09/08/2026 | Press release | Distributed by Public on 09/08/2026 07:14
- Seul le prononcé fait foi -
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Il me revient le plus difficile de conclure cette journée alors que vous avez à l'esprit les discussions, les projets, les rêves qui déjà anticipent nos prochaines rencontres. Mais au terme de cette journée particulièrement dense, je voudrais tenter de mesurer ce que nous sommes parvenus à faire ici, à Saint-Paul-de-Vence en quelques heures particulièrement fécondes parce qu'elles étaient peut-être inconsciemment - attendues de nous tous.
C'est la première fois que nous avons réuni à ce niveau des dirigeants et représentants d'États, des créateurs, des producteurs, des diffuseurs, des salles de cinéma, des plateformes, des acteurs du jeu vidéo et de la technologie, venus de plus de cinquante pays, pour parler ensemble de l'avenir de la création. Plus de deux cents participants du monde entier ont pu confronter leurs expériences, leurs modèles, leurs préoccupations et leurs réflexions.
A la fin de cette journée particulière, cela semble naturel. Mais pourtant, cet événement n'avait rien d'une évidence.
Tous ces mondes se rencontrent, travaillent souvent ensemble, s'opposent même parfois, mais ils ont très peu, trop peu d'occasions d'imaginer ensemble leur avenir. Pendant cette journée, ils l'ont fait autour d'une même question : comment continuer à créer des œuvres ambitieuses, à les financer et à leur permettre de rencontrer leurs publics dans un univers créatif qui a profondément changé et dont les transformations s'accélèrent sous nos yeux, plus vite que nous ne les maitrisons parfois.
Nous sommes partis d'un constat simple, que nos échanges ont largement éclairé : jamais les images n'ont été aussi nombreuses. Jamais elles n'ont circulé aussi vite. Et, pourtant, jamais nous n'avons autant ressenti la fragilité des œuvres menacées de s'effacer à peine créées.
Nous avons donc parlé de leur financement, de leur circulation, de l'avenir des salles, de la diversité culturelle, de l'intelligence artificielle, des nouveaux équilibres entre les acteurs et de la responsabilité des plateformes. Nous avons parlé de cinéma, d'audiovisuel, d'animation et de jeu vidéo, parce que les frontières entre ces univers bougent, évoluent et que beaucoup des défis qu'ils affrontent sont désormais communs.
Ce Sommet aura d'abord permis de faire de ces préoccupations une question internationale.
C'était l'ambition commune du Président de la République et du Président Lee Jae-Myung, ambition qui a fait naître ce projet. Ils ont porté ensemble cette initiative et je veux remercier chacun d'entre vous de les avoir accompagnés. Car ce Sommet ne pouvait réussir qu'à une condition : que des personnalités venues d'horizons très différents acceptent de prendre le temps de confronter leurs expériences et de chercher ensemble des réponses.
Pour la première fois, nous avons choisi de placer la culture au cœur d'un rendez-vous de cette nature.
Un Sommet …
Ce choix dit quelque chose de très important.
Il dit que les œuvres et les imaginaires ne sont pas à la périphérie des grandes transformations de notre temps, mais qu'ils en sont l'un des enjeux centraux. Parce que les images façonnent notre représentation du monde. Parce qu'elles circulent par-delà toutes les frontières. Parce qu'elles participent à la vitalité de nos démocraties comme au rayonnement de nos cultures.
Mais un Sommet comme celui-ci ne peut pas s'arrêter au plaisir - bien réel je crois - de nous être rencontrés. Il doit produire des engagements et des résultats. Et ces engagements et ces résultats, je suis heureuse de le dire, sont nombreux ce soir.
Ils sont d'abord politiques.
C'est le sens de la Déclaration Lumière, déclaration générale de ce Sommet. Elle repose sur une conviction que nous avons partagée tout au long de cette journée : dans une économie où notre attention est devenue l'objet d'une compétition permanente, nous devons continuer à défendre la valeur des œuvres. Cette Déclaration lumière réaffirme ainsi notre attachement à la diversité culturelle, à la place singulière de la salle de cinéma, aux droits des créateurs. Et face à l'intelligence artificielle, elle refuse aussi bien le rejet de principe que l'acceptation sans conditions : l'innovation doit pouvoir se développer, mais elle doit rester au service de la création humaine.
Nous avons voulu aller encore plus loin avec la Déclaration de Saint-Paul-de-Vence sur l'intelligence artificielle, qui pose des garanties très concrètes pour les auteurs, les artistes et les interprètes : la transparence sur l'utilisation de leurs œuvres, leur consentement et leur rémunération.
La France et la Corée portent aujourd'hui cette ambition avec les représentants des créateurs et des ayants droit et elle pourra nourrir les travaux que nous voulons conduire dans le cadre de l'UNESCO.
D'autres engagements ont été pris sur les responsabilités que nos industries doivent assumer ensemble : la lutte contre le piratage, la transition vers des productions plus durables, la parité et la prévention des violences et du harcèlement sexistes et sexuels…
Mais ce Sommet ne porte pas seulement des principes. Il témoigne aussi de la capacité de nos industries à investir, à se développer et à bâtir de nouvelles coopérations.
La France en apporte aujourd'hui une illustration. 628 millions d'euros de productions internationales sont d'ores et déjà attendus cette année dans notre pays, et nous pouvons atteindre un milliard d'euros d'ici à la fin de l'année. Des séries et des films internationaux majeurs sont produits aujourd'hui dans notre pays, notamment grâce au renforcement de nos crédits d'impôt et aux investissements de France 2030 dans la Grande Fabrique de l'image.
Nous lançons également le Partenariat Lumière, pour lequel la France et la Corée engage chacune 500 millions d'euros afin d'accompagner la consolidation et le développement de nos entreprises culturelles et créatives. C'est un enjeu économique, bien sûr.
Mais c'est aussi un enjeu de souveraineté culturelle : nous avons besoin d'entreprises capables d'investir, d'innover et de porter nos œuvres dans la compétition internationale.
Nous voulons enfin donner au jeu vidéo, un rendez-vous international à la hauteur de ce que Cannes représente pour le cinéma ou Annecy pour l'animation. La France prendra donc l'initiative d'un festival international, qui réunira créateurs, studios, professionnels et publics du monde entier.
Et puis il y a les projets que nous voulons désormais construire avec les États et tous ceux qui souhaiteront s'y engager.
Avec IRIS, nous voulons renforcer la coopération entre les salles indépendantes et aider les œuvres singulières à mieux circuler et à rencontrer leurs publics.
Aux côtés d'ALIPH, nous allons bâtir une coopération internationale pour identifier, préserver et restaurer le patrimoine cinématographique et audiovisuel là où il est menacé.
Avec l'UNESCO, nous voulons permettre à davantage de pays de développer des politiques d'éducation aux images adaptées à leur histoire, à leur culture et à leur système éducatif. La discussion que nous venons d'avoir l'a bien montré : imaginer l'avenir de la création, ce n'est pas seulement préparer les œuvres de demain. C'est aussi former et éduquer celles et ceux qui vont les regarder.
Enfin, avec l'initiative Audiovisual Next Gen, nous voulons permettre à une nouvelle génération de professionnels venus du monde entier de découvrir d'autres modèles, et surtout de commencer très tôt à travailler ensemble.
Toutes ces initiatives procèdent de la même conviction. Face à des transformations qui traversent les frontières, nous avons besoin de réponses qui puissent, elles aussi, les traverser.
Le succès de ce Sommet ne s'arrête pas à ce que nous aurons décidé aujourd'hui. Il se mesurera à notre capacité à faire vivre ces engagements dans la durée. Et pour cela, nous avons besoin de veilleurs, partout où cela est possible : des institutions capables de porter et de financer ces ambitions, de suivre les métamorphoses de nos industries, d'accompagner à toutes les étapes les créateurs.
Depuis longtemps déjà, les institutions ont appris à travailler ensemble à l'échelle régionale : l'Europe a construit son propre réseau avec les EFAD, comme l'Amérique latine avec la CAACI ou l'Asie avec l'AFAN. Mais il n'existait jusqu'à présent aucun espace permettant à toutes ces institutions de coopérer à l'échelle mondiale.
C'est pourquoi je suis particulièrement heureuse que ce Sommet donne naissance à l'Alliance Lumière.
Cette Alliance réunira les institutions publiques chargées du cinéma et de l'image animée qui souhaiteront la rejoindre, dans le respect de la diversité de leurs modèles. 50 pays je crois ont accepté cette après-midi d'y adhérer. Elle n'a pas vocation à se substituer aux coopérations qui existent déjà. Elle permettra au contraire de les relier, de faire partager les expériences et les solutions, et surtout de faire émerger des projets communs.
C'est, au fond, une idée assez simple, toujours la même : les défis auxquels nous faisons face sont mondiaux. Ceux qui, dans chacun de nos pays, ont la responsabilité d'y répondre doivent pouvoir y travailler ensemble.
L'Alliance Lumière se réunira ainsi chaque année dans l'un de nos pays, pour confronter les expériences et faire avancer des projets communs. La Grèce sera la première à l'accueillir en 2027. Saint-Paul-de-Vence n'est donc pas la fin, mais le début d'une conversation sur le monde.
Mesdames et Messieurs, chers amis,
Ce premier Sommet s'achève. Et nous avons du travail.
Nous avons voulu faire de Saint-Paul-de-Vence le lieu où des pays qui n'ont pas la même histoire, pas les mêmes industries, pas toujours les mêmes intérêts, acceptent néanmoins de regarder ensemble l'avenir. À nous de prolonger autour de nos projets les liens qui se sont noués aujourd'hui. Avec une certitude cent trente ans après que les frères lumière l'ont inventé, c'est que le cinéma va continuer d'accompagner nos vies.
Je vous remercie.