10/23/2025 | Press release | Distributed by Public on 10/23/2025 05:47
Reporters sans frontières (RSF) s'alarme de l'accélération des menaces, des persécutions judiciaires et des mesures d'asphyxie financière contre la presse sous le gouvernement du président Nayib Bukele. Une répression qui a déjà forcé à l'exil des dizaines de professionnels des médias.
RSF et ses partenaires ont recensé des dizaines d'exils forcés du Salvador - au moins 53 selon RSF avec l'aide de l'Association des journalistes du Salvador (APES) et l'Association salvadorienne de radiodiffusion participative (ARPAS) en six mois. L'APES, partenaire de RSF et fer de lance du combat pour la liberté de la presse dans le pays, a elle-même été contrainte de quitter le pays en mai 2025. "Les journalistes ont été asphyxiés : d'abord par la persécution et la menace de prison, puis par l'asphyxie financière", témoigne le directeur de l'APES, Sergio Arauz.
Persécutions judiciaires, surveillance policière, campagnes de haine, cyberharcèlement… Une vague répressive, qui sévit depuis mai 2025 dans le pays, a contraint les journalistes salvadoriens à fuir, anéantissant des rédactions entières, à l'instar du magazine numérique Mala Yerba, qui a dû cesser ses activités après que l'ensemble de son personnel a été contraint à l'exil. La majorité de l'équipe du site d'information El Faroa, elle aussi, dû se relocaliser au Costa Rica après avoir reçu des alertes sur une opération policière imminente les visant. À la surveillance policière et aux intimidations, s'ajoutent également des attaques misogynes pour les femmes journalistes, comme en témoigne Loida Martinez Avelar, du média numérique Factum, qui a fui le pays après des mois de harcèlement, en raison d'une enquête sur la corruption au sein du ministère de la Santé.
La répression passe également par une stratégie d'asphyxie financière des médias. Si nombre de rédactions subissent des saisies de matériel, les médias indépendants recevant des fonds provenant de l'étranger sont eux victimes de la loi sur les agents étrangers. En vigueur depuis septembre 2024, elle impose un enregistrement obligatoire, une taxe de 30 % et des amendes pouvant atteindre 250 000 dollars (environ 213 804 euros), rendant impossible l'activité de ces médias au Salvador. Oscar Orellana, directeur de l'ARPAS, qui regroupe 22 associations et 17 stations de radio et qui a dû faire une demande d'enregistrement - sans réponse à ce jour -, déplore l'étau dans lequel cette loi les place : "Si nous nous enregistrons, ils nous forcent à nous taire ; si nous ne le faisons pas, ils nous ferment. Dans les deux cas, cela signifie faire taire la presse."
"RSF alerte sur le fait que le Salvador est sur le point de faire taire définitivement l'ensemble de sa presse indépendante. Cette escalade répressive marque une nouvelle étape dans la dérive autoritaire du pays, resserrant l'étau autour du journalisme et alimentant une nouvelle vague d'exil de médias et de journalistes à travers l'Amérique centrale. RSF exige du gouvernement de Nayib Bukele qu'il mette immédiatement fin aux persécutions judiciaires des journalistes, qu'il abroge la loi sur les agents étrangers et autres réglementations répressives, et qu'il garantisse la sécurité de la presse. Nous appelons également la communauté internationale à reconnaître l'urgence de cette crise et à accentuer la pression sur le Salvador pour qu'il respecte la liberté de la presse.
Les radios communautaires particulièrement touchés par la répression
Alors qu'elles connaissent davantage de difficultés à travailler depuis l'exil, les radios communautaires ont, en particulier, été la cible de fréquentes descentes, et saisies de matériel, ainsi que de harcèlement policier. Le domicile des journalistes de Radio Balsamo Monica Rodriguez et Steve Magana a notamment été perquisitionné, en décembre 2024, et leur matériel a été confisqué. Après des mois de clandestinité et de déplacements constants, tous deux ont finalement pris le chemin de l'exil en juin 2025.
En raison de leurs moyens très limités, elles sont également particulièrement vulnérables face à la loi sur les agents étrangers. "La retenue de 30 % sur les fonds internationaux rend impossible la survie des radios communautaires. Si elles disparaissent, l'écosystème médiatique sera réduit à la propagande officielle", déplore le journaliste Carlos Humberto Amaya, de Radio Izcanal.
Informer depuis l'exil
Face à l'ampleur de la crise, les médias déplacés ont dû se réorganiser en exil. Le 1er septembre, l'Association journalistique Intermediosa été fondée au Costa Rica, regroupant 12 médias indépendants et plus de 50 journalistes en exil. "Toute la presse indépendante a quitté le pays. Nous continuons à travailler en réseau car, même si nous ne sommes pas physiquement au Salvador, nous continuons à rendre compte de ce qu'il s'y passe", a confié Loida Martinez Avelar à RSF.