02/05/2026 | News release | Distributed by Public on 02/05/2026 11:21
5 février, 2026Le 15 janvier dernier, Martha Orozco est devenue la première femme élue au Comité exécutif national de l'USO (Unión Sindical Obrera), un syndicat membre d'IndustriALL en Colombie. Il s'agit d'une élection historique pour cette organisation, fondée il y a 100 ans.Martha a participé au projet régional porté par IndustriALL, de 2017 à 2020, sur la thématique du genre ; elle endosse aussi le rôle de mentor dans le cadre du projet de mentorat mis en œuvre avec LO-Norvège. Lors d'un entretien avec IndustriALL, elle a évoqué son parcours syndical et son nouveau rôle de dirigeante.
1) Devenir la première femme à rejoindre le Comité exécutif national de l'USO a certainement été un travail de longue haleine. Comment t'es-tu préparée à ce défi et quelle est la procédure qui a présidé à ta candidature ?
La procédure de candidature a en effet commencé bien avant 2022, alors que je faisais partie de l'équipe dirigée par César Loza, Président de l'USO jusqu'à il y a peu. Après sa nomination au Conseil d'administration de la compagnie pétrolière colombienne Ecopetrol, j'ai accédé, en ma qualité d'adjointe élue démocratiquement, au siège qu'il a laissé vacant.
Pour me hisser à un poste aussi élevé, il fallait que je bénéficie du soutien massif des travailleurs et travailleuses, assorti d'un vote officiel. Pour cela, une douzaine d'années de formation et de travail syndical soutenus ont été nécessaires, incluant entre-autres une préparation académique, des activités de recrutement de membres et de développement d'un leadership collectif. J'y suis parvenue grâce à un processus démocratique d'acquisition de connaissances et d'expérience dans le secteur syndical.
2) Quels enseignements, appuis ou décisions ont été déterminants durant ce parcours ?
Les programmes de formation proposés par IndustriALL, l'USO et sa centrale syndicale CUT ont été essentiels, tout comme l'ouverture d'esprit d'acteurs internationaux tels que l'OIT et la LO. Celles-ci ont contribué à nous doter d'outils pratiques pour renforcer notre travail. Le soutien d'alliés masculins, qui ont compris que l'implication des femmes constitue une nécessité démocratique, a été tout aussi déterminant. Sans cet appui, il s'avère extrêmement difficile pour les femmes d'accéder à des postes de direction.
Edwin Palma, aujourd'hui Ministre colombien de l'Énergie et ancien Président de l'USO, figure parmi les premiers à avoir soutenu activement cette réflexion. Il maintient que la participation des femmes à la direction des syndicats est un impératif démocratique.
En l'absence de tels alliés, réussir relève presque de l'impossible, car le système semble conçu pour empêcher les femmes de s'élever dans la hiérarchie. Les différentes charges de travail rémunérées et non rémunérées qui leur incombent compliquent leur engagement et leur progression ; les encouragements d'autres collègues féminines et la détermination personnelle constituent dès lors d'indéniables atouts.
3) Selon toi, qu'apporte la participation des femmes aux instances décisionnelles des syndicats nationaux ?
Cette approche de l'USO a abouti à la négociation d'une convention collective comprenant un chapitre sur l'égalité des sexes, ce qui était sans précédent à l'époque. A partir de là, une commission sur cette thématique a été créée et d'autres syndicats se sont sentis encouragés à envisager des dispositions similaires, traitant de questions telles que la violence sexiste et l'implication des femmes au sein des entreprises. Des progrès ont également été réalisés en matière de recrutement. La part des femmes dans l'industrie est passée de 21% en 2021 à environ 24-25% en 2026. Ces progrès résultent d'efforts soutenus menés pour identifier et décloisonner les espaces permettant une plus grande implication des femmes.
4) Tu as participé à plusieurs programmes de formation d'IndustriALL sur les thèmes du syndicalisme, du genre et du leadership. Comment ceux-ci ont-ils influencé ton travail ?
Les cours proposés par IndustriAll sur la planification syndicale, le recrutement et le développement du leadership se sont avérés très précieux à mes yeux. Sans ces connaissances, j'aurais rencontré beaucoup plus de difficultés à progresser en tant que femme syndicaliste. Il est essentiel de constituer des équipes dirigeantes et de soutenir les collègues tout au long du processus. Fournir à d'autres femmes les outils dont elles ont besoin pour évoluer constitue un élément incontournable du développement durable des syndicats.
5) Tu as également choisi de devenir mentor dans le cadre du projet de mentorat d'IndustriALL. Qu'est-ce qui a motivé cette décision ?
Le mentorat offre un espace où partager des expériences, apprendre des attentes des collègues en début de parcours et contribuer à la mise en place de nouveaux modèles organisationnels. Il s'agit d'une démarche d'apprentissage mutuel qui permet aux mentors et mentorés d'échanger leurs points de vue et de renforcer leurs capacités collectives.
6) Quel message adresserais-tu aux femmes actives auprès des syndicats mais qui hésitent encore à assumer des rôles de dirigeantes ?
Tout d'abord, l'exercice d'une telle responsabilité nécessite un engagement sincère. Les obstacles sont en effet nombreux et conséquents. Ensuite, la bonne compréhension du secteur, de ses données, de ses défis et de sa dynamique exige une forte capacité d'analyse. Enfin, le soutien de collègues et d'alliés fiables et expérimentés fait vraiment la différence. Voilà pour moi les trois piliers fondamentaux.
7) Quels types d'entraves les femmes rencontrent-elles au sein de ces instances ?
Nous vivons dans une société patriarcale où l'on décourage souvent l'accès des femmes à des postes de direction tant dans le monde académique, syndical qu'entrepreneurial. Il s'agit de fonctions de pouvoir et ceux qui les occupent se montrent souvent réticents à les partager. Les femmes qui frappent à la porte de telles instances se heurtent souvent à une forte résistance visant à préserver ces structures de pouvoir existantes.
Les responsabilités familiales font également peser une charge excessive sur les femmes, qui doivent concilier travail rémunéré, responsabilités syndicales et tâches domestiques non rémunérées. En outre, la Colombie a été identifiée à plusieurs reprises comme l'un des pays les plus dangereux au monde pour les syndicalistes. Cette réalité touche les femmes de manière disproportionnée et dissuade nombre d'entre elles de s'engager.
Assumer des responsabilités syndicales peut également limiter la progression professionnelle au sein des entreprises ; les militants et militantes syndicaux font souvent face à des représailles ou à la stagnation de leur carrière.
8) Compte tenu de ces défis, qu'est-ce qui te motive à continuer à exercer tes fonctions de dirigeante syndicale ?
Ma motivation repose sur une conviction et un engagement personnels profonds. Les sacrifices consentis sont bien réels mais la récompense l'est tout autant. Le syndicalisme s'impose comme une vocation fondée sur le service, la solidarité et la défense collective.
Défendre avec succès un travailleur ou une travailleuse dans le cadre d'une procédure disciplinaire et empêcher son licenciement abusif procure un fort sentiment du devoir accompli. Savoir que ce travail protège des familles et leurs moyens de subsistance apporte une réelle satisfaction personnelle et professionnelle. C'est cette intime conviction qui fait que les défis valent la peine d'être relevés.