plus en plus de tâches de manière autonome, avec une supervision humaine réduite.
Mais alors que les capacités de l'IA progressent à une vitesse spectaculaire, les mécanismes destinés à garantir son utilisation sûre et responsable peinent à suivre.
C'est l'un des principaux constats du rapport préliminaire du Groupe scientifique international indépendant des Nations Unies sur l'intelligence artificielle, publié mercredi.
Le document souligne qu'il est encore possible de mettre en place une gouvernance mondiale efficace de l'IA, mais que cette fenêtre d'action pourrait rapidement se refermer.
© Adobe Stock/Digilife Des avancées médicales majeures sont réalisées grâce au soutien de l'IA.L'IA pourrait devenir l'une des technologies les plus transformatrices de l'histoire de l'humanité.
Déployée de manière responsable, elle pourrait accélérer les progrès vers les Objectifs de développement durable (ODD) en améliorant les soins de santé, l'éducation, la recherche scientifique, l'agriculture ou encore l'accessibilité pour les personnes en situation de handicap.
Mais sans règles solides, elle pourrait aussi aggraver les inégalités, amplifier la désinformation, menacer les droits humains, bouleverser certains secteurs de l'emploi et renforcer la concentration du pouvoir technologique entre les mains d'un nombre limité de gouvernements et d'entreprises.
Selon le rapport, le défi est clair : exploiter l'immense potentiel de l'IA tout en maîtrisant les risques qu'elle fait émerger.
Les progrès de l'IA ont été fulgurants ces dernières années.
L'association de nouvelles infrastructures informatiques puissantes, de quantités massives de données et d'avancées majeures dans les méthodes d'apprentissage automatique a permis le développement de systèmes capables de tenir des conversations complexes, de réaliser des analyses scientifiques, de programmer, mais aussi de créer des contenus visuels, sonores et vidéo d'un réalisme impressionnant.
Et cette évolution ne s'arrête pas là.
Les nouveaux systèmes dits « agents d'IA » ne se contentent plus de répondre à des demandes : ils peuvent désormais planifier des tâches, utiliser des outils numériques, écrire des logiciels et accomplir des missions complexes avec une intervention humaine limitée.
Selon le rapport, la complexité des tâches que ces systèmes sont capables d'effectuer double désormais en quelques mois.
© Adobe Stock/Sunday Cat Studio La robotique basée sur l'IA est de plus en plus utilisée dans l'agriculture.Le rapport de l'ONU met en avant un nombre croissant d'applications concrètes :
Pour les experts de l'ONU, ces exemples ne relèvent pas de scénarios futuristes : ils montrent que la transformation est déjà en cours.
© Adobe Stock/Southport Un centre de données est construit dans l'État américain du Wisconsin.La même technologie qui ouvre des perspectives inédites crée aussi de nouveaux risques.
La révolution de l'IA est loin de profiter à tous de manière équitable.
Bien que ses usages se répandent à travers le monde, l'accès aux technologies les plus avancées reste largement concentré dans les pays les plus développés.
Selon le rapport, les États-Unis disposent d'environ trois quarts de la puissance de calcul des supercalculateurs d'IA les plus performants au monde, tandis que la Chine en représente environ 15 %. À eux deux, ces pays concentrent près de 90 % de cette capacité.
La majorité des modèles d'IA les plus avancés sont également développés par des entreprises implantées dans ces deux pays.
À l'inverse, de nombreux pays en développement manquent encore d'infrastructures numériques, de compétences spécialisées, de données, d'investissements et de ressources linguistiques adaptées pour exploiter pleinement le potentiel de l'IA.
Ils risquent ainsi de dépendre de technologies qu'ils ne peuvent ni concevoir, ni examiner, ni auditer, ni adapter à leurs propres réalités.
Le groupe d'experts avertit que, sans investissements et coopération internationale accrus, l'IA pourrait renforcer les fractures existantes au lieu de contribuer à les réduire.
© UNICEF/ Hugh Rutherford En Ouganda, un élève malvoyant utilise une aide technique pour lire et enregistrer les cours.Pour le groupe scientifique de l'ONU, les mécanismes actuels de gouvernance n'ont pas été conçus pour une technologie qui évolue à une telle vitesse.
Les gouvernements font face à ce que les experts appellent un « dilemme des données probantes » : ils ont besoin de preuves scientifiques solides avant d'adopter des règles, mais lorsque ces données deviennent disponibles, les technologies ont souvent déjà évolué.
Plus de 40 cadres de gouvernance et lignes directrices éthiques sur l'IA existent déjà dans différentes régions du monde. Mais selon le rapport, ces initiatives restent fragmentées, parfois incohérentes, et font rarement l'objet d'évaluations permettant de mesurer leur efficacité réelle.
Autre sujet de préoccupation : de nombreuses évaluations de sécurité sont encore réalisées par les entreprises qui développent elles-mêmes les systèmes d'IA.
Le rapport appelle donc à renforcer l'évaluation indépendante, la coopération internationale et l'élaboration de normes communes afin de garantir des systèmes d'IA sûrs, transparents et responsables.
Parallèlement, les pays doivent investir dans les infrastructures numériques, l'éducation, les compétences techniques et les institutions publiques afin de pouvoir développer et encadrer l'IA selon leurs propres besoins.
Les Nations Unies travaillent à la création d'une nouvelle architecture internationale destinée à aider les pays à prendre des décisions éclairées sur l'avenir de l'IA.
En 2025, l'Assemblée générale des Nations Unies a créé le Groupe scientifique international indépendant sur l'intelligence artificielle, composé de 40 experts issus de toutes les régions du monde et siégeant à titre personnel.
Ce groupe n'a pas pour mission de réglementer l'IA, mais d'apporter une expertise scientifique indépendante. Il analyse les dernières données disponibles sur les opportunités, les risques et les impacts de cette technologie, afin de fournir aux gouvernements des éléments fiables pour élaborer leurs politiques.
Ses travaux alimenteront le Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA, qui s'ouvrira à Genève le 6 juillet 2026. Les États membres y discuteront des moyens de mieux coordonner les approches internationales face à cette technologie en pleine évolution.
Le message du groupe scientifique est clair : l'IA n'est ni intrinsèquement bénéfique ni dangereuse.
Son impact dépendra des décisions prises aujourd'hui par les gouvernements, les entreprises et les sociétés.
Cette technologie transforme déjà la science, la santé, l'éducation et les économies du monde entier.
Qu'elle contribue à réduire ou à accentuer les inégalités, qu'elle renforce ou fragilise la démocratie et les droits humains, dépendra largement de la capacité de la communauté internationale à mettre en place une gouvernance capable d'évoluer au même rythme que l'innovation.