10/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/15/2026 08:14
Nouvelles poursuites antiterroristes, secret des sources menacé et peines de 18 mois de prison à purger : le journaliste et commentateur politique Zied El Heni fait face à une situation judiciaire particulièrement préoccupante. Alors qu'il doit comparaître le 16 octobre dans le cadre d'une procédure fondée sur quatre chefs d'accusation à caractère terroriste, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités tunisiennes à acquitter le journaliste et à protéger le principe fondamental du droit au secret des sources journalistiques.
Le 16 octobre, Zied El Heni comparaîtra devant la cinquième chambre du tribunal de première instance de Tunis, spécialisée dans les affaires de terrorisme. Cette audience s'inscrit dans le cadre d'une procédure ouverte par les services antiterroristes en 2023 concernant des enregistrements audio ayant fait l'objet d'une fuite attribués à l'ancien président par intérim du parti politique Ennahdha, Mondher Ounissi.
Selon les éléments communiqués par la défense du journaliste, dans un premier temps, Zied El Heni a été convoqué le 15 septembre 2023 comme témoin par une unité antiterroriste, après qu'il eut évoqué ces enregistrements, lors d'une émission de radio du 7 septembre, en expliquant avoir contacté les personnes concernées pour vérifier leur authenticité. Les enquêteurs ont demandé l'accès à son téléphone. Ils y ont découvert un courriel contenant une décision judiciaire qui lui a été transmise dans le cadre de son activité journalistique. Il a alors été entendu comme accusé pour quatre charges : participation à la constitution d'une organisation ou d'une entente terroriste ; fourniture ou diffusion d'informations au profit de personnes liées à des infractions terroristes ; non-signalement d'informations relatives à une infraction terroriste présumée ou avérée ; contact avec des agents d'une puissance étrangères en vue de porter atteinte aux intérêts diplomatiques de la Tunisie. Le journaliste encourt jusqu'à 20 ans d'emprisonnement.
"À la suite de la perquisition de son téléphone, mon père est visé par quatre chefs d'inculpation à caractère terroriste", témoigne sa fille Ithar el-Heni. L'un d'eux en particulier, "le manquement à l'obligation de signaler certaines informations aux autorités", "y compris des informations couvertes par le secret professionnel", constitue "une criminalisation directe de la protection des sources journalistiques", dénonce-t-elle.
Cette accusation, qui illustre l'instrumentalisation des poursuites judiciaires visant les journalistes, soulève en effet un enjeu majeur pour l'exercice de la profession en Tunisie. En faisant du non-respect de l'obligation de signalement, y compris lorsqu'elle porte sur des informations couvertes par le secret professionnel, un fondement possible d'une infraction à caractère terroriste, cette procédure pourrait porter directement atteinte au droit des journalistes à protéger leurs sources.
"Pour RSF, la qualification terroriste de faits liés à l'exercice du journalisme et à la protection des sources constitue un signal particulièrement préoccupant. Le secret des sources est une garantie essentielle à l'exercice du journalisme. Il ne saurait, en lui-même, être assimilé à un acte ou à une infraction à caractère terroriste. Nous appelons les autorités à protéger ce principe fondamental du droit au secret des sources journalistiques et à acquitter Zied El Heni.
Le 26 juin, la cour d'appel de Tunis a confirmé la condamnation du journalisme à un an d'emprisonnement, prononcée sur le fondement de l'article 86 du Code des télécommunications pour "atteinte à autrui via les réseaux publics de communication". Cette condamnation fait suite à des propos tenus lors d'un colloque universitaire, en tant que journaliste, critiquant les poursuites judiciaires visant son confrère Khalifa Guesmi, puis relayés dans une publication sur Facebook.
Cette décision a entraîné l'exécution automatique d'une autre peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, prononcée en janvier 2024 après des critiques formulées par le journaliste envers la ministre du Commerce. Selon sa défense, Zied El Heni doit ainsi purger un total de 18 mois d'emprisonnement.
La Tunisie occupe la 137e place sur 180 pays et territoires dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2026 établi par RSF.