10/21/2026 | Press release | Distributed by Public on 10/22/2026 04:53
Tirs de lanceurs de balles de défense (LBD), grenades de désencerclement, coups, menaces, matériel endommagé ou confisqué… Depuis le début des mobilisations sociales en cours en France, une trentaine de journalistes ont été agressés ou empêchés d'exercer leur métier, dont plus de la moitié lors de la seule journée du 17 octobre. Ces atteintes au droit d'informer ont été commises aussi bien par des membres des forces de l'ordre que par des manifestants ou des tiers. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces actes et appelle les autorités à faire toute la lumière sur les faits signalés ainsi qu'à assurer la sécurité des journalistes sur le terrain.
En une seule journée, une quinzaine de journalistes ont été victimes de violences ou d'entraves à l'exercice de leur mission, de Nantes à Grenoble, en passant par Paris, Lyon et Marseille. Ce bilan du 17 octobre s'inscrit dans la continuité des atteintes déjà recensées par RSF : au moins 12 journalistes avaient été agressés lors des mobilisations lycéennes entre le 29 septembre et le 8 octobre derniers. Ces nouvelles atteintes à la liberté de la presse témoignent, d'une part, de la persistance de pratiques policières contraires au Schéma national du maintien de l'ordre (SNMO), déjà dénoncées par RSF, et d'autre part, d'une défiance envers les médias, qui se traduit désormais par des actes sur le terrain. Selon un sondage du quotidien La Croix, 61 % des Français estiment qu'il faut se méfier du traitement des grands sujets d'actualité par les médias.
"Les journalistes ne sont pas des cibles. Aucune défiance, aucune colère ne saurait justifier des violences ou des entraves. RSF demande que des enquêtes soient ouvertes afin que les responsables soient identifiés et répondent de leurs actes, et que la sécurité des journalistes sur le terrain soit pleinement garantie. La répétition de ces actes impose également un travail de fond pour lutter contre l'hostilité envers la presse.
Le 17 octobre, des journalistes blessés et des entraves persistantes à la couverture des mobilisations par les forces de l'ordre
À Montpellier, le photojournaliste indépendant Ricardo Parreira a été atteint à la jambe par un tir de LBD, entraînant deux jours d'incapacité totale de travail. Selon son témoignage, un officier de police, qui se trouvait à quelques mètres de lui, l'aurait délibérément pris pour cible, alors qu'il était seul, muni d'une caméra et coiffé d'un casque sur lequel figuraient plusieurs inscriptions "Presse". Dans l'incapacité de marcher, il a dû interrompre son travail et attendre l'arrivée des secours. Le journaliste et cofondateur du média en ligne Blast Mathias Enthoven a quant à lui été hospitalisé après avoir été touché à l'abdomen par une grenade de désencerclement. Adrien Pittore, journaliste et photographe pour l'agence Sipa Press, a pour sa part été mis en joue par un CRS armé d'un LBD, alors qu'il était clairement identifiable et qu'il avait présenté sa carte de presse.
Plusieurs journalistes ont également été empêchés de couvrir les opérations de maintien de l'ordre. Selon le témoignage d'une journaliste sur place, vers 11 heures, rue du Faubourg-Saint-Honoré, des reporters de plusieurs rédactions se sont vu refuser l'accès à la zone d'une de ces opérations, malgré la présentation de leur carte de presse et d'un ordre de mission.
Les contrôles effectués par les forces de l'ordre ont également donné lieu à des entraves à l'exercice du travail journalistique. Aux abords de la gare de Lyon, vers 10 heures, un journaliste du média en ligne StreetPress a fait l'objet d'une fouille en présence d'une vingtaine de policiers. Dans la matinée, une journaliste de Blast s'est vu confisquer l'ensemble de ses équipements de protection, malgré la présentation de sa carte de presse. Selon le média, les agents ont justifié cette saisie par un arrêté préfectoral pris la veille, interdisant notamment le port de certains équipements de protection et la dissimulation du visage en l'absence de motif légitime.
Le SNMO prévoit pourtant que les journalistes peuvent porter des équipements de protection et circuler au sein des dispositifs de sécurité pour couvrir les manifestations. Il leur permet également de poursuivre leur mission lors de la dispersion d'un attroupement, à condition de se distinguer des participants et de ne pas entraver l'action des forces de l'ordre.
Intimidations et agressions commises par des manifestants et des tiers
Les violences ont également été commises par des individus cherchant à empêcher la couverture des événements. Dans la soirée, à Rennes, Rosie Birchard, correspondante en Europe de la chaîne d'information en continu Al Jazeera English, basée au Qatar, a été prise à partie à plusieurs reprises par des hommes masqués alors qu'elle couvrait le pillage d'un commerce. L'un d'eux lui a ordonné de s'éloigner et de filmer ailleurs. Alors qu'elle commençait à quitter les lieux, un projectile l'a atteinte à la tête, alors qu'elle était protégée par un casque.
Boulevard de Magenta, à Paris, la journaliste Estelle Nilsson-Julien et son caméraman, qui couvraient la mobilisation pour la chaîne européenne d'information en continu Euronews, ont été encerclés par des émeutiers. Ces derniers leur ont arraché leur caméra et ont tenté de les agresser physiquement, avant de leur rendre leur matériel et de les laisser partir.
La journaliste indépendante Emma Audrey a, elle aussi, été agressée à Paris par un homme qui cherchait à détruire sa caméra. Selon son témoignage, l'individu a tiré sur son monopode pour faire tomber son matériel, puis l'a frappée lorsqu'elle a tenté de le protéger. Blessée au poignet, elle rapporte que sa caméra et son objectif ont été brisés, rendant son outil de travail inutilisable. Son casque portait la mention "Journaliste indépendante".
À Grenoble, un journaliste reporter d'images du média en ligne indépendant Place Gre'net a été violemment agressé alors qu'il filmait des pillages de commerces. Selon les éléments recueillis, deux individus l'ont percuté par derrière avec une trottinette, avant de le faire tomber et de le frapper. L'un d'eux lui a arraché sa caméra et a pris la fuite. Des passants seraient parvenus à récupérer l'appareil, qui aurait toutefois été endommagé après avoir été projeté contre une vitrine. L'agression a contraint le journaliste à interrompre son reportage.
RSF a recensé plusieurs autres cas de violences contre des journalistes lors des mobilisations du 17 octobre, notamment envers plusieurs équipes des rédactions du groupe CMA Média (La Provence, BFMTV, etc.) à Paris, Nantes et Marseille. Les locaux de médias ont également été pris pour cible. Au matin, dans le 15e arrondissement de Paris, une centaine d'individus ont bloqué l'accès au parking du siège de Lagardère News, qui abrite notamment les rédactions d'Europe 1, du Journal du Dimanche et de CNews, et ont jeté des projectiles et brisé des vitres.
Depuis la publication de sonprécédent communiqué sur les agressions de journalistes lors des récentes mobilisations étudiantes et lycéennes, l'organisation a également recueilli de nouveaux témoignages, dont celui de Miguel Martinez. Le correspondant de la chaîne de télévision mexicaine Canal Catorce a reçu plusieurs coups de matraque lors d'une charge des forces de l'ordre contre des manifestants, alors qu'il couvrait les mobilisations lycéennes du 6 octobre à Paris. Le 13 octobre, à 17 h 20 aux Invalides, le journaliste du site d'information Line Press Anthony Monnerot a été blessé à la jambe par une grenade de désencerclement "GL-304".
Si vous avez été victime de violences ou témoin d'entraves à l'exercice du droit d'informer lors de ces manifestations, vous pouvez contacter RSF à l'adresse suivante : [email protected].