01/18/2026 | Press release | Distributed by Public on 01/18/2026 06:25
De Trump à l'Europe, la militarisation, la répression et le mépris des plus faibles sont présentés comme des signes de force, alors qu'ils révèlent en réalité une profonde faiblesse du système. L'objectif du pouvoir est de nous rendre impuissants, isolés, résignés. Comme Peter Mertens, notre secrétaire général, l'a expliqué dans son discours, notre réponse doit être exactement l'inverse.
Dimanche 18 janvier 2026
Discours de Peter Mertens, secrétaire général du PTB, 17 janvier 2026, réception du Nouvel An du PTB à Anvers.
« Chers camarades, chers amis,
Parfois, on a l'impression qu'il faut une bonne dose de folie pour pouvoir supporter le monde tel qu'il est. C'est une phrase de quelqu'un de connu… mais, à vrai dire, je ne sais plus très bien de qui.
Une bonne dose de folie.
Sinon, comment supporter tout cela ? De l'Iran au Venezuela, du Groenland à l'Ukraine, du Minnesota jusqu'ici, à Anvers. À peine une absurdité est-elle passée que la suivante arrive déjà.
Regardez Trump. Il bombarde sept pays. Il enlève le président en exercice d'un État souverain et le traîne comme un trophée de l'autre côté de l'océan. Il veut consacrer 1,5 billion de dollars à la défense - 1 500 milliards de dollars - le montant le plus élevé de l'histoire de l'humanité. Il rebaptise son ministère de la Défense en ministère de la Guerre : Department of War. Et ensuite, il estime qu'il mérite le prix Nobel de la paix.
Si vous voulez lire les discours du ministre de la Guerre, Pete Hegseth, il faut donc surfer sur war-dot-gov et vous tombez sur le "US Department of War". Ils interviennent au Venezuela, menacent la Colombie, le Mexique, Cuba, le Canada et le Groenland. Et plus Trump aboie, plus l'Europe joue une sorte de chambre d'écho : toute une série de petits Trump derrière un sac de frappe à Lubbeek. Ils veulent eux aussi plus d'armée, plus d'armes, plus de police aux frontières.
Ce qu'on dit beaucoup trop peu à propos de tous ces matamores, et de toute cette diplomatie des canons : cela ne respire pas seulement l'arrogance, cela respire aussi la faiblesse.
Je sais, ça paraît contre-intuitif. Mais Trump est aussi sous pression. Il sent son influence diminuer en Amérique latine et dans les Caraïbes. La Chine est devenue le principal partenaire commercial de presque toute l'Amérique latine et centrale - à l'exception du Mexique. Et il sent son emprise sur le commerce mondial se réduire, un commerce qui se fait de plus en plus souvent en dehors du dollar. Et pour reprendre cette emprise, il passe à l'offensive totale.
Mais il perd aussi du terrain sur le plan intérieur. Regardez ce qui s'est encore passé cette semaine - au Minnesota, à Minneapolis - où des troupes de l'ICE ont abattu Renee Good, 37 ans, mère de trois enfants, écrivaine et militante des droits civiques. Tout le monde a vu ces images. Une vie fauchée. Une famille brisée.
Renee Good était « une activiste radicale de gauche », a déclaré Trump, et apparemment, cela autorise à exécuter des gens. L'auteur des faits bénéficie désormais d'une « immunité absolue » accordée par Trump. C'est tout simplement un permis de tuer pour les troupes de l'ICE, qui déchirent des familles et arrêtent même des personnes pendant qu'elles accompagnent leurs enfants à l'école.
Ce week-end, plus de mille actions sont prévues dans l'ensemble des États-Unis sous le slogan « ICE Out for Good ». On s'attend à voir des centaines de milliers de personnes dans la rue, beaucoup de syndicalistes, et énormément de jeunes. Et selon des sondages récents, le soutien à Trump parmi les jeunes électeurs s'effondre littéralement : moins 42 % en un an. Trump tombe d'une falaise, et la génération Z tourne massivement le dos à « the mean orange man ».
Trump menace désormais de déployer l'armée au Minnesota. On dirait parfois qu'il cherche la guerre civile. Il a déclaré aux généraux qu'il voulait utiliser les troupes contre « l'ennemi intérieur ». Et cet « ennemi intérieur », selon eux, c'est : « le gauchisme ». C'est dit littéralement à Washington. Les généraux qui s'y sont opposés - parce que c'est totalement anticonstitutionnel, même aux États-Unis - ont entre-temps été écartés.
Nous entrons dans des temps particuliers.
Et parfois, depuis l'Europe, on voit surgir un doigt moralisateur : « regardez comme les Américains sont fous ». C'est surtout Vooruit qui fait cela : utiliser Trump comme paratonnerre moral idéal. « Voyez comme c'est extrême là-bas. » C'est trop facile, comme le dit à juste titre Pascal Debruyne.
Car arracher des familles ? Cela se fait ici aussi. Le regroupement familial était déjà très strict, et il est désormais presque rendu impossible pour les mineurs non accompagnés bénéficiant d'une protection subsidiaire. C'est tout simplement une politique à l'Arizona.
Arrestations de réfugiés ? Cela se produit aussi ici. Récemment, un homme palestinien souffrant de troubles psychiques a été arrêté. On ne peut pas le renvoyer, car il y a un génocide là-bas. Sa mère a été tuée à Gaza pendant qu'il était détenu ici. Il n'a reçu aucune aide psychologique. Finalement, cet homme s'est suicidé. Ça, c'est la Belgique.
Abandonner des personnes sans protection à des régimes autoritaires ? La Belgique veut aussi le faire. Le gouvernement plaide pour le renvoi de personnes vers le régime taliban en Afghanistan, y compris sous la contrainte si nécessaire.
Des milices spéciales comme l'ICE ? Elles existent aussi en Europe. Ici, on les appelle Frontex, et elles pratiquent des pushbacks illégaux : repousser des bateaux vers la haute mer. La Méditerranée est devenue la frontière la plus mortelle du monde, un charnier. Depuis 2014, plus de 31 000 personnes se sont noyées ou ont disparu en tentant de rejoindre l'Europe. Des estimations minimales. Alors dites-moi : quelle est vraiment la différence avec les troupes de l'ICE aux États-Unis ?
On peut venir vous tirer du lit. On peut vous arrêter. On peut effectuer des visites domiciliaires. Et à cela s'ajoute toute une vision de la société qui s'acharne encore davantage sur les malades de longue durée. Qui vise aussi les chômeurs. « Chômeurs paresseux. » « Profiteurs. » « Radiés des allocations à partir du 1er janvier. »
En effet : le 1er janvier, le plus grand "expériment social" de ces dernières années a commencé dans notre pays. C'est ainsi qu'ils l'appellent littéralement : une « expérience sociale ». Exclure 200 000 travailleurs sans emploi de leur droit aux allocations de chômage.
Une « expérience sociale », parce que le gouvernement ne sait en réalité absolument pas quels seront les effets de cette réforme. Quand nous posons des questions sur l'impact, ils restent bouche bée. Encore jeudi dernier, lorsque notre camarade Nadia Moscufo a interrogé le ministre MR de l'Emploi, Clarinval : ils n'en savent rien. Ils n'ont aucune idée du nombre de personnes qui retrouveront un emploi. Aucune idée du nombre de personnes qui devront frapper à la porte du CPAS. Aucune idée du nombre de personnes qui tomberont complètement hors du système.
À Anvers, il s'agirait de dizaines de milliers de personnes expulsées du chômage. Avez-vous lu cette interview de l'échevine Van Baren dans Knack ? Elle ne s'inquiète pas trop. Elle dit que la plupart des gens n'ont de toute façon pas droit au revenu d'intégration. Elle affirme qu'elle va encore renforcer les contrôles, effectuer des visites domiciliaires, et que le logement ne doit pas être en désordre. Vraiment. Et en même temps, elle réduit fortement les budgets des organisations de lutte contre la pauvreté. « Cela aurait dû être fait depuis longtemps », dit Van Baren.
C'est la vision de la société de la N-VA. C'est leur conception de l'être humain. Ils trouvent facile de frapper vers le bas.
Il est plus facile de frapper vers le bas : sur le travailleur de plus de 55 ans licencié qui ne retrouve pas d'emploi. Sur le jeune sans diplôme de l'enseignement supérieur qui doit concurrencer trois, quatre, cinq autres candidats pour chaque offre.
C'est plus facile que de s'attaquer au fait que des emplois disparaissent aujourd'hui de notre pays - car cela exige une vision et un plan industriel.
C'est plus facile que de résoudre la pénurie criante de garde d'enfants abordable, qui oblige surtout les femmes à rester à la maison.
C'est plus facile que de lutter contre la discrimination des plus de 55 ans, ou contre la discrimination que subissent les travailleurs issus de l'immigration.
C'est plus facile que d'investir dans la formation, l'accompagnement et des emplois de qualité.
Il est plus facile de qualifier toutes ces personnes de profiteurs. Et il faut oser le faire : des ministres qui gagnent plus de 10 000 euros nets par mois, qui traitent de profiteurs des personnes qui doivent survivre avec à peine 1 500 euros par mois.
La dureté avec laquelle les personnes en difficulté sont traitées, sanctionnées, contrôlées, montrées du doigt - contraste violemment avec la manière dont une autre classe est traitée : les super-riches, les ultra-fortunés, les multinationales et les holdings.
Cette classe reçoit des cadeaux. Cette classe se voit imposer très peu de conditions. Cette classe est à peine contrôlée, à peine sanctionnée.
Il faut donc être un peu fou pour supporter la réalité.
Et heureusement, beaucoup de gens ne gobent pas tout, prennent la parole, redressent le dos. C'est précisément ce qui leur fait le plus peur : la résistance. La critique du système.
Un article vient d'être publié par un groupe de travail de l'American Psychological Association qui a étudié les mécanismes de l'autoritarisme de Trump. Les dirigeants autoritaires se nourrissent de l'insécurité. Ils attisent la peur, pour ensuite se présenter comme les seuls garants de l'ordre et de la stabilité. L'objectif final est des plus perfides : organiser l'impuissance.
Ils cherchent à briser la croyance dans la force collective, par l'intimidation, par la répression. Si les gens croient que leurs actions sont inutiles et que l'adversaire est invincible, ils abandonnent. C'est une manipulation consciente, une déformation volontaire de la perception. Et l'intention est claire : faire croire qu'il n'y a pas d'alternative. Qu'on ne peut rien y faire. Que « eux » sont trop puissants. Que tout est de toute façon joué d'avance.
Je le répète : toutes ces stratégies doivent aussi être lues comme un signe de faiblesse.
Pour rester en bonne santé, chers camarades - car c'est bien de cela qu'il s'agit en 2026 - il faut combiner deux choses.
Premièrement : rester en mouvement.
Deuxièmement : faire partie de mouvements.
Rester en mouvement, car si l'on s'arrête, si l'on s'enferme dans le silence, on sombre. On ne peut pas supporter toute cette merde en restant assis sur sa chaise. C'est impossible. Il faut rester en mouvement. Il faut rester en bonne santé. Et il faut aider autour de soi celles et ceux qui ont plus de mal à rester en mouvement, plus de mal à rester en bonne santé.
Prenez soin les uns des autres.
L'immobilisme n'est pas une option. Rester en mouvement est le premier acte nécessaire de résistance contre un système économique fondé sur l'exploitation et le pillage.
Et le second - faire partie d'un mouvement - est tout aussi crucial. Seul, on n'y arrive pas. Si vous avez ce sentiment : « c'est illogique, je me lève, j'allume la radio et je me prends une claque en pleine figure » - c'est parfaitement normal. On ne peut pas porter cela seul. On n'est pas fait pour porter cela seul.
Il faut le faire collectivement. Avec cohérence. Avec chant commun. Avec conspiration. Pour y répondre.
Donc : rester en mouvement. Et faire soi-même partie de mouvements.
Faire partie d'un mouvement qui se bat pour quelque chose qui en vaut la peine : le socialisme. Nous ne nous battons pas pour une virgule. Nous ne nous battons pas pour une miette. Nous nous battons pour toute la boulangerie.
Seul le socialisme peut apporter la paix au lieu de la guerre et de la militarisation.
Seul le socialisme garantit le progrès pour la classe qui produit réellement la richesse : la classe travailleuse.
C'est la seule voie pour protéger la planète contre le pillage et l'épuisement par une petite élite financière.
Et seul le socialisme remplace la dictature de l'argent par une véritable démocratie et l'émancipation.
Voilà ce que nous souhaitons pour 2026 : l'espoir, non pas comme un désir, mais comme une réponse. Comme une action. Comme une force collective.
Je porte un toast à vous, les forces de la résistance.
Merci. »