05/20/2026 | Press release | Distributed by Public on 05/20/2026 10:42
La détention du journaliste Merdan Yanardag a été prolongée jusqu'à sa prochaine audience, le 6 juillet prochain, tandis que se poursuit également celle de ses confrères Alican Uludag et Ismail Ari, qui comparaîtront pour la première fois devant la justice respectivement le 21 mai et le 5 juin prochain. Reporters sans frontières (RSF) demande la libération immédiate de ces trois journalistes détenus depuis des mois pour n'avoir fait que leur métier.
Trois journalistes, Alican Uludag, Merdan Yanardag et Ismail Ari, sont actuellement détenus en Turquie en raison de leur travail.
"L'arbitraire et la longue durée des détentions dites "préventives" dans le cadre de poursuites à répétition visant ces journalistes de renom qui ont travaillé sur des enquêtes et des sujets embarrassants pour le pouvoir, sous couvert de diverses charges, allant de l'"insulte envers le président" à l'"espionnage politique", en passant par le la "diffusion d'informations trompeuses", démontrent parfaitement le caractère politique de ces procédures judiciaires. Cette tentative de les réduire au silence doit cesser. Nous appelons les autorités turques à mettre fin à ces poursuites iniques et à libérer immédiatement Merdan Yanardag, Alican Uludag et Ismail Ari.
Le 13 mai dernier, la cour d'assises d'Istanbul a refusé de libérer le rédacteur en chef d'une des rares dernières chaînes de télévision critiques du gouvernement Télé1, Merdan Yanardag, détenu depuis octobre 2025 dans la prison de Marmara (anciennement Silivri) à Istanbul. Victime d'un véritable harcèlement judiciaire, ce journaliste est visé par une quatrième procédure judiciaire en cinq ans - la Cour constitutionnelle a d'ailleurs reconnu l'injustice de sa précédente détention dans l'une de ces affaires.
Dans son acte d'accusation du 4 février 2026, le parquet d'Istanbul a requis de 15 à 20 ans de prison contre le journaliste pour "espionnage politique", ainsi que la saisie de la chaîne Télé1. Il est injustement accusé - aux côtés du maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu et du directeur de campagne de ce dernier Necati Ozkan - d'avoir eu un lien avec un prétendu "repenti" et agent de l'étranger Hüseyin Gün, lors de la campagne des municipales de 2019. À l'issue de l'audience du 13 mai, la Cour a décidé de demander à l'Organisation nationale du renseignement turc (MIT) s'il existe des rapports concernant l'implication des accusés dans des activités d'espionnage et a prolongé la détention de Merdan Yanardag jusqu'à sa prochaine audience le 6 juillet prochain.
La comparution devant le tribunal correctionnel d'Ankara du journaliste Alican Uludag, aura lieu le 21 mai. Ce correspondant de la section turcophone de la Deutsche Welle (DW) détenu depuis le 20 février, est accusé de "diffusion publique d'informations trompeuses", "insulte publique au président" et "dénigrement public des institutions de l'État" pour avoir écrit ou partagé 13 posts sur les réseaux sociaux, entre le 28 janvier et le 3 octobre 2025, dénonçant notamment l'arrestation des journalistes Furkan Karabay et Fatih Altayli, ainsi que la répression judiciaire visant les maires du principal parti d'opposition (CHP). Dans cette affaire qui menace le journaliste de 19 ans et 5 mois de prison, le président Recep Tayyip Erdogan est le seul plaignant.
Si le journaliste a été interrogé en garde à vue sur l'un de ses sujets datant du 18 décembre 2024 diffusé par la chaîne Now TV, pour laquelle il collaborait, et qui portait sur le rapatriement de citoyens turcs affiliés à l'État islamique et qui critiquait la réduction de peine accordée à des condamnés responsables de l'attentat à l'aéroport Atatürk d'Istanbul en juin 2016, ceci n'a pour le moment pas été retenu dans l'acte d'accusation. Sa première audience aura lieu le 21 mai.
La charge de "diffusion publique d'informations trompeuses" menace également le journaliste du quotidien d'opposition Birgün ("Un Jour") Ismail Ari qui a été placé en détention provisoire le 22 mars dernier. Son procès s'ouvrira le 5 juin prochain devant le tribunal correctionnel d'Ankara. Dans l'acte d'accusation du 29 avril 2026, il se voit en outre accusé de "violation du secret de l'instruction". On lui reproche une émission de Birgün TV auquelle il a assisté le 16 janvier 2026, lors de laquelle il avait dénoncé la prétendue corruption et le clientélisme au sein du pouvoir, de la famille Erdogan et des cercles judiciaires. "Cette arrestation est pour moi une 18e récompense", déclare-t-il depuis sa prison de Sincan de la capitale Ankara, rappelant ses 17 précédents prix reçus pour ses enquêtes journalistiques.
La Turquie occupe le 163e rang sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2026.