RSF - Reporters sans frontières

01/15/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/15/2026 05:25

Élections législatives en Thaïlande : RSF alerte sur le harcèlement persistant contre les femmes journalistes et appelle à des réformes

À quelques semaines des élections législatives en Thaïlande, prévues le 8 février, Reporters sans frontières (RSF) alerte sur la nécessité d'améliorer les conditions de sécurité des femmes journalistes, trop souvent exposées à la violence et aux actes de harcèlement.

Lors de deux récents ateliers de formation organisés par RSF, de nombreuses journalistes ont décrit la banalisation des agressions physiques, du harcèlement en ligne et des campagnes de dénigrement coordonnées. Ces sessions, tenues fin 2025 en partenariat avec l'ONG Co-fact Thailand, ont réuni 25 femmes journalistes venues de tout le pays. Elles ont permis de travailler sur la gestion des risques physiques, la sécurité numérique, la réponse au harcèlement en ligne et la protection de la santé mentale dans des environnements de travail particulièrement éprouvants.

Malgré un paysage médiatique dynamique, la Thaïlande reste un pays à risque pour les journalistes, notamment pour celles et ceux couvrant des rassemblements ou événements politiques. En 2024, un député a physiquement agresséla journaliste du média de service public Thai PBS Duangthip Yiampop, alors qu'elle était en reportage - une attaque qui est restée impunie.

Au-delà des violences physiques, les femmes journalistes sont particulièrement exposées à un large éventail de violences : harcèlement en ligne, insultes sexistes, campagnes de diffamation coordonnées et menaces ciblées visant à les intimider et à discréditer leur travail. La Thaïlande occupe la 85ᵉ place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de RSF, en grande partie à cause d'un climat juridique et sécuritaire qui favorise un climat d'hostilité à l'égard du journalisme.

"L'ampleur des risques auxquels sont confrontés les journalistes en Thaïlande, et les femmes journalistes en particulier, exige une action concrète des responsables politiques. À l'approche des élections, leur protection contre les agressions et le harcèlement doit être une priorité. Les candidats doivent s'engager à adopter des lois garantissant leur sécurité. Les plateformes numériques et les rédactions ont aussi un rôle à jouer pour lutter contre l'impunité et l'autocensure. Ce n'est pas seulement l'intégrité physique des journalistes qui est en jeu, mais aussi le droit du public à une information fiable.

Cédric Alviani
Directeur du bureau Asie-Pacifique de RSF

Des ateliers pour rompre l'isolement et renforcer la sécurité

Les participantes ont souligné l'importance de ces ateliers de formation pour rompre l'isolement et construire des réponses collectives face aux violences. Buarat Ubonprasert, journaliste pour le média régional en ligne Epigram Newsdans l'est de la Thaïlande, explique : "en tant que femmes journalistes, nous avons besoin de formations et d'espaces de soutien qui nous aident à comprendre que nous ne sommes pas responsables. Le fait de pouvoir partager ces expériences avec d'autres femmes journalistes nous permet de construire des réponses collectives."Une autre participante, qui souhaite rester anonyme, ajoute que ces sessions lui ont "permis de réaliser qu'il existe des risques de sécurité très spécifiques que l'on ne soupçonne même pas lorsqu'on n'est pas une femme".

Les journalistes thaïlandais sont également la cible de procédures judiciaires abusives, notamment au titre de la loi sur le crime de lèse-majesté, passible de peines allant jusqu'à 15 ans de prison. Les lois sur la diffamation et la cybercriminalité sont elles aussi utilisées pour faire pression sur les journalistes, qui s'exposent à des frais judiciaires excessifs.

Face à ces risques multiples et à l'approche des élections, RSF formule les recommandations suivantes :

Aux candidats aux élections législatives :

  • Garantir la sécurité des journalistes, enquêter sur toutes les violences et lutter contre l'impunité.
  • Introduire dans le droit pénal la criminalisation de certaines formes de cyberharcèlement, avec des circonstances aggravantes lorsque les victimes sont des journalistes femmes ou issus de minorités de genre.
  • Assurer la protection des journalistes travaillant sur les droits des femmes, ainsi que les collaborateurs des médias qui les assistent.

Aux autorités policières et judiciaires :

  • Créer des comités nationaux pour la sécurité des journalistes, incluant des représentants de la justice, de la police et des associations de journalistes, pour instaurer un dialogue régulier.
  • Nommer des agents de liaison au sein de la police pour recueillir les témoignages des victimes d'attaques physiques ou en ligne.
  • Documenter, en collaboration avec les rédactions concernées, les attaques visant les journalistes travaillant sur les droits des femmes et les violences de genre.

Aux plateformes numériques :

  • Traiter en urgence les signalements de cyberharcèlement touchant des journalistes et les notifications des organisations de la société civile.
  • Répondre sans délai aux injonctions des autorités judiciaires concernant les violences envers les journalistes.
  • Lutter contre les menaces anonymes et les campagnes coordonnées de harcèlement en ligne, en appliquant les mesures légales de retrait de contenus et de suspension de comptes, avec des ressources humaines suffisantes pour la modération.

Aux rédactions :

  • Mettre en place un fonds de défense juridique et un réseau d'avocats spécialisés pro bono pour contrer les poursuites abusives.
  • Former les journalistes au cyberharcèlement et adopter des protocoles sensibles au genre pour signaler les violences sans crainte de représailles professionnelles.
  • Donner la priorité à la santé mentale en proposant des conseils adaptés aux traumatismes et des réseaux de soutien entre pairs pour limiter l'impact psychologique des attaques à caractère sexuel en ligne et des actes d'intimidation sur le lieu de travail.

Les deux sessions de "formation à la sécurité globale" destinées aux femmes journalistes thaïlandaises ont été organisées par le bureau Asie-Pacifique de RSF, en collaboration avec l'ONG Co-fact Thailand, dans le cadre d'un programme soutenu par l'ambassade du Canada en Thaïlande viale Fonds canadien d'initiatives locales. À cette occasion, RSF a également partagé son guide de sécurité et ses recommandations, disponibles sur le site Ressources RSF pour les journalistes.

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Publié le15.01.2026
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