RSF - Reporters sans frontières

06/30/2026 | Press release | Distributed by Public on 07/01/2026 03:11

Ouganda : fermeture sans précédent du principal groupe de médias par le chef de l’armée, RSF appelle à leur réouverture immédiate

Les médias du Nation Media Group (NMG), premier groupe de presse indépendant d'Ouganda, ont été fermés par des militaires dans la nuit du 27 au 28 juin sur ordre du chef d'état-major de l'armée, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni. Reporters sans frontières (RSF) condamne cette attaque sans précédent contre la presse et appelle à la réouverture immédiate des médias concernés.

Coup de tonnerre pour la presse en Ouganda. Quelques heures après la publication sur X d'un post du chef d'état-major des forces de défense ougandaises Muhoozi Kainerugaba, également fils du président Yoweri Museveni, indiquant que le président "a approuvé son plan de fermer NTV et le Daily Monitor", dans la nuit du 27 au 28 juin, des militaires ont été déployés au siège du Nation Media Group et dans les studios des chaînes de télévision du groupe, NTV Uganda et Spark TV, à Kampala, la capitale. Les soldats ont pris position devant les bureaux du principal groupe de presse du pays et d'Afrique de l'Est, empêchant tout accès, et ont coupé l'électricité.

Ces chaînes de télévision ont été interrompues sans raison officielle, de même que les radios du groupe, KFM et Dembe FM, ainsi que l'hebdomadaire The East African et le Daily Monitor, le quotidien indépendant le plus populaire du pays. NTV Uganda et le Daily Monitor avaient notamment publié, les semaines précédentes, des enquêtes sur des arrestations de figures de l'opposition ougandaise, d'avocats et de défenseurs des droits humains, dans lesquelles le général Muhoozi Kainerugaba était directement mis en cause. D'après un journaliste du groupe de presse souhaitant garder l'anonymat, un article publié le 8 juin, évoquant le sort de Janet Katana Museveni, épouse du président Museveni et mère du général Kainerugaba Muhoozi, a également provoqué l'ire des autorités.

"Cela faisait longtemps que nous recevions des avertissements sur X sur la manière dont les médias du groupe couvrent les événements dans le pays. Lorsqu'ils demandent des comptes ou abordent les droits humains, les autorités n'apprécient pas", a indiqué à RSF Solomon Kaweesa, responsable de la production éditoriale et de la planification de l'information pour le groupe de médias. "Mais nous avons repris nos activités en ligne, sur les plateformes et les réseaux sociaux hier, à distance", poursuit-il.

"Je ne crois PAS à la liberté de la presse", a affirmé sur X le général Muhoozi Kainerugaba. Depuis la fermeture des médias, il multiplie les publications hostiles : "J'entends dire que NTV et le Daily Monitor perdent tous deux 5 millions de dollars par jour à cause de ma fermeture. C'est une bonne nouvelle pour moi", "NTV et Monitor ne rouvriront pas sans mon autorisation", "Ils se réveillent enfin et réalisent que mes menaces étaient sérieuses depuis le début", "À partir de maintenant, tous les médias en Ouganda respecteront les règles !"... Il a également ordonné l'arrestation de la directrice générale du NMG, Susan Nsibirwa, avant de revenir sur sa décision quelques heures plus tard. Sa dernière publication sur le sujet, datant du 28 juin, indique des "discussions au sujet de la réouverture de NTV et du Daily Monitor".

"Un seuil vient d'être franchi en Ouganda. Que le chef de l'armée ordonne publiquement la fermeture du principal groupe de presse indépendant du pays, qu'il déploie des soldats devant ses rédactions et qu'il conditionne leur réouverture à sa seule autorisation constitue une escalade sans précédent dans la répression des médias. RSF condamne avec la plus grande fermeté cette opération militaire contre le Nation Media Group, ainsi que les déclarations ouvertement hostiles à la liberté de la presse de Muhoozi Kainerugaba, et appelle à la réouverture immédiate de l'ensemble des médias concernés.

Jeanne Lagarde
Responsable de plaidoyer Afrique subsaharienne à RSF

Cette fermeture a été exécutée sans qu'aucune procédure réglementaire de la Commission ougandaise des communications (UCC) - supposée informer les médias de toute sanction liée au contenu diffusé - n'ait été annoncée. La Commission a indiqué engager des "consultations avec les parties prenantes" et a appelé "le public au calme". Cependant, aucun de ses membres n'a contacté le groupe de médias depuis la fermeture. RSF a tenté de joindre deux de ses dirigeants, sans succès.

Des propos d'une extrême gravité condamnés par RSF

Muhoozi Kainerugaba n'en est pas à son coup d'essai. En décembre 2022, sur Twitter, il avait déjà menacé d'"écraser" les journalistes qui "l'insultaient", et a qualifié les journalistes du Daily Monitor de "terroristes" maltraitant le pouvoir "depuis toujours". En outre, le journal avait déjà été suspendu pendant 13 jours en 2013, après avoir fait état d'un complot présumé visant à préparer Muhoozi Kainerugaba à succéder à son père.

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Publié le 30.06.2026
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