04/09/2026 | News release | Distributed by Public on 04/09/2026 14:05
À partir de quel moment devient-on complice d'une action dangereuse, même sans agir? Cette question est en filigrane de Complices, un roman qui vient de paraître dans la collection Alinéa des Éditions Druide.
Alain Beaulieu, professeur de création littéraire à l'Université Laval, était au Salon international du livre de Québec pour présenter ce récit qui se déroule sur fond de dépenses militaires et de ventes d'armes à des régimes aux pratiques discutables.
Galilée est «une fille sans histoire»: serveuse cinq soirs par semaine, elle espère percer comme graphiste et vit seule dans un petit appartement. Une vie ordinaire, en apparence. Jusqu'au jour où elle se retrouve entraînée, malgré elle, dans les activités d'un groupe de militantes. Leur cible: DynaCore Technologies, une entreprise liée à la vente d'armes à l'échelle mondiale.
Lorsque Alain Beaulieu a amorcé l'écriture de Complices l'année dernière, il ne se doutait pas que ses mots coïncideraient avec l'actualité. «Quand j'ai écrit le roman, on parlait très peu de l'industrie de l'armement ou des investissements militaires. Aujourd'hui, ces thèmes se sont placés d'eux-mêmes dans l'actualité», dit-il, citant en exemple les projets de sécurisation du Nord et la création d'usines de munitions à Repentigny et en Ontario.
L'auteur constate une évolution du Canada face à l'industrie militaire. «On s'est longtemps perçus comme une société pacifique, peu engagée dans les conflits internationaux, sauf pour des missions de maintien de la paix. Depuis un an, on accepte un discours qui me dépasse un peu. Oui, il y a des guerres, il faut se défendre. Mais on sait très bien que produire des munitions, ce n'est pas ça qui va nous sauver.»
Dans ses romans, Alain Beaulieu met habituellement en scène des personnages proches de lui - des professeurs, des écrivains -, allant même parfois jusqu'à se projeter lui-même à travers un alter ego. Cette fois, il adopte le point de vue d'une femme dans la trentaine, à mille lieues de son propre parcours.
«C'est un personnage très différent de moi, même si elle porte une forme de désengagement que je reconnais avoir eu au moment de l'écriture, explique-t-il. Il se passe tellement de choses sur lesquelles on n'a pas de contrôle qu'on finit par se dire que ça ne sert à rien de s'engager. Mais elle, son regard est beaucoup plus cynique, plus désabusé.»
Au fil des chapitres, Galilée raconte son histoire par fragments, passant d'un sujet à l'autre et interpellant directement le lecteur. Ce procédé narratif crée une impression d'immersion: on entre dans sa tête, on suit son fil de pensée, même lorsqu'il bifurque.
Résultat: le lecteur avance à tâtons avec la narratrice, découvrant un monde qu'elle tente de comprendre, sans jamais le maîtriser entièrement. «Galilée traverse une période où beaucoup de choses lui échappent, indique l'auteur. Elle perd son emploi, sa relation avec son amoureux est peu incarnée, presque superficielle. Au fond, elle est en dehors de sa propre vie. À la fin du récit, elle trouve sa place. On sent que c'est le début de quelque chose.»
Ce «quelque chose» prend forme dans le milieu littéraire, alors que Galilée décroche un emploi au sein d'une maison d'édition. Un clin d'œil au travail de l'écrivain et à l'univers du livre, que le professeur Beaulieu explore souvent dans ses romans.
Le 9 avril, dans le cadre du Salon international du livre de Québec, Alain Beaulieu participait à un entretien sur le thème de l'engagement avec Daniel Grenier, auteur de Pour un paquet de Player's. La rencontre était animée par Vanessa Bell.
- Matthieu Dessureault - Université Laval
Malgré une œuvre abondante et mainte fois saluée - notamment par le prix littéraire France-Québec pour Le refuge -, Alain Beaulieu aborde la sortie de Complices avec un brin de nervosité.
«C'est un livre différent de ce que j'ai écrit avant, plus éloigné de moi, admet-il. On peut le lire de différentes manières… J'ai hâte de voir comment il sera reçu.»
À en juger par l'enthousiasme suscité lors de l'entretien au Salon international du livre de Québec, ce roman promet de nourrir de nombreux débats et réflexions.