01/19/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/20/2026 18:06
Colère, isolement, décrochage scolaire, mauvaise estime de soi … L'adolescence charrie de nombreux préjugés. Il est alors difficile de distinguer ce qui relève d'un processus normal de construction identitaire et ce qui peut signaler une dépression. Pédopsychiatre et chercheuse à l'Inserm et au Yale Child Study Center, Laelia Benoit éclaire ces zones de flou et aide à repérer les signes qui doivent alerter.
Lorsque les portes qui claquent s'accompagnent d'une baisse marquée de l'estime de soi, d'un sentiment d'inutilité, d'un repli et d'une perte d'intérêt généralisée, la situation devient plus préoccupante.
Laelia Benoit
Comment la dépression chez les adolescents se manifeste-t-elle ?
La dépression ne se manifeste pas de la même manière chez les adolescents que chez les adultes, ce qui la rend parfois difficile à repérer. Là où l'adulte évoque une tristesse persistante ou un sentiment d'abattement, le mal-être adolescent s'exprime davantage par de l'irritabilité, de la colère ou de l'agressivité. Cela peut se traduire par des portes qui claquent à la moindre remarque ou au contraire par un retrait marqué, avec un sentiment de vide et d'ennui.
Dans le même temps, l'adolescent peut décrocher à l'école et ne plus s'intéresser à ce qui le motivait auparavant. Un jeune qui aimait faire du sport, voir ses amis ou pratiquer des loisirs peut s'en détourner. On observe fréquemment des difficultés de concentration et de mémoire, une baisse de l'estime de soi avec des propos de dévalorisation, un désintérêt durable pour l'école et les relations amicales, ainsi qu'une vision très pessimiste de l'avenir. Le sommeil est souvent perturbé avec soit une hypersomnie, des difficultés à se lever, une inversion du rythme veille-sommeil ou encore des insomnies.
L'alimentation peut également se modifier, avec une perte d'appétit ou, au contraire, des prises alimentaires importantes, souvent sucrées. On peut également avoir des conduites à risque comme la consommation de substances telles que l'alcool ou le cannabis, ou encore des gestes auto-agressifs.
On peut facilement confondre nombre de ces signes avec une adolescence « typique »…
À l'adolescence, la construction de l'identité, la recherche d'autonomie et les difficultés liées à l'image de soi sont des processus normaux. Ce qui doit alerter, ce n'est pas un signe isolé, mais le changement et l'ensemble. Il faut observer comment l'adolescent fonctionne à la maison, à l'école et avec ses amis.
Un conflit ponctuel n'est pas inquiétant si l'adolescent va globalement bien et reste investi dans ses relations et ses activités. En revanche, lorsque les portes qui claquent s'accompagnent d'une baisse marquée de l'estime de soi, d'un sentiment d'inutilité, d'un repli et d'une perte d'intérêt généralisée, la situation devient plus préoccupante. C'est l'accumulation des signes, leur intensité et leur durée qui permettent de comprendre que l'adolescent souffre.
Comment un parent peut-il en parler avec son enfant ?
Face à des comportements inquiétants, notamment des conduites auto-agressives, il est préférable d'éviter la question « pourquoi », vécue comme accusatrice. Demander plutôt « comment tu te sens quand tu fais ça ? » permet d'ouvrir la discussion. Plus largement, poser la question « est-ce que tu te sens mal ? » constitue déjà un premier pas.
À quel moment consulter ?
Souvent, les parents consultent lorsque les notes chutent. Or, quand les résultats scolaires baissent, la dépression est déjà installée. L'inquiétude parentale est un bon signal pour voir un professionnel. Consulter n'est jamais grave.
On peut commencer par le médecin traitant, afin d'ouvrir la discussion, et, si besoin, de réaliser un bilan de santé. Certains symptômes peuvent s'expliquer par des causes somatiques, par exemple une anémie chez les adolescentes au début des règles.
Quels traitements suivre lorsque la dépression est confirmée ?
En première intention, les recommandations privilégient la psychothérapie, qui permet de travailler sur l'image de soi, les difficultés scolaires ou relationnelles. Un adolescent évolue toujours dans un contexte familial, scolaire et social. Parfois, tout semble aller bien à la maison et à l'école, mais des difficultés existent ailleurs, comme un harcèlement sur le trajet ou en ligne. La thérapie permet d'avoir cette vision d'ensemble.
Si cela ne suffit pas, des traitements antidépresseurs peuvent être proposés, notamment les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine. Les données montrent que l'association des deux est souvent la plus efficace.