WHO - World Health Organization Regional Office for Europe

05/27/2026 | Press release | Archived content

Journée mondiale sans tabac 2026 : la prochaine révolution de la nicotine est déjà là

Depuis des décennies, les politiques de lutte antitabac ont contribué à faire baisser le taux de tabagisme et à sauver des millions de vies. Cependant, alors que les pays renforçaient leurs réglementations, l'industrie du tabac et de la nicotine a adapté ses stratégies. « Aujourd'hui, nous sommes à l'aube d'une nouvelle révolution en matière de dépendance, alimentée par l'industrie, et les politiques de lutte antitabac ne sont pas à la hauteur », explique le docteur Ghazi Zaatari, professeur et directeur du Département de pathologie et de médecine de laboratoire à la Faculté de médecine de l'Université américaine de Beyrouth.

À l'occasion de la Journée mondiale sans tabac, cet expert en santé publique, qui préside actuellement le groupe d'étude de l'OMS sur la réglementation des produits du tabac, met en garde contre le fait qu'une nouvelle vague de produits à base de nicotine ou similaires pourrait transformer en profondeur et élargir le marché des produits addictifs, le rendant ainsi encore plus accessible aux enfants et aux jeunes.

La nicotine synthétique : moins chère et plus accessible

L'industrie du tabac s'est toujours appuyée sur un mécanisme essentiel : maintenir les consommateurs dans la dépendance. Traditionnellement, cette dépendance provenait de la nicotine contenue dans les feuilles de tabac, consommée principalement sous forme de cigarettes classiques et d'autres produits du tabac. Mais l'avenir des produits nicotiniques pourrait ne plus dépendre uniquement du tabac.

« Ces 5 dernières années, l'industrie a accru son recours à la nicotine synthétisée en laboratoire et à ses analogues chimiques. Depuis peu, ces substances sont devenues aussi rentables que la nicotine issue des feuilles de tabac. L'industrie s'oriente donc vers une nouvelle génération de produits pouvant contenir peu ou pas de nicotine d'origine tabagique, tout en continuant à cibler les mêmes récepteurs cérébraux responsables de la dépendance à la nicotine », prévient le docteur Zaatari.

Cette évolution pourrait entraîner une expansion considérable des nouveaux produits à base de nicotine - des cigarettes électroniques et des sachets de nicotine jusqu'à des formulations synthétiques entièrement nouvelles, conçues pour délivrer la nicotine de manière plus efficace, plus discrète et selon des modalités plus difficiles à réglementer.

« Ces nouveaux produits sont conçus pour faciliter l'initiation tabagique, encourager la consommation régulière et réduire la perception du risque, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes », ajoute le docteur Zaatari.

Une nouvelle addiction pour les nouvelles générations

Les produits à base de nicotine modernes sont conçus avec ingéniosité en s'appuyant sur les connaissances scientifiques relatives à la dépendance. Les sels de nicotine permettent en effet d'inhaler ou d'absorber plus facilement des doses plus élevées de nicotine. Les saveurs sucrées et les sensations rafraîchissantes atténuent l'âpreté et facilitent l'initiation tabagique chez les nouveaux consommateurs. Les techniques de marketing en ligne mettent de plus en plus l'accent sur le mode de vie, les technologies et l'identité sociale plutôt que sur le tabac lui-même.

Parallèlement, la nicotine synthétique et les analogues de la nicotine posent de nouveaux défis en matière de réglementation. Certaines entreprises commercialisent des produits en les qualifiant de « sans tabac », « plus sains », « plus modernes » ou « moins nocifs », alors qu'ils déclenchent les mêmes mécanismes de dépendance dans notre cerveau. Les analogues de la nicotine sont commercialisés sous l'appellation « sans nicotine », alors qu'ils présentent un fort potentiel de dépendance.

Les enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables à la dépendance à la nicotine. Étant donné que le cerveau continue de se développer jusqu'au milieu de la vingtaine, l'exposition à la nicotine pendant cette période, où les mécanismes inhibiteurs ne sont pas encore pleinement développés, peut altérer les circuits neuronaux liés à l'attention, à l'apprentissage et au contrôle des impulsions. Cela explique pourquoi les jeunes restent la cible principale du marketing de la nicotine.

« Les emballages colorés, les arômes de fruits, la promotion par des influenceurs et le design discret des produits ne sont pas des innovations fortuites : ce sont des mécanismes conçus pour banaliser la consommation de nicotine et accélérer la dépendance chez les jeunes générations », explique le docteur Zaatari.

Les pays ont un besoin urgent de législations complètes

Le docteur Zaatari avertit que les pays ne peuvent se permettre d'attendre que la prochaine vague de produits soit pleinement installée et les exhorte à actualiser leurs lois antitabac afin de les rendre aussi complètes que possible : « Sans politiques plus fermes et plus adaptatives, le monde risque d'entrer dans une nouvelle phase de l'épidémie de nicotine ».

Les législations antitabac en vigueur dans de nombreux pays n'ont pas été conçues pour traiter les analogues de la nicotine, les composés synthétiques ou les produits hybrides qui se positionnent entre les secteurs pharmaceutique, récréatif et du tabac.

Région européenne de l'OMS : il faut inverser ces tendances inquiétantes

Chaque année, le tabac tue 1,2 million de personnes rien que dans la Région européenne de l'OMS. Parmi celles-ci, 202 000 meurent d'une exposition au tabagisme passif.

Notre Région affiche le taux de tabagisme le plus élevé au monde chez les adultes et devrait conserver ce statut jusqu'en 2030. Parmi les adolescents âgés de 13 à 15 ans, environ 4 millions fument et 4,2 millions utilisent des cigarettes électroniques. La Région affiche le taux de prévalence le plus élevé au monde en matière de consommation de cigarettes électroniques dans cette tranche d'âge (14,3 % contre 7,2 % ailleurs).

Selon le dernier rapport de l'OMS sur l'épidémie mondiale de tabagisme, seuls 18 des 53 pays de la Région européenne disposent d'une législation antitabac complète s'appliquant à tous les lieux publics. Douze seulement ont mis en place des numéros de téléphone nationaux pour les personnes désireuses d'arrêter de fumer et prennent en charge le coût des services de sevrage. Seuls 13 pays interdisent totalement la publicité et la promotion du tabac. Bien que plus de la moitié des pays aient atteint le niveau recommandé de taxation du tabac, les prix des cigarettes n'augmentent toujours pas suffisamment pour rendre ce produit moins abordable. Il est alarmant de constater que, dans 19 pays, les cigarettes sont aujourd'hui moins chères qu'en 2014, ce qui souligne la nécessité de hausses de prix plus importantes et plus durables par le biais de la fiscalité.

L'épidémie de tabagisme peut être maîtrisée grâce à des interventions fondées sur des données probantes, conformément à la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac et aux mesures MPOWER. Les mesures recommandées par l'OMS prévoient notamment :
  • une réglementation stricte de tous les produits du tabac et à base de nicotine, y compris les cigarettes électroniques ;
  • des interdictions totales de la publicité ;
  • des restrictions en matière d'arômes ;
  • une fiscalité plus élevée ;
  • un conditionnement neutre ;
  • des mesures de protection de la jeunesse ;
  • un accès élargi à un accompagnement efficace et fondé sur des données probantes en matière de sevrage tabagique pour tous.
« En outre, il est très important de considérer la nicotine synthétique et les analogues de la nicotine en fonction de leurs effets biologiques et addictifs, et non pas simplement en fonction de leur origine, à savoir s'ils proviennent ou non de feuilles de tabac », explique le docteur Zaatari.

Le défi auquel sont confrontés les pays aujourd'hui ne concerne plus uniquement les cigarettes. Il s'agit d'un secteur qui ne cesse de redéfinir la notion même de dépendance.
Les pouvoirs publics doivent agir dès maintenant pour renforcer leurs politiques avant qu'une nouvelle génération ne soit la victime d'une dépendance à la nicotine déguisée en innovation. Derrière les emballages soignés, les arômes attractifs et le vernis technologique se cache le même modèle économique : des profits fondés sur la dépendance et des dommages inhérents.

WHO - World Health Organization Regional Office for Europe published this content on May 27, 2026, and is solely responsible for the information contained herein. Distributed via Public Technologies (PUBT), unedited and unaltered, on June 15, 2026 at 21:26 UTC. If you believe the information included in the content is inaccurate or outdated and requires editing or removal, please contact us at [email protected]