RSF - Reporters sans frontières

10/16/2025 | Press release | Distributed by Public on 10/17/2025 10:35

Équateur : RSF condamne les violences commises contre au moins 55 journalistes lors des manifestations nationales

Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement l'escalade de la violence contre les journalistes en Équateur pendant la grève nationale. Selon les données de l'organisation, au moins 55 journalistes ont été agressés depuis le 22 septembre, la dernière attaque en date ayant grièvement blessé un journaliste et producteur de la chaîne Apak TV, Edison Muenala. RSF appelle à une réponse immédiate et à la mise en place de mesures de protection efficaces pour garantir que les professionnels des médias puissent exercer leur travail sans être pris pour cibles.

Le 14 octobre, alors qu'il couvrait les affrontements entre manifestants et militaires à Otavalo, dans la province d'Imbabura située dans le nord du pays, un journaliste de la chaîne communautaire Apak TV, Edison Muenala, a été atteint par une balle, qui aurait été tirée par un membre des forces armées. Ce journaliste autochtone issu du peuple Kichwa, connu pour ses reportages interculturels et communautaires, a été blessé à l'épaule. Cette attaque est survenue dans un contexte de tensions croissantesaprès la grève nationale convoquée par la Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur (CONAIE) pour protester contre le décret 126 du président Daniel Noboa, qui réforme la réglementation sur les prix des dérivés d'hydrocarbures et a entraîné une hausse du prix du diesel.

Des violations de la liberté de la presse ont été documentées dans au moins cinq provinces équatoriennes, allant de l'usage excessif de la force par les forces de sécurité de l'État à des agressions commises par des civils, du harcèlement en ligne et de la censure administrative. RSF et ses partenaires locaux ont recensé 55 journalistes agressés depuis le début de la grève nationale. La porte-parole du gouvernement, Carolina Jaramillo, a déclarélors d'une conférence de presse le 13 octobre que "tout manquement au protocole doit faire l'objet d'une enquête".

"RSF condamne fermement le tir contre Edison Muenala et la série d'agressions subies par des journalistes pendant la grève nationale en Équateur. L'organisation exhorte le président Daniel Noboa et le Bureau du procureur général à ouvrir des enquêtes rapides, impartiales et transparentes afin d'identifier et sanctionner les responsables, et de veiller à ce que ces actes ne restent pas impunis. Nous appelons les autorités équatoriennes à garantir des mesures de protection efficaces pour les journalistes - en particulier les reporters communautaires et autochtones - et à réaffirmer publiquement que la liberté de la presse et le droit à l'information doivent être respectés, même en période de crise et de troubles sociaux.

Artur Romeu
Directeur du bureau Amérique latine de RSF

Attaques et censure dans tout le pays

Les attaques documentées par RSF et ses organisations partenaires ont été perpétrées à la fois par les forces de l'État - notamment la police nationale et les forces armées - et par des civils ou des individus non identifiés. Outre l'agression d'Edison Muenala, les incidents les plus graves incluent un épisode violent survenu le 12 octobre dans la capitale Quito, où au moins six journalistes ont été agressés par des policiers alors qu'ils couvraient les manifestations. Un opérateur de drone de la chaîne Ecuavisa TV, Santiago Gil, a eu la main fracturée après avoir été frappé par des agents, et une correspondante de la chaîne Telesur, Gabriela Mena, a vu son téléphone portable détruit pendant qu'elle était agressée physiquement.

Le 14 octobre, toujours dans la province d'Imbabura, le véhicule d'une équipe de reportage de la chaîne Teleamazonas, conduit par la journaliste Karen Haro, a été attaquéà coups de pierres alors qu'il suivait un convoi gouvernemental transportant de l'aide humanitaire qui a été ciblé. Le 25 septembre, à Cuenca, dans la province d'Azuay située dans le sud du pays, une journaliste du média en ligne Camaleón, Nicole Torres, a quant à elle été intimidée par un colonel de police puis harcelée par des civils.

En plus de ces agressions physiques, des cyberattaques ont visé plusieurs médias, notamment Radio Pichincha, qui a signalé plus de 116 000 tentatives d'intrusion sur son site web, ainsi que la suspensiontemporaire par le régulateur national des radiodiffusions de la chaîne indigène TV MICC- une mesure considérée comme une forme de censure administrative.

Mécanisme de protection faible

Bien que l'Équateur dispose, depuis 2023, d'un mécanisme étatique de protection des journalistes, la majorité des cas d'agressions contre la presse ne font pas l'objet d'enquêtes ou restent impunis. Faute de budget alloué pour la période 2024-2025, ce mécanisme continue de se heurter à de graves problèmes de coordination, entraînant des retards et des lacunes dans la mise en œuvre des mesures de protection. Il est impératif de renforcer ce mécanismeen adoptant un cadre juridique solide, en garantissant une allocation budgétaire régulière, en constituant une équipe technique spécialisée dans la gestion de la sécurité et en mettant en place des protocoles spécifiques d'assistance aux journalistes en situation de vulnérabilité.

Membre depuis début 2025 de l'organisation locale dédiée à la coordination de la protection des journalistes, la Table ronde pour la protection des journalistes (MAPP), RSF collabore avec des organisations partenaires pour surveiller les cas de risque imminent menaçant la vie et la liberté des journalistes dans l'exercice de leur profession.

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Publié le16.10.2025
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